dimanche 3 avril 2011

Editorial - Notre eldorado contre la citadelle Europe

Y a-t-il des accords qui lient la Tunisie à l’Italie afin que notre pays serve, pour ainsi dire, de rempart face aux flux migratoires venant de Tunisie, et plus largement d’Afrique, en direction de l’Europe ? C’est ce qui s’est fait entendre sur la scène politique italienne, où l’on sait à quel point le thème de l’immigration peut faire le bonheur des débats de la politique intérieure. Mais c’est ce qui a été contesté par les autorités tunisiennes.
Personne ne niera toutefois qu’il existe un problème. On ne saurait être sourds aux arguments de l’Europe qui rappelle, sur un ton parfois condescendant, qu’elle n’est pas prête à accueillir la misère du monde… Nous n’avons aucune intention de transformer notre pays en couloir migratoire : cela n’est pas conforme à l’idée que nous nous faisons de notre intégrité territoriale. Et nous n’avons pas non plus le souhait de laisser nos propres enfants quitter en masse leurs familles et leurs régions pour aller grossir la population des immigrés dans des pays où leur accueil n’est pas assuré. Il ne faut pas oublier que cette révolution est venue du fin fond de la Tunisie comme un cri qui rappelle que nous voulons que notre pays donne du travail et de la dignité à tous nos jeunes, quel que soit l’endroit où ils vivent. Si, aujourd’hui, et au prix d’une désorganisation de grande ampleur, que nous essayons péniblement de dépasser, nous essayons de répondre à cet appel et de mettre en place une société délivrée de ses entraves, c’est aussi pour que notre jeune concitoyen qui a suivi des études ou une quelconque formation n’ait plus à ressentir le besoin de partir… Le désir, sans doute, mais pas le besoin!
Il appartient peut-être à tous les pays pour qui importe ce que la Tunisie est en train d’accomplir, non seulement de tenir compte du contexte exceptionnel dans lequel elle se trouve, aussi bien sur le plan économique que sur le plan de la sécurité et de la surveillance des frontières, mais aussi de l’accompagner dans son effort de transition : effort dont l’objectif, répétons-le, est de rétablir d’abord l’ordre de la paix civile et du plein respect de la loi à l’intérieur des frontières, mais aussi et surtout de faire de notre pays pour nos concitoyens, jeunes et moins jeunes, d’ici et d’ailleurs, l’eldorado qui les dispense d’avoir à envisager l’expérience de l’exil.
La Tunisie, elle, a accueilli la «misère du monde» : elle l’a fait à la frontière libyenne, dans un grand élan d’enthousiasme et de solidarité. Comment pourrait-elle se soustraire au devoir d’accueillir sa propre misère ? La vérité est qu’elle n’a jamais renoncé à le faire, que son souci est bien plutôt de se donner le moyen de mieux répondre à ce devoir…
Les difficultés passagères que nous traversons sont un défi pour nous, mais aussi une façon de mesurer, par-delà les débats politiciens, les vraies amitiés sur lesquelles nous pouvons compter.
Ajouté le : 03-04-2011