Qu’en est-il de l'interdiction de la publicité politique ? Interdiction qui, si l'on en croit le texte de référence, devrait même concerner l'information relative aux programmes des différents partis. Le moins que l'on puisse dire est que, quelle que soit l'utilité de cette période de "silence" médiatique et publicitaire qu'on a prévue, elle n'a pas été correctement expliquée et, de ce fait, les gens se sentent peu concernés aussi bien par son application que par les infractions qui la mettent quotidiennement à mal.
Le défi lancé par le Parti démocratique progressiste le jour même de l'entrée en vigueur de l'interdiction, annonçant qu'il ne la respecterait pas et la déclarant même illégale, démontre que le dispositif juridique est faible. La vérité est que cette interruption de l'activité publicitaire relève davantage d'un code de bonne conduite. Les parades qui ont été conçues et annoncées à la presse par l'Instance supérieure indépendante pour les élections au début indiquent qu'on est bien dans ce cas de figure. En effet, ce qui a été dit, sur ces mêmes colonnes, c'est que les Tunisiens seraient pris à témoin en cas d'infraction... Si l'affaire était essentiellement juridique, il faudrait laisser parler la justice, et ne pas s'autoriser d'ameuter l'opinion avant que les tribunaux n'aient dit leur mot. Car alors celui qui a pris la responsabilité de dénoncer s'exposerait à son tour à des poursuites, au motif qu'il aurait porté atteinte à l'image d'un parti dans l'exercice de son droit à se faire connaître. Bref, on ne peut se tourner en même temps vers le tribunal de l'opinion et vers celui des magistrats.
Toute cette affaire n'aurait pas pris cette tournure si, en amont, ce code de conduite entre les partis avait été expliqué au grand public. Quelles sont les conditions de l'équité entre des partis qui ont passé de longues années de résistance à la dictature et d'autres qui viennent à peine de naître, entre ceux qui ont des idées lumineuses pour transformer le pays en accord avec les attentes de la révolution mais peu de moyens à leur disposition et d'autres qui ont de gros moyens mais, pour tout projet, un formidable appétit de pouvoir ? Entre ceux qui arrivent avec la virginité de leurs belles intentions et les autres qui ont derrière eux une expérience du pouvoir mais aussi une expérience de ses pratiques douteuses ? Voilà le débat à côté duquel nous sommes passés, il faut l'avouer. Si un large consensus avait été obtenu autour de ces questions, le public se serait senti partie prenante dans la mise en place d'un dispositif qui garantisse une participation équitable de tous. Mais outre que rien de tout cela ne s'est passé, la décision d'imposer un silence général à tout le monde, à une date fixée en fonction de critères qu'on ignore, a toutes les chances de donner un sentiment d'arbitraire. Et ce qui est arbitraire ne suscite pas l'adhésion.
Auteur : Raouf SEDDIK
Ajouté le : 17-09-2011
samedi 17 septembre 2011
vendredi 16 septembre 2011
Figures et concepts / Abou Dharr, ou la persévérance de la foi
Il est l’un des tout premiers convertis à l’islam. De ceux qui ont rejoint les rangs du Prophète alors que la nouvelle religion était à peine une rumeur parmi les tribus arabes de la péninsule… S’y rallier à cette époque, c’était nécessairement ne pas craindre pour sa personne. Et, de ce point de vue, Abou Dharr est l’exemple de ces jeunes âmes pour qui les déboires personnels ne comptaient pas à côté de la flamme qui brûlait en eux. Il est de ceux qui se sont épargné le moins les insultes et les coups portés au visage et sur tout le corps par les défenseurs de l’ancien culte, lorsqu’il entamera son séjour mecquois. Tous ces coups ne valaient pas ou ne couvraient pas le coup de foudre qu’il venait d’avoir pour cette religion à laquelle appelait un homme, lui-même persécuté par les siens mais dont la parole inspirée lui faisait aussi braver tous les dangers.
