Comme un être vivant, toute révolution peut s’essouffler. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les changements salutaires qu’elle permet doivent être accomplis de façon suffisamment rapide : il s’agit de profiter de la vague ! Mais, à côté de cette exigence de célérité, il y en a une autre qui est non moins importante et qui consiste à entretenir la flamme. Or cela se fait essentiellement en réaffirmant la légitimité du mouvement révolutionnaire à travers son rattachement à des luttes qui ont existé dans le passé et qu’il s’agit de rappeler… Au contact d’une autre, la flamme prend de la vigueur !
C’est un fait qu’entre les luttes qui ont mené à libérer le pays du joug colonial et qui lui ont donné la pleine souveraineté et, d’un autre côté, la révolution du 14 janvier, il existe une secrète parenté, sans doute parce que ce qui en constitue le moteur le plus profond est identique : le besoin de se donner à soi-même une vie digne et le refus de la soumission à ce qui flétrit l’humanité en soi par la domination.
Le collectif qui vient de se créer tout récemment, baptisé Front civique pour la démocratie en Tunisie, se présente comme un cadre de mobilisation qui entend défendre les valeurs universelles de notre culture nationale : celles-là mêmes dont le réveil a entraîné le sursaut populaire qui nous a libérés de la dictature et qui font référence à l’engagement collectif dans l’action, à l’égalité et à la coresponsabilité dans la construction d’une œuvre commune, au libre effort loin de toute rhétorique qui tend à minorer le statut du Tunisien comme architecte de son destin avec l’autre Tunisien.
Il est sans doute trop tôt pour juger du nouvel élan que ce Front saura apporter à la révolution afin de l’aider à aller au terme de ce dont elle est porteuse. Mais il est certainement bon signe qu’une telle initiative ait vu le jour. Elle exprime, en effet, le souci citoyen de porter le souffle de la révolution, après avoir été porté par lui !
Auteur : Raouf SEDDIK
Ajouté le : 26-03-2011
samedi 26 mars 2011
vendredi 25 mars 2011
Séminaire – Changements en Tunisie et impact sur la Méditerranée Une puissance de contagion positive
"Quels changements en Tunisie et quel impact sur la région de la Méditerranée" : c’est autour de ce thème que se tient, depuis hier, à Gammarth, un séminaire. La rencontre était organisée à l’initiative conjointe du Centre des études méditerranéennes et internationales, d’Euromesco (Euromediterranean Study Commission) et, surtout, de la Fondation allemande Konrad Adenauer, dont le président, M. Hans-Gert Pöttering, était présent et a assuré l’allocution d’ouverture. M. Pöttering, notons-le, est une personnalité d’autant plus éminente qu’il a été autrefois président du Parlement européen.
La séance d’ouverture a été également marquée par une communication du ministre de l’Education, M. Taïeb Baccouche, qui est par ailleurs, comme chacun sait, porte-parole du gouvernement, mais dont les liens d’amitié avec la Fondation Konrad Adenauer remontent à l’époque d’avant le 14 janvier où il présidait aux destinées de l’Institut arabe des droits de l’Homme et dont il reste d’ailleurs président d’honneur, aujourd’hui encore.
M. Pöttering a brièvement évoqué dans son intervention l’époque où il était à la tête du Parlement européen et où il lui est arrivé d’être dans notre pays… Il a raconté l’épisode d’une entrevue qui devait avoir lieu avec le président Ben Ali mais qui n’a jamais eu lieu en raison – "je l’ai compris clairement aujourd’hui" — de rencontres qui concernaient des cas d’atteintes aux droits de l’Homme. Le président de la Fondation allemande a rappelé aussi que la question de la stabilité des pays du sud de la Méditerranée avait bénéficié, dans l’esprit de beaucoup de décideurs européens, d’une priorité. A tort : "Elle pouvait être stagnation… Nous avons été aveuglés par les chiffres". En outre, la révolution tunisienne est venue apporter un démenti à l’idée que la question du développement économique pouvait être séparée de celle des droits politiques. M. Pöttering considère que la situation nouvelle du monde arabe administre la preuve que l’hypothèse du choc des civilisations, chère à Samuel Huntington, est fausse. Mais il ajoute par ailleurs que "les révolutions ne sont pas toujours gagnées par ceux qui les ont commencées… Il ne faut pas que les extrémismes s’emparent de la révolution". Une précision qui n’est pas à comprendre comme une prise de position contre le rapprochement entre politique et croyance religieuse : "Nous acceptons cela… mais pas l’intolérance ni l’intégrisme‑!". Et de conclure en guise de précision : "La tolérance n’est jamais à sens unique‑!"
Le ministre de l’Education n’a pas manqué, lui non plus, de faire un retour en arrière dans la période passée, remontant jusqu’aux premières heures de l’indépendance. Car si les 20 dernières années, et plus encore les 10 dernières, sont des années marquées par une recrudescence des injustices et des rapines, cela s’enracine dans un "défaut constitutif" qui est lié à la confusion entre Etat et parti au pouvoir. C’est, rappelle M. Baccouche, cela qui a ouvert la voie aux dérives… "Raison pour laquelle nous n’avons pas pu construire une démocratie". Une des premières décisions du premier gouvernement, souligne-t-il, a été de rompre ce lien, et cela avant la décision, prise ensuite, de dissoudre le RCD : "Beaucoup de gens recevaient des rétributions de l’Etat pour des services qu’ils rendaient au parti, et ils en recueillaient des avantages considérables."
C’est parce qu’on ne peut pas construire sur ces bases que l’un des mots d’ordre de la révolution a été la rupture avec le passé, explique M. Baccouche. Il rappelle aussi que beaucoup de gens cherchent à récupérer la révolution, en la poussant vers les extrêmes, "de droite ou de gauche". Mais, "le peuple tunisien n’aime pas les extrêmes". Et, insiste le ministre, si la révolution s’exporte, ce n’est pas en raison d’une volonté délibérée de la part des Tunisiens, mais en vertu d’une force de contagion propre : contagion positive. Toutefois, les jeunes ont besoin d’une formation politique que la société civile a trop longtemps été empêchée de leur apporter…
Signalons que ce séminaire sur les changements en Tunisie et leurs impacts en Méditerranée se poursuit aujourd’hui en abordant le sous-thème des "perspectives euro-méditerranéennes", après s’être attardé hier sur celui de l’impact sur le Maghreb et le Moyen-Orient. Une table ronde est prévue l’après-midi autour de la question des expériences de transition démocratique en Europe et des enseignements qu’elles peuvent apporter à l’exemple tunisien. Nous y reviendrons.
Auteur : Raouf SEDDIK
Ajouté le : 25-03-2011
La séance d’ouverture a été également marquée par une communication du ministre de l’Education, M. Taïeb Baccouche, qui est par ailleurs, comme chacun sait, porte-parole du gouvernement, mais dont les liens d’amitié avec la Fondation Konrad Adenauer remontent à l’époque d’avant le 14 janvier où il présidait aux destinées de l’Institut arabe des droits de l’Homme et dont il reste d’ailleurs président d’honneur, aujourd’hui encore.
M. Pöttering a brièvement évoqué dans son intervention l’époque où il était à la tête du Parlement européen et où il lui est arrivé d’être dans notre pays… Il a raconté l’épisode d’une entrevue qui devait avoir lieu avec le président Ben Ali mais qui n’a jamais eu lieu en raison – "je l’ai compris clairement aujourd’hui" — de rencontres qui concernaient des cas d’atteintes aux droits de l’Homme. Le président de la Fondation allemande a rappelé aussi que la question de la stabilité des pays du sud de la Méditerranée avait bénéficié, dans l’esprit de beaucoup de décideurs européens, d’une priorité. A tort : "Elle pouvait être stagnation… Nous avons été aveuglés par les chiffres". En outre, la révolution tunisienne est venue apporter un démenti à l’idée que la question du développement économique pouvait être séparée de celle des droits politiques. M. Pöttering considère que la situation nouvelle du monde arabe administre la preuve que l’hypothèse du choc des civilisations, chère à Samuel Huntington, est fausse. Mais il ajoute par ailleurs que "les révolutions ne sont pas toujours gagnées par ceux qui les ont commencées… Il ne faut pas que les extrémismes s’emparent de la révolution". Une précision qui n’est pas à comprendre comme une prise de position contre le rapprochement entre politique et croyance religieuse : "Nous acceptons cela… mais pas l’intolérance ni l’intégrisme‑!". Et de conclure en guise de précision : "La tolérance n’est jamais à sens unique‑!"
Le ministre de l’Education n’a pas manqué, lui non plus, de faire un retour en arrière dans la période passée, remontant jusqu’aux premières heures de l’indépendance. Car si les 20 dernières années, et plus encore les 10 dernières, sont des années marquées par une recrudescence des injustices et des rapines, cela s’enracine dans un "défaut constitutif" qui est lié à la confusion entre Etat et parti au pouvoir. C’est, rappelle M. Baccouche, cela qui a ouvert la voie aux dérives… "Raison pour laquelle nous n’avons pas pu construire une démocratie". Une des premières décisions du premier gouvernement, souligne-t-il, a été de rompre ce lien, et cela avant la décision, prise ensuite, de dissoudre le RCD : "Beaucoup de gens recevaient des rétributions de l’Etat pour des services qu’ils rendaient au parti, et ils en recueillaient des avantages considérables."
C’est parce qu’on ne peut pas construire sur ces bases que l’un des mots d’ordre de la révolution a été la rupture avec le passé, explique M. Baccouche. Il rappelle aussi que beaucoup de gens cherchent à récupérer la révolution, en la poussant vers les extrêmes, "de droite ou de gauche". Mais, "le peuple tunisien n’aime pas les extrêmes". Et, insiste le ministre, si la révolution s’exporte, ce n’est pas en raison d’une volonté délibérée de la part des Tunisiens, mais en vertu d’une force de contagion propre : contagion positive. Toutefois, les jeunes ont besoin d’une formation politique que la société civile a trop longtemps été empêchée de leur apporter…
Signalons que ce séminaire sur les changements en Tunisie et leurs impacts en Méditerranée se poursuit aujourd’hui en abordant le sous-thème des "perspectives euro-méditerranéennes", après s’être attardé hier sur celui de l’impact sur le Maghreb et le Moyen-Orient. Une table ronde est prévue l’après-midi autour de la question des expériences de transition démocratique en Europe et des enseignements qu’elles peuvent apporter à l’exemple tunisien. Nous y reviendrons.
Auteur : Raouf SEDDIK
Ajouté le : 25-03-2011
jeudi 24 mars 2011
Editorial Journalisme : l’avantage d’une veille interne
Les médias ont un rôle éminent à jouer en cette période particulière de notre histoire. Mais il est bon d’avoir l’honnêteté et la modestie d’avouer que ce rôle, ils ne le maîtrisent pas tout à fait. Comment le pourraient-ils, alors qu’ils subissaient encore, il y a à peine quelques semaines, l’ordre d’une tutelle sans faille, où la liberté du propos et du ton relevait soit de l’écart maîtrisé, soit d’une sorte de trompe-l’œil. Or il s’agit aujourd’hui de rendre compte d’une parole qui jaillit de partout et qui crée souvent l’événement !
Les journalistes sont souvent aux abois, cherchant à répercuter à l’adresse de leurs lecteurs, de leurs auditeurs ou de leurs téléspectateurs ce qui leur paraît important, mais voyant bien que bien des choses leur passent sous le nez… A-t-on assez parlé de la réalité qui prévaut au cœur de nos régions, celles dont est partie la révolution, mais aussi les autres ? Avons-nous été à la hauteur de cet événement formidable qu’a constitué la mobilisation citoyenne autour de la situation humanitaire à la frontière libyenne dans notre façon d’en rendre compte à nos compatriotes ? Et, d’un autre côté, face aux enjeux qui sont ceux des transformations profondes que connaît notre pays, sommes-nous sûrs d’avoir toujours su saisir l’essentiel ? N’est-il pas vrai que, cédant à des réflexes inopportuns, nous nous sommes souvent laissé aller au sensationnel et à l’anecdotique ? Heureusement, la flamme de la révolution, toujours vivante dans les esprits, a servi de rappel pour nous ressaisir. Mais elle ne nous a malheureusement pas prémunis contre le risque de retomber l’instant d’après dans certains errements nouveaux.
Face aux échéances qui se profilent, aux grands rendez-vous politiques, cette improvisation doit pourtant se muer en une approche méthodique et assurée, qui soit capable non seulement de respecter les équilibres de la vie démocratique naissante, mais aussi de l’accompagner et de la favoriser dans son développement. Dans cette optique, on avait salué il y a quelque temps la naissance d’une instance dont la mission est de servir de garde-fou par rapport à d’éventuelles dérives médiatiques. Mais, non moins importante peut-être est cette structure créée au sein du Syndicat national des journalistes tunisiens grâce à laquelle la profession entend assurer pour son propre compte une veille en ce qui concerne la bonne tenue du travail journalistique. On est en droit de placer de grandes espérances dans cet observatoire de la déontologie, dans la mesure où le journaliste tunisien manifeste à travers cette structure sa volonté de ne pas laisser à autrui le soin de lui dire quand il s’acquitte correctement de sa mission et quand ce n’est pas le cas. Pourquoi de grandes espérances ? Parce qu’un tel souci d'autonomie dans l'action de veille est le signe que cette mission sera, à l’avenir, considérablement mieux respectée dans ses exigences.
Ajouté le : 24-03-2011
Les journalistes sont souvent aux abois, cherchant à répercuter à l’adresse de leurs lecteurs, de leurs auditeurs ou de leurs téléspectateurs ce qui leur paraît important, mais voyant bien que bien des choses leur passent sous le nez… A-t-on assez parlé de la réalité qui prévaut au cœur de nos régions, celles dont est partie la révolution, mais aussi les autres ? Avons-nous été à la hauteur de cet événement formidable qu’a constitué la mobilisation citoyenne autour de la situation humanitaire à la frontière libyenne dans notre façon d’en rendre compte à nos compatriotes ? Et, d’un autre côté, face aux enjeux qui sont ceux des transformations profondes que connaît notre pays, sommes-nous sûrs d’avoir toujours su saisir l’essentiel ? N’est-il pas vrai que, cédant à des réflexes inopportuns, nous nous sommes souvent laissé aller au sensationnel et à l’anecdotique ? Heureusement, la flamme de la révolution, toujours vivante dans les esprits, a servi de rappel pour nous ressaisir. Mais elle ne nous a malheureusement pas prémunis contre le risque de retomber l’instant d’après dans certains errements nouveaux.
Face aux échéances qui se profilent, aux grands rendez-vous politiques, cette improvisation doit pourtant se muer en une approche méthodique et assurée, qui soit capable non seulement de respecter les équilibres de la vie démocratique naissante, mais aussi de l’accompagner et de la favoriser dans son développement. Dans cette optique, on avait salué il y a quelque temps la naissance d’une instance dont la mission est de servir de garde-fou par rapport à d’éventuelles dérives médiatiques. Mais, non moins importante peut-être est cette structure créée au sein du Syndicat national des journalistes tunisiens grâce à laquelle la profession entend assurer pour son propre compte une veille en ce qui concerne la bonne tenue du travail journalistique. On est en droit de placer de grandes espérances dans cet observatoire de la déontologie, dans la mesure où le journaliste tunisien manifeste à travers cette structure sa volonté de ne pas laisser à autrui le soin de lui dire quand il s’acquitte correctement de sa mission et quand ce n’est pas le cas. Pourquoi de grandes espérances ? Parce qu’un tel souci d'autonomie dans l'action de veille est le signe que cette mission sera, à l’avenir, considérablement mieux respectée dans ses exigences.
Ajouté le : 24-03-2011
mercredi 23 mars 2011
Conférence de presse de M. Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies « La région a besoin d’une Tunisie prospère et démocratique… »
La Presse — Le secrétaire général des Nations unies, M. Ban Ki-moon, a donné une conférence de presse hier soir, au terme d’une journée au cours de laquelle il a notamment rencontré le président de la République par intérim, le Premier ministre ainsi que le ministre des Affaires étrangères. Cela se passait dans un hôtel de la zone touristique de Raoued. Auparavant, le secrétaire général des Nations- unies avait eu une rencontre avec des représentants de la société civile à qui il avait délivré le message selon lequel c’est à eux que revenait la charge de garder vivant le rêve de la révolution.
Rappelons que la visite de Ban Ki-moon était prévue pour le week-end dernier : l’actualité libyenne en a décidé autrement.
"J’ai voulu être ici parmi vous, où tout a commencé, pour vous exprimer ma solidarité et offrir mon soutien" : le mot d’introduction par lequel la conférence de presse a commencé ne manquait pas de lyrisme. Il y a été question de l’acte héroïque de Mohamed Bouazizi – "aussi tragique que source d’inspiration" — en tant que réponse à un crime contre la "dignité humaine" : "Son cri a résonné si largement que la Tunisie… et le reste du monde arabe… ne seront plus jamais les mêmes"; de la Tunisie comme modèle pour le monde : "La région a besoin d’une Tunisie prospère et démocratique. Et le monde a besoin d’une région prospère et démocratique, une région dont les dirigeants écoutent leurs peuples"… Ban Ki-moon a terminé son allocution par un appel adressé au peuple tunisien sous forme de vers : montrez-nous comment transformer l’obscurité de la nuit en un phare/Montrez-nous comment faire pousser un jasmin dans un cœur blessé/ Montrez-nous comment transformer nos cœurs en fleurs pour notre patrie/Et un baiser de guérison pour chaque blessure.
Plus concrètement, le secrétaire général des Nations unies a fait part de la disposition de l’organisation qu’il dirige à aider : "Notre expertise couvre l’éventail des défis qui sont devant vous : soutenir les élections; construire des institutions transparentes et dignes de confiance; réduire les inégalités ; promouvoir le développement inclusif et créer des emplois". En cette phase actuelle, un soutien moral s’est déjà manifesté à travers l’encouragement du gouvernement à faire preuve de compromis et à chercher le consensus.
M. Ban Ki-moon a également évoqué la Libye et le rôle joué par la Tunisie pour répondre à la crise humanitaire à ses frontières : "Nous sommes reconnaissants de ce que vous avez fait et nous nous tenons prêts à apporter notre assistance". A propos de l’implication militaire de la communauté internationale contre le régime libyen, il a souligné que la résolution 1973 du Conseil de sécurité visait à "sauver des vies", étant donné que le colonel Gueddafi était en train de tuer son propre peuple… "Je suis confiant que cette situation va se terminer grâce à la résolution 1973", précisera-t-il ensuite en réponse à une journaliste de la salle qui faisait remarquer que des gens continuaient d’être tués en Libye.
L’opération militaire est-elle remise en cause du fait que la Russie demande l’arrêt des frappes, comme le rappelle un journaliste ? Le secrétaire général de l’ONU souligne ici que, une fois qu’une résolution est adoptée, il appartient aux pays membres de coopérer.
M. Ban Ki-moon, comme il l’avait déjà été lors de la rencontre avec les représentants de la société civile, sera interpellé sur la question de la Palestine. En clair, sur le peu d’empressement que l’ONU met à intervenir quand le peuple palestinien subit l’injustice. Sa réponse sera de rappeler que l’organisation qu’il dirige se contente de refléter le niveau d’accord, ou de désaccord, de la communauté internationale sur les problèmes : "Il arrive que les pays membres aient des vues divergentes". Ce qui donne lieu, dira-t-il, à des situations "frustrantes". Mais, dira-t-il encore, l’ONU continue de pousser dans le sens d’une paix juste qui réponde aux droits inaliénables du peuple palestinien.
La situation au Yémen a également été abordée. Le secrétaire général des Nations unies a rappelé sa condamnation de l’usage des tirs à balles réelles contre les manifestants : "Les leaders doivent écouter… Ils ont la responsabilité de protéger les citoyens…"
Auteur : Raouf SEDDIKAjouté le : 23-03-2011
Rappelons que la visite de Ban Ki-moon était prévue pour le week-end dernier : l’actualité libyenne en a décidé autrement.
"J’ai voulu être ici parmi vous, où tout a commencé, pour vous exprimer ma solidarité et offrir mon soutien" : le mot d’introduction par lequel la conférence de presse a commencé ne manquait pas de lyrisme. Il y a été question de l’acte héroïque de Mohamed Bouazizi – "aussi tragique que source d’inspiration" — en tant que réponse à un crime contre la "dignité humaine" : "Son cri a résonné si largement que la Tunisie… et le reste du monde arabe… ne seront plus jamais les mêmes"; de la Tunisie comme modèle pour le monde : "La région a besoin d’une Tunisie prospère et démocratique. Et le monde a besoin d’une région prospère et démocratique, une région dont les dirigeants écoutent leurs peuples"… Ban Ki-moon a terminé son allocution par un appel adressé au peuple tunisien sous forme de vers : montrez-nous comment transformer l’obscurité de la nuit en un phare/Montrez-nous comment faire pousser un jasmin dans un cœur blessé/ Montrez-nous comment transformer nos cœurs en fleurs pour notre patrie/Et un baiser de guérison pour chaque blessure.
Plus concrètement, le secrétaire général des Nations unies a fait part de la disposition de l’organisation qu’il dirige à aider : "Notre expertise couvre l’éventail des défis qui sont devant vous : soutenir les élections; construire des institutions transparentes et dignes de confiance; réduire les inégalités ; promouvoir le développement inclusif et créer des emplois". En cette phase actuelle, un soutien moral s’est déjà manifesté à travers l’encouragement du gouvernement à faire preuve de compromis et à chercher le consensus.
M. Ban Ki-moon a également évoqué la Libye et le rôle joué par la Tunisie pour répondre à la crise humanitaire à ses frontières : "Nous sommes reconnaissants de ce que vous avez fait et nous nous tenons prêts à apporter notre assistance". A propos de l’implication militaire de la communauté internationale contre le régime libyen, il a souligné que la résolution 1973 du Conseil de sécurité visait à "sauver des vies", étant donné que le colonel Gueddafi était en train de tuer son propre peuple… "Je suis confiant que cette situation va se terminer grâce à la résolution 1973", précisera-t-il ensuite en réponse à une journaliste de la salle qui faisait remarquer que des gens continuaient d’être tués en Libye.
L’opération militaire est-elle remise en cause du fait que la Russie demande l’arrêt des frappes, comme le rappelle un journaliste ? Le secrétaire général de l’ONU souligne ici que, une fois qu’une résolution est adoptée, il appartient aux pays membres de coopérer.
M. Ban Ki-moon, comme il l’avait déjà été lors de la rencontre avec les représentants de la société civile, sera interpellé sur la question de la Palestine. En clair, sur le peu d’empressement que l’ONU met à intervenir quand le peuple palestinien subit l’injustice. Sa réponse sera de rappeler que l’organisation qu’il dirige se contente de refléter le niveau d’accord, ou de désaccord, de la communauté internationale sur les problèmes : "Il arrive que les pays membres aient des vues divergentes". Ce qui donne lieu, dira-t-il, à des situations "frustrantes". Mais, dira-t-il encore, l’ONU continue de pousser dans le sens d’une paix juste qui réponde aux droits inaliénables du peuple palestinien.
La situation au Yémen a également été abordée. Le secrétaire général des Nations unies a rappelé sa condamnation de l’usage des tirs à balles réelles contre les manifestants : "Les leaders doivent écouter… Ils ont la responsabilité de protéger les citoyens…"
Auteur : Raouf SEDDIKAjouté le : 23-03-2011
mardi 22 mars 2011
Editorial Un accord à conquérir
Tout le monde a fait un bilan assez catastrophique de la première réunion de l’Instance supérieure pour la réalisation des objectifs de la Révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique. Mais comment ignorer que les conditions dans lesquelles les choses se sont déroulées rendaient presque inévitable une rencontre «explosive» : voilà des gens, en surnombre, qui se connaissent peu ou pas du tout, qui sont appelés à se prononcer ensemble sur des questions qui vont engager, pour beaucoup d’entre eux, leurs chances d’être placés avantageusement dans la perspective de la prochaine élection de la Constituante… Peut-être les a-t-on d’ailleurs encouragés dans leur mauvaise humeur en leur donnant l’impression que les critères de sélection des personnes présentes relèvent d’un certain arbitraire ou qu’ils sont peu pertinents. Cela a été dit et répété par nombre d’entre eux…
Sans doute qu’il y aurait beaucoup à dire sur ce sujet et qu’une certaine précipitation oblige à faire les choses d’une manière qui n’est pas celle qu’on choisirait si on avait plus de temps pour réfléchir. Mais il est évident aussi qu’un accord politique autour des modalités de l’opération électorale est un accord difficile : on ne peut y parvenir qu’en prenant la mesure de toute la difficulté qui est la sienne. Et si le désordre qui s’est manifesté lors de la première réunion avait servi à cela, c’est malgré tout quelque chose qui est à mettre à son actif.
Cela étant dit, il s’agit désormais de surmonter cette difficulté. Chacun est appelé aujourd’hui, rendez-vous de la seconde réunion, à montrer ce dont il est capable pour faire progresser la discussion et se rapprocher d’un accord final. L’échéance fixée par le Président de la République intérimaire, à savoir la fin du mois en cours, pour arracher un accord n’est pas susceptible de report, car c’est cet accord qui va servir de base aux différents partis pour organiser leurs plans de campagne. Or nous savons tous que le temps qui nous sépare des élections est d’autant plus court que ces partis sont pour la plupart de parfaits inconnus.
En outre, il est important pour tous que, sur le chemin de la transition démocratique, nous puissions franchir de premières étapes et entrer enfin dans une logique de construction qui nous prémunisse contre le sentiment de vertige que provoque toute situation d’immobilité quand l’urgence d’agir se fait pressante.
Ajouté le : 22-03-201
Sans doute qu’il y aurait beaucoup à dire sur ce sujet et qu’une certaine précipitation oblige à faire les choses d’une manière qui n’est pas celle qu’on choisirait si on avait plus de temps pour réfléchir. Mais il est évident aussi qu’un accord politique autour des modalités de l’opération électorale est un accord difficile : on ne peut y parvenir qu’en prenant la mesure de toute la difficulté qui est la sienne. Et si le désordre qui s’est manifesté lors de la première réunion avait servi à cela, c’est malgré tout quelque chose qui est à mettre à son actif.
Cela étant dit, il s’agit désormais de surmonter cette difficulté. Chacun est appelé aujourd’hui, rendez-vous de la seconde réunion, à montrer ce dont il est capable pour faire progresser la discussion et se rapprocher d’un accord final. L’échéance fixée par le Président de la République intérimaire, à savoir la fin du mois en cours, pour arracher un accord n’est pas susceptible de report, car c’est cet accord qui va servir de base aux différents partis pour organiser leurs plans de campagne. Or nous savons tous que le temps qui nous sépare des élections est d’autant plus court que ces partis sont pour la plupart de parfaits inconnus.
En outre, il est important pour tous que, sur le chemin de la transition démocratique, nous puissions franchir de premières étapes et entrer enfin dans une logique de construction qui nous prémunisse contre le sentiment de vertige que provoque toute situation d’immobilité quand l’urgence d’agir se fait pressante.
Ajouté le : 22-03-201
dimanche 20 mars 2011
Utica Du sang nouveau pour répondre à une crise de légitimité
Le Conseil national de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica) s’est réuni hier dans un hôtel de Gammarth, pour répondre à une situation devenue intenable. A vrai dire, cette réunion devait avoir lieu au siège de l’organisation, sis à la Cité El Khadhra, mais un sit-in dans les lieux a poussé les organisateurs à choisir de se transporter ailleurs… Ce qui n’a pas empêché, du reste, que des affiches soient collées sur les murs en pleine séance de débats : «Game over», «Vers une organisation autonome», lisait-on. Mais cet intermède fut de courte durée et les choses sérieuses, pour ainsi dire, ont vite repris leur cours.
Les choses sérieuses, ce sont les propositions des membres dudit Conseil pour dépasser une situation de crise de l’instance dirigeante. Car depuis le départ de M. Hédi Jilani, l’ancien président de l’organisation, le bureau exécutif est demeuré en place. Or la légitimité de ce bureau a été vivement contestée et des voix se sont élevées ici ou là pour le faire savoir et pour agiter des accusations… M. Mohamed Ben Sedrine, qui a remplacé Hédi Jilani à la tête du bureau exécutif après le départ de ce dernier, a protesté contre ces allégations en indiquant que ceux qui s'en faisaient l'écho sans preuve pourraient avoir à en rendre compte devant la justice. Après le mot d’introduction qu’il a prononcé pour ouvrir la réunion, il a invité un expert-comptable à présenter les comptes de l’organisation, ajoutant par ailleurs qu’une autre expertise existait réalisée par quelqu’un d’entièrement étranger à l’organisation. Il s’agissait en particulier d’établir que les membres de l’instance dirigeante n’avaient pas reçu de rétribution, contrairement à ce qui se disait.
Dans son allocution, M. Ben Sedrine avait toutefois déclaré : «Nous sommes prêts à la démission mais l’avion, avec à son bord les passagers, peut-il rester sans pilote ?» Il a fait valoir que le prochain congrès devait normalement se tenir dans les deux mois. Ce qui serait un intervalle juste suffisant pour s’y préparer : «Nous avons attendu quatre ans, ne pouvons-nous pas attendre deux mois de plus ?»
Toutefois, certains dans la salle ne l’entendaient pas de cette oreille. Ils ont dénoncé l’affaiblissement de l’organisation et son absence dans les médias, où elle est parfois prise à partie et critiquée. On évoque les noms de Hamma Hammami, le leader du Parti communiste des ouvriers, celui de Rached Ghannouchi, qui dirige le mouvement Ennahdha, ou encore celui de Abid Briki, de l’Union générale des travailleurs tunisiens… Une discrétion médiatique qui, dit-on, nuit au prestige de l'organisation et à sa capacité à faire entendre sa voix pour faire valoir ses propres revendications. «Il nous faut quelqu’un qui soit capable de taper sur la table !», dira l’un des intervenants. Ce qui est jugé d’autant plus nécessaire que si les entreprises ne parviennent pas à retrouver les conditions de leur retour normal au travail, c’est toute l’économie qui en souffre, et avec elle l’emploi.
La réunion, qui s’est poursuivie assez tard dans l’après-midi, a finalement débouché sur un accord, avec la formation d’un nouveau bureau exécutif, dont la composition est la suivante : 5 membres issus de l’ancien bureau exécutif — dont l’ancien président Mohamed Ben Sedrine —, 5 membres parmi les présidents de fédération, 5 autres parmi les représentants des Unions régionales, 4 membres correspondant aux jeunes et dont on peut penser qu’ils ont incarné jusque-là la tendance contestataire et, enfin, un membre issu de la fédération des femmes chefs d’entreprise.
Souhaitons à cette nouvelle équipe bonne chance en attendant la tenue du prochain congrès. Bon courage aussi : l'économie du pays dépend en bonne partie de la capacité de l'Utica à remettre de l'ordre dans ses affaires !
Auteur : Raouf SEDDIK
Ajouté le : 20-03-2011
Les choses sérieuses, ce sont les propositions des membres dudit Conseil pour dépasser une situation de crise de l’instance dirigeante. Car depuis le départ de M. Hédi Jilani, l’ancien président de l’organisation, le bureau exécutif est demeuré en place. Or la légitimité de ce bureau a été vivement contestée et des voix se sont élevées ici ou là pour le faire savoir et pour agiter des accusations… M. Mohamed Ben Sedrine, qui a remplacé Hédi Jilani à la tête du bureau exécutif après le départ de ce dernier, a protesté contre ces allégations en indiquant que ceux qui s'en faisaient l'écho sans preuve pourraient avoir à en rendre compte devant la justice. Après le mot d’introduction qu’il a prononcé pour ouvrir la réunion, il a invité un expert-comptable à présenter les comptes de l’organisation, ajoutant par ailleurs qu’une autre expertise existait réalisée par quelqu’un d’entièrement étranger à l’organisation. Il s’agissait en particulier d’établir que les membres de l’instance dirigeante n’avaient pas reçu de rétribution, contrairement à ce qui se disait.
Dans son allocution, M. Ben Sedrine avait toutefois déclaré : «Nous sommes prêts à la démission mais l’avion, avec à son bord les passagers, peut-il rester sans pilote ?» Il a fait valoir que le prochain congrès devait normalement se tenir dans les deux mois. Ce qui serait un intervalle juste suffisant pour s’y préparer : «Nous avons attendu quatre ans, ne pouvons-nous pas attendre deux mois de plus ?»
Toutefois, certains dans la salle ne l’entendaient pas de cette oreille. Ils ont dénoncé l’affaiblissement de l’organisation et son absence dans les médias, où elle est parfois prise à partie et critiquée. On évoque les noms de Hamma Hammami, le leader du Parti communiste des ouvriers, celui de Rached Ghannouchi, qui dirige le mouvement Ennahdha, ou encore celui de Abid Briki, de l’Union générale des travailleurs tunisiens… Une discrétion médiatique qui, dit-on, nuit au prestige de l'organisation et à sa capacité à faire entendre sa voix pour faire valoir ses propres revendications. «Il nous faut quelqu’un qui soit capable de taper sur la table !», dira l’un des intervenants. Ce qui est jugé d’autant plus nécessaire que si les entreprises ne parviennent pas à retrouver les conditions de leur retour normal au travail, c’est toute l’économie qui en souffre, et avec elle l’emploi.
La réunion, qui s’est poursuivie assez tard dans l’après-midi, a finalement débouché sur un accord, avec la formation d’un nouveau bureau exécutif, dont la composition est la suivante : 5 membres issus de l’ancien bureau exécutif — dont l’ancien président Mohamed Ben Sedrine —, 5 membres parmi les présidents de fédération, 5 autres parmi les représentants des Unions régionales, 4 membres correspondant aux jeunes et dont on peut penser qu’ils ont incarné jusque-là la tendance contestataire et, enfin, un membre issu de la fédération des femmes chefs d’entreprise.
Souhaitons à cette nouvelle équipe bonne chance en attendant la tenue du prochain congrès. Bon courage aussi : l'économie du pays dépend en bonne partie de la capacité de l'Utica à remettre de l'ordre dans ses affaires !
Auteur : Raouf SEDDIK
Ajouté le : 20-03-2011
Inscription à :
Articles (Atom)