mercredi 1 juin 2011

Littérature religieuse / Textes et images autour du christianisme en Tunisie

La librairie Clairefontaine de la rue d’Alger à Tunis accueillait samedi dernier une petite rencontre à laquelle participait l’archevêque de Tunis, monseigneur Maroun Lahham. L’occasion ? Présenter un livre qui vient de paraître aux éditions Finzi, intitulé Carthage en chemin – Histoire de l’archidiocèse de Tunis. Un livre qui retrace le parcours du christianisme en terre de Tunisie, depuis les tout premiers siècles jusqu’à aujourd’hui en passant, bien sûr, par les derniers moments de la Tunisie romaine, le siècle vandale qui fut en réalité une épreuve pour l’église catholique puisque les Vandales étaient adeptes de l’arianisme – une «hérésie» chrétienne —, l’époque byzantine et, soulignera l’homme d’Eglise, les quatre siècles pendant lesquels le christianisme s’est maintenu après l’arrivée des Arabes et de l’islam… «Ibn Khaldoun parle de villages chrétiens dans la région de Nefzaoua (sud du pays) jusqu’au XIIe siècle».
L’idée de ce livre, explique Maroun Lahham, est venue d’une «crise de jalousie». Les auteurs, qui sont Luigi Lorenzato et le photographe Antonio Tomasello, étaient de passage à Tunis et avaient avec eux un livre qu’ils venaient de publier et qui présentait une région d’Italie : «Pourquoi pas nous?, ai-je dit».
Mais, même si cet événement remonte à la période d’avant la révolution, on ne peut s’empêcher de penser que le livre arrive à point nommé pour rappeler aux uns et aux autres que la Tunisie porte en son sein une diversité de traditions et que, quelle que soit la déférence que l’on peut avoir envers l’une d’entre elles, en tant que religion de la majorité des Tunisiens, cela n’interdit pas, au contraire, que les autres traditions aient également leur place dans notre patrimoine vivant et dans la représentation de notre identité nationale.
Il se trouve que ceux-là même qui font valoir la dimension plurielle de notre identité, dans le contexte de préparation d’une constitution nouvelle pour le pays, n’ont pas toujours une idée assez claire de ce que fut chez nous le christianisme. «La Tunisie a donné trois papes à l’Eglise», rappelle à ce propos l’archevêque. Qui ajoute par ailleurs que le christianisme n’a jamais complètement disparu de cette terre de Tunisie. Il s’y est plutôt adapté… «comme l’eau dans le fleuve !»
Auteur : Raouf SEDDIK
Ajouté le : 01-06-2011

lundi 30 mai 2011

Professeur Ali El Hili contre l’Association des amis des oiseaux / Une controverse et ses zones d’ombre ?

Suite à l’entretien que nous avons publié de M. Ali El-Hili en date du 11 mai et qui comportait en l’une de ses parties une mise en cause de l’actuel bureau de l’Association des amis des oiseaux, une réponse nous est parvenue de  ce dernier qui a également été publiée sur nos colonnes (dimanche 22 mai). Ce « droit de réponse », qui ne s’est pas contenté d’apporter des précisions, mais a aussi porté des accusations, a suscité une réponse de la part de M. Ali El Hili. Pour éviter que cet échange se mue en « feuilleton », dont le lecteur aurait du mal à saisir les tenants et les aboutissants, nous avons choisi de présenter cette dernière réponse sous une forme résumée, en mettant délibérément de côté certains aspects personnels de la polémique qui n’apportent rien à la cause des oiseaux et de leurs milieux naturels, et en reliant les passages retenus aux affirmations précédentes…
Dans l’entretien, M. Ali El Hili affirmait la chose suivante : «En avril 2007, a eu lieu un véritable coup d’Etat, à l’image de ce qui s’est toujours passé sous Bourguiba et Ben Ali quand il s’agit de mettre la main sur une association qui n’est pas dans la ligne. La technique utilisée par le PSD, et ensuite par le RCD, consiste à distribuer, à la veille d’une assemblée générale, des centaines de cartes d’adhésion à des personnes qui n’ont rien à voir avec l’association». La réponse de l’AAO a consisté à dire «que le Pr El Hili a non seulement approuvé la liste des électeurs, mieux encore, il l’a signée». Le droit de réponse de l’AAO a poursuivi en accusant le Pr Hili de ne pas accepter le résultat du vote qui l’écarte, faisant valoir que les membres de l’association auraient choisi d’élire un nouveau comité directeur «à l’écrasante majorité et en toute liberté».
Le Pr Hili répond à ces affirmations en reprenant les déclarations faites au cours de l’entretien : «Mourad Amari et ses amis de l’actuel comité directeur de l’association ont été élus grâce aux voix d’adhérents de dernière minute à qui ont été généreusement distribuées des cartes d’adhésion alors qu’ils n’ont jamais appartenu à l’association. Peut-on parler dans ce cas "d’élection démocratique et transparente" ? »
Sur un autre point, relatif celui-là au rôle du trésorier, dont le professeur avait déclaré qu’il avait été reconduit malgré le fait qu’il n’avait pas obtenu le quitus financier du bureau, et cela en raison d’accusations de détournement d’argent qui pesaient sur lui, le bureau de l’AAO fait allusion à un « conflit » entre le trésorier et le professeur Hili, en précisant que ce conflit a commencé «par une plainte déposée par le trésorier contre le Pr Ali El Hili», ajoutant qu’il s’agit là d’un «règlement de comptes qui n’engage nullement le comité directeur». A quoi le Pr Hili répond en rappelant les faits reprochés, mais aussi que «la justice a désigné un expert pour vérifier sa gestion financière» et en déclarant : «La logique aurait voulu que si Mourad Amari et le comité qu’il préside défendent vraiment les intérêts de l’association, qu’ils prennent le rapport de l’expert — toujours en ma possession — après règlement des frais d’expertise fixés par la justice et déposent une plainte pour détournements de fonds contre ledit trésorier».
Sur un troisième point qui mérite d’être évoqué, signalons que le comité directeur de l’association avait mis en cause le sérieux de l’engagement du Pr Ali El Hili en tant qu’ancien président. Ce dernier déclare en guise de réponse : «Quant aux activités de l’actuelle association des amis des oiseaux (réduite à 2 sections régionales au lieu de 8), parlons-en :
Depuis avril 2007, l’AAO s’est contentée d’assurer le suivi des oiseaux migrateurs hivernants et plus spécialement les oiseaux d’eau à la demande d’organismes étrangers, négligeant ainsi ce pourquoi je l’avais créée en 1975 : le suivi de toutes les espèces d’oiseaux de Tunisie sans exception : sédentaires, migrateurs estivants nicheurs et, plus spécialement, les rapaces. C’est ainsi que Mourad Amari et ses amis sont passés à côté d’une espèce nicheuse nouvelle découverte au Cap-Bon par une équipe appartenant au groupe d’ornithologues que je continue à coordonner.
Je citerais deux exemples de la passivité du comité directeur actuel de l’AAO:
– S’agissant de l’outarde houbara, les émirs étaient encore en train de ratisser le Sud-Tunisien en décembre 2010. Ils ont déguerpi au début de la révolution. Mourad Amari, président de l’AAO depuis avril 2007, n’a pas eu le courage d’interpeller le président déchu à ce sujet comme le faisait régulièrement Ali El Hili.

– Quand, après le 14 janvier 2011, plusieurs parcs nationaux ont été l’objet de déprédations de la part des riverains, l’AAO, qui est à l’origine de la création du premier parc national en Tunisie, celui de Zembra en 1977, aurait dû être la première à en informer le public et à protester auprès du ministère de l’Agriculture et de l’Environnement, mais ce fut l’association Les amis du Belvédère qui a tiré la sonnette d’alarme.

Enfin, le Pr Hili attire l’attention dans son courrier sur le fait que les travaux des jeunes chercheurs tunisiens sur les oiseaux ne trouvent pas écho actuellement sur le site web de l’association — «ce site contient des comptes-rendus d’observation où reviennent les mêmes noms» — et que les responsables de l’AAO empêchent ces chercheurs de «participer aux séminaires et congrès régionaux et internationaux dont les annonces parviennent à l’association, qui se garde bien de diffuser l’information auprès des universitaires.»
Auteur : R.S.
Ajouté le : 30-05-2011

Editorial / Un choix cornélien

LA date du 24 juillet a longtemps été admise comme allant de soi pour l’organisation de l’élection de l’Assemblée constituante, alors même que beaucoup savaient qu’elle serait difficile à respecter. Puis des voix se sont fait entendre de-ci de-là disant que l’on s’acheminait fatalement vers un report. Les raisons sont essentiellement techniques, mais il est certain que le report peut faire l’affaire des uns au détriment des autres. Les partis nouveaux et peu connus ont généralement intérêt à ce que la période qui les sépare de la date du scrutin soit la plus longue possible pour leur permettre de se faire connaître. D’autres considérations peuvent sans doute entrer en ligne de compte qui font qu’un parti va trouver tel avantage ou au contraire tel inconvénient selon que l’on se place dans l’hypothèse du maintien ou dans celle du report.
Dans tous les cas de figure, il pouvait sembler malgré tout que les raisons techniques, qui ont trait aux conditions de l’organisation, pouvaient entraîner finalement l’accord de tous, étant entendu que personne ne peut souhaiter que cette première élection honnête et transparente de notre histoire moderne puisse se dérouler dans un contexte de confusion et de désordre. Ce qui pourrait d’ailleurs avoir des retombées sur la crédibilité même de ses résultats. C’est sans doute consciente de ce risque, du reste, que la Haute instance indépendante pour les élections a fini par exprimer clairement sa position en faveur du report.
Toutefois, et certaines parties n’ont pas manqué de le faire remarquer, le report de la date de l’élection a un coût, et ce coût n’est pas négligeable. Cela renvoie à cet état de flottement dans lequel le pays se trouve actuellement et qui empêche la mise en œuvre de tout programme afin de répondre à l’urgence de la situation économique et sociale, tout en perpétuant aussi une situation de baisse de la légalité dans la vie publique. Tant et si bien que la proposition s’est exprimée sur la scène politique qui appelle à une mobilisation exceptionnelle afin de préparer les élections en maintenant la date initiale du 24 juillet.
Le gouvernement, qui avait choisi dans un premier temps de prendre le contrepied de la Haute instance pour les élections, s’est ravisé finalement et opte pour un débat qui permettrait de déboucher sur un consensus. Si cette position exprime la volonté de ne pas endosser la responsabilité de l’une ou l’autre des deux options en raison des conséquences à redouter dans chacun des cas, le principe d’une large discussion qui implique les citoyens sur la question de la date des élections n’est pas en soi une mauvaise chose. Elle permet en tout cas aux partis d’intervenir comme acteurs et comme animateurs de ce débat. Donc de se faire connaître… Et aux citoyens de faire l’épreuve des choix cornéliens dans la gestion libre des affaires qui engagent notre destin commun... Mais, bien sûr, que cela ne serve pas au gouvernement de prétexte pour se dérober à l’obligation de décider au bon moment !
Ajouté le : 30-05-2011