Abou Dharr fut l’un des premiers convertis, et il fut aussi l’un des plus proches du Prophète : de ces soutiens indéfectibles qui apportent leur lot de confiance en soi et d’audace à la cause, en ces moments où le doute et le découragement guettent à tout instant. Et, jusqu’à son dernier souffle, il restera fidèle à sa première flamme : rien ne saura l’en détourner, ni la puissance, ni l’argent, ni la renommée… Toutes ces choses, qui tenteront tant de musulmans quand les vents de la «fortune» auront tourné en leur faveur, il les repoussera de devant lui comme des mets fades : nouvelles idoles ayant remplacé les anciennes !
Abou Dharr est connu de tous les croyants musulmans qui ont pris soin de se doter d’une culture et de connaissances sur la première période de l’islam. Toux ceux qui se piquent d’en savoir un bout sur le who’s who du monde des sahabas, des compagnons du Prophète, ne sauraient ignorer l’existence du personnage. Mais ce qu’on sait de lui ne semble pas rendre justice à la place réelle qu’il a occupée dans la naissance ou l’essor du premier islam. Omission? Négligence? On a des raisons sérieuses d’en douter. Et ces raisons sont au nombre de deux, au moins.
Première raison : Abou Dharr fut après la mort du Prophète un proche de Ali Ibn Abi Taleb, en qui il voyait les qualités du «commandeur» sachant conduire la communauté des croyants dans la fidélité à l’esprit et à l’enthousiasme de l’islam premier. Il fut aussi un contempteur des pratiques qui ont été surtout reprochées au calife Othman : pratiques liées aux récompenses pécuniaires par lesquelles il est d’usage de consolider ses alliances dans la sphère politique. A ce double titre, il figure en bonne place sur la liste restreinte des compagnons qui ont toute l’estime et la vénération des shiites, et ce, aux côtés de Miqdad Ibn al’Aswad Al-Kindi, Salmân el-Farisi et Ammar Ibn Yassir. Or être à ce point dans les bonnes grâces des shiites n’est pas un avantage dès lors que l’on se transporte dans le monde sunnite.
Deuxième raison : Abou Dharr ne se contentait pas d’exprimer ses réserves ou sa désapprobation de façon discrète et timorée. A l’égard des puissants qui prenaient leurs aises avec l’idéal, sa voix se faisait assez sonore pour que la seule solution qu’on ait trouvée avec lui fût de l’exiler dans quelque village du désert. Par conséquent, nombreux sont les dirigeants en terre d’islam qui ne tenaient pas à ce que son exemple fasse école et ils n’ont sans doute pas manqué de faire passer le message à leurs théologiens attitrés. D’où un discours certes positif dans la littérature religieuse édifiante, mais un discours qui se garde de s’attarder… Quelques phrases et puis s’en vont !
Aujourd’hui, il a été plus ou moins exhumé par tout un courant islamiste contestataire et radical. Des prédicateurs modernes invoquent son exemple et les prêches enflammés qui parlent de lui se retrouvent sur Internet. Mais cette façon de le mettre en avant n’est pas sans contrepartie négative, pas sans occultation incidente et insidieuse. Plus qu’une omission, il y a un mensonge à son sujet lorsqu’on sous-entend qu’il était musulman au sens où beaucoup l’entendent aujourd’hui, c’est-à-dire qu’il était un homme de la sujétion à un livre achevé et à des rites constitués. Habité par le Message et porté par son langage, il n’y avait pas chez lui ce que d’aucuns ont appelé le fétichisme du livre et le mimétisme du rite : ce qui est précisément l’attitude que beaucoup de courants islamistes cherchent à susciter aujourd’hui chez les gens.
Il y a un fossé psychologique, un abîme plutôt, entre le style religieux de Abou Dharr et cette morale de troupeau qui tend vers l’uniformisation des esprits et qui travaille à l’érosion des différences, y compris et en particulier au sein de courants qui se disent révolutionnaires. La force de l’islam premier d’Abou Dharr et de tous ceux qui, avec lui, ont prêté leur corps et leur vie pour donner un écho vivant au Message avant même qu’il n’y ait ni livre constitué ni culte établi, cette force demeure hors d’atteinte de tous ces courants plus ou moins «salafistes» qui prétendent pourtant ramener le croyant à l’exemple des premiers musulmans, mais qui demeurent prisonniers d’une logique de la reproduction et de la représentation, d’une logique de la copie et du jeu de simulacre !
D’Abou Dharr on rapporte que le Prophète disait souvent cette parole étrange : «Abou Dharr voyage seul, il mourra seul et il se lèvera seul au jour de la résurrection». C’est en tout cas en référence à cette solitude que les soufis en feront un précurseur. En dehors de son pouvoir à se passer des divertissements de ce monde et à soutenir la simplicité d’une vie quotidienne sans rumeurs ni fureurs, il a cette audace spirituelle qui rend le ciel proche et grâce à quoi le cœur peut s’écrier à chaque instant : tout est accompli ! Mais à la différence des soufis, son silence n’est pas seulement celui de la retraite : il est aussi celui du reproche. C’est un silence qui gronde, qui dit non aux cupidités, à l’injustice faite au faible, à la trahison de la vérité vivante et enthousiasmante qui a uni aux premières heures les cœurs et les hommes et, enfin, un silence qui dit non à la démission par rapport à cette tradition communautaire frémissante qui s’est construite sur ce socle de vérité-là et seulement sur ce socle… Un silence politiquement insoumis, qui ne s’accommode pas, qui ne se résigne pas et en quoi résonne aujourd’hui encore une parole où il est toujours possible de retrouver le sens pour l’homme de l’être ensemble et de l’agir ensemble dans l’exaltation de la présence de Celui par qui advient la paix dans les cœurs et dans le monde, loin des compromissions et de tous les avilissements de l’âme.
Auteur : Raouf SEDDIK
Ajouté le : 16-09-2011
Abou Dharr fut l’un des premiers convertis, et il fut aussi l’un des plus proches du Prophète : de ces soutiens indéfectibles qui apportent leur lot de confiance en soi et d’audace à la cause, en ces moments où le doute et le découragement guettent à tout instant. Et, jusqu’à son dernier souffle, il restera fidèle à sa première flamme : rien ne saura l’en détourner, ni la puissance, ni l’argent, ni la renommée… Toutes ces choses, qui tenteront tant de musulmans quand les vents de la «fortune» auront tourné en leur faveur, il les repoussera de devant lui comme des mets fades : nouvelles idoles ayant remplacé les anciennes !
Abou Dharr est connu de tous les croyants musulmans qui ont pris soin de se doter d’une culture et de connaissances sur la première période de l’islam. Toux ceux qui se piquent d’en savoir un bout sur le who’s who du monde des sahabas, des compagnons du Prophète, ne sauraient ignorer l’existence du personnage. Mais ce qu’on sait de lui ne semble pas rendre justice à la place réelle qu’il a occupée dans la naissance ou l’essor du premier islam. Omission? Négligence? On a des raisons sérieuses d’en douter. Et ces raisons sont au nombre de deux, au moins.
Première raison : Abou Dharr fut après la mort du Prophète un proche de Ali Ibn Abi Taleb, en qui il voyait les qualités du «commandeur» sachant conduire la communauté des croyants dans la fidélité à l’esprit et à l’enthousiasme de l’islam premier. Il fut aussi un contempteur des pratiques qui ont été surtout reprochées au calife Othman : pratiques liées aux récompenses pécuniaires par lesquelles il est d’usage de consolider ses alliances dans la sphère politique. A ce double titre, il figure en bonne place sur la liste restreinte des compagnons qui ont toute l’estime et la vénération des shiites, et ce, aux côtés de Miqdad Ibn al’Aswad Al-Kindi, Salmân el-Farisi et Ammar Ibn Yassir. Or être à ce point dans les bonnes grâces des shiites n’est pas un avantage dès lors que l’on se transporte dans le monde sunnite.
Deuxième raison : Abou Dharr ne se contentait pas d’exprimer ses réserves ou sa désapprobation de façon discrète et timorée. A l’égard des puissants qui prenaient leurs aises avec l’idéal, sa voix se faisait assez sonore pour que la seule solution qu’on ait trouvée avec lui fût de l’exiler dans quelque village du désert. Par conséquent, nombreux sont les dirigeants en terre d’islam qui ne tenaient pas à ce que son exemple fasse école et ils n’ont sans doute pas manqué de faