Tout porte à croire que nous abordons actuellement une zone de turbulences qui met à rude épreuve ceux qui ont à manier le gouvernail en cette période transitoire entre la dictature de Ben Ali et l’ère de la démocratie que nous avons à construire. Les forces antirévolutionnaires organisent leurs alliances spontanées et contre-nature et, toutes ensemble, elles essaient d’enrayer le mécanisme de transition. Il s’agit de rester concentrés sur l’objectif, de ne pas se laisser détourner du but, ni de tomber dans le piège des actions de diversion par lesquelles on tente de nous entraîner hors de notre propos.
A vrai dire, on peut comprendre d’ailleurs une certaine crispation du gouvernement en ce moment précis, qui est critique et qui se caractérise, c’est clair, par une tentation de violence, qu’elle soit physique ou morale. Nous avons observé cette crispation au niveau de la gestion du dernier sit-in de la Kasbah par les forces de l’ordre et nous l’observons à d’autres niveaux, y compris celui de l’information.
Bien sûr, il ne s’agit pas de prendre prétexte de cette attitude pour crier, comme certains, au retour de la dictature. Le fameux « Rien n’a changé ! » relève plus d’une certaine paresse de la pensée que d’autre chose. Les amateurs de ce genre de raccourcis oublient que le raidissement sécuritaire et le recul qu’on observe au niveau de l’information officielle a pour but de préserver des conditions qui, elles, n’ont pas d’autres raisons que de nous permettre d’arriver à bon port à l’échéance du 23 octobre. Cet élément change la donne du tout au tout.
Car, disons-le, il semble bien que l’on assiste à un retour de la politique de rétention de l’information au niveau des ministères et de leurs attachés de presse. Cela peut sans doute être motivé par le fait que des confrères ne font pas le meilleur usage de l’information disponible et que, pour être clair, celle-ci est utilisée par eux de telle sorte que le feu s’en trouve attisé sur le terrain. Il convient pourtant de rappeler deux principes qui ont toute leur importance en cette phase présente : le premier est que la rétention systématique est une réponse contre-productive, surtout à l’heure où la rumeur dispose désormais de relais très puissants. Le second principe est que la transition a ses propres exigences de cohérence et de vérité et que, même si les circonstances dictent de ne pas « lâcher » l’information aisément, cela ne doit pas aller jusqu’à contredire l’idéal de liberté qu’on est censés servir… Si on fait cela, on glisse sans le savoir dans le camp de ceux qui ajoutent à la suspicion autour du projet issu du 14 janvier 2011.
Le 21-07-2011
jeudi 21 juillet 2011
Un œil sur le porte-monnaie, l’autre sur le 23 octobre
Le récent sit-in de la Kasbah, de l’avis de tous les observateurs, ne soutenait aucune comparaison avec les deux qui l’ont précédé. Aucune des formations politiques majeures n’y était vraiment présente. En outre, les participants étaient relativement clairsemés, en nombre nettement plus réduit que lors des éditions qui ont marqué les premières semaines ayant suivi la révolution. Et c’est sans doute les incidents liés à l’intervention policière et à l’usage excessif et injustifié de la force brutale qui a donné à l’événement un relief inespéré, pour ainsi dire. Il n’a pas fait que cela, d’ailleurs. On a assisté à une vague d’indignation qui a été largement relayée par les médias, il faut le dire. Les médias avaient dans cette affaire l’honneur de la profession à venger, dans la mesure où des journalistes n’avaient pas échappé aux menées des forces de l’ordre. Mais il n’est pas tout à fait vrai que ce soit la motivation principale de leur mobilisation. Le point crucial, c’est le refus que l’on réponde par la force à une revendication qui s’exprime, que ce soit dans la rue ou ailleurs, et cela quel que soit le contenu de cette revendication et le degré de sa pertinence et de son à propos. L’épisode a été perçu par l’ensemble des journalistes comme une occasion en or pour, non seulement rappeler la détermination de la profession à ne pas se laisser intimider, mais aussi pour adresser aux responsables au niveau de l’Etat un message clair concernant tout glissement qui nous ramènerait vers l’ancien régime et ses pratiques liberticides.
Comment ce message a été perçu et interprété, cela est une autre affaire. Une chose est sûre : les actes de violence et de vandalisme perpétrés ici ou là dans le pays n’ont pas grand-chose à voir avec la nature de la protestation exprimée par les journalistes. Le fait que cette dernière ait contribué à créer un climat général de mécontentement ne la rend bien sûr aucunement responsable de la façon dont certains vont choisir de traduire ce mécontentement. Du reste, il s’agit de savoir si cette envie d’en découdre ne préexistait pas à tout cela et si les incidents de la Kasbah n’ont pas été autre chose qu’un prétexte. Il existe de bonnes raisons de croire que, l’échéance des élections se profilant à l’horizon, certaines gens voient d’un mauvais œil le décret des urnes relayer bientôt la voix de ceux qui prétendent parler au nom du peuple et dont la seule « légitimité » est la puissance sonore de leurs cordes vocales. D’autres se sont installés dans cette situation de relative anarchie, propice à divers dépassements et divers expédients, et ne souhaitent pas le retour d’un Etat fort, car bien assis sur la légitimité du vote populaire et désormais plus sourcilleux dans sa façon de faire respecter la loi. D’autres encore sont les amis du désordre et toute occasion est bonne pour se livrer à de la destruction, s’il le faut à la campagne et dans nos forêts, pourquoi pas, pour peu qu’ils aient la fibre pyromane !
Bref, cette période transitoire ne manque pas d’avantages pour beaucoup de nos concitoyens, et certains ne se contentent pas d’y voir la saison de bien des opportunités… Ils voient aussi dans les prochaines élections l’événement malvenu qui va les en priver et qu’il s’agit donc de conjurer. Car il ne faut pas se faire d’illusions : la démocratie n’a pas que des fans parmi nos concitoyens. Nous ne parlons pas ici des anti-mémocrates déclarés, amis des dictatures d’inspiration profane ou sacrée : nous parlons de tous ceux que le projet d’un peuple qui se donne à lui-même les outils de son propre gouvernement représente pour eux un projet qui les indiffère et qui peut être perçu comme ce qui contrarie le confort d’une existence centrée sur la satisfaction jalouse d’intérêts individuels.
Mais il ne s’agit pas ici d’évoquer ces conduites pour les dénoncer, bien qu’elles n’aient rien de recommandable. Le propos est de rappeler qu’il appartient à tous ceux pour qui le projet démocratique est cher qu’ils se doivent de créer dans le pays le climat le plus propice possible à un intérêt le plus large et le plus profond de la part de nos concitoyens.
Le rappel est utile, en cette période d’approche du mois de Ramadan, où il est clair par ailleurs que l’on assiste à une certaine flambée des prix. Comment faire en sorte que le Tunisien, maître de son porte—monnaie face aux spéculateurs, garde un œil sur la date du 23 octobre…Et pas seulement un œil : un battement de cœur !
Raouf SEDDIK - Le 17-07-2011
Comment ce message a été perçu et interprété, cela est une autre affaire. Une chose est sûre : les actes de violence et de vandalisme perpétrés ici ou là dans le pays n’ont pas grand-chose à voir avec la nature de la protestation exprimée par les journalistes. Le fait que cette dernière ait contribué à créer un climat général de mécontentement ne la rend bien sûr aucunement responsable de la façon dont certains vont choisir de traduire ce mécontentement. Du reste, il s’agit de savoir si cette envie d’en découdre ne préexistait pas à tout cela et si les incidents de la Kasbah n’ont pas été autre chose qu’un prétexte. Il existe de bonnes raisons de croire que, l’échéance des élections se profilant à l’horizon, certaines gens voient d’un mauvais œil le décret des urnes relayer bientôt la voix de ceux qui prétendent parler au nom du peuple et dont la seule « légitimité » est la puissance sonore de leurs cordes vocales. D’autres se sont installés dans cette situation de relative anarchie, propice à divers dépassements et divers expédients, et ne souhaitent pas le retour d’un Etat fort, car bien assis sur la légitimité du vote populaire et désormais plus sourcilleux dans sa façon de faire respecter la loi. D’autres encore sont les amis du désordre et toute occasion est bonne pour se livrer à de la destruction, s’il le faut à la campagne et dans nos forêts, pourquoi pas, pour peu qu’ils aient la fibre pyromane !
Bref, cette période transitoire ne manque pas d’avantages pour beaucoup de nos concitoyens, et certains ne se contentent pas d’y voir la saison de bien des opportunités… Ils voient aussi dans les prochaines élections l’événement malvenu qui va les en priver et qu’il s’agit donc de conjurer. Car il ne faut pas se faire d’illusions : la démocratie n’a pas que des fans parmi nos concitoyens. Nous ne parlons pas ici des anti-mémocrates déclarés, amis des dictatures d’inspiration profane ou sacrée : nous parlons de tous ceux que le projet d’un peuple qui se donne à lui-même les outils de son propre gouvernement représente pour eux un projet qui les indiffère et qui peut être perçu comme ce qui contrarie le confort d’une existence centrée sur la satisfaction jalouse d’intérêts individuels.
Mais il ne s’agit pas ici d’évoquer ces conduites pour les dénoncer, bien qu’elles n’aient rien de recommandable. Le propos est de rappeler qu’il appartient à tous ceux pour qui le projet démocratique est cher qu’ils se doivent de créer dans le pays le climat le plus propice possible à un intérêt le plus large et le plus profond de la part de nos concitoyens.
Le rappel est utile, en cette période d’approche du mois de Ramadan, où il est clair par ailleurs que l’on assiste à une certaine flambée des prix. Comment faire en sorte que le Tunisien, maître de son porte—monnaie face aux spéculateurs, garde un œil sur la date du 23 octobre…Et pas seulement un œil : un battement de cœur !
Raouf SEDDIK - Le 17-07-2011
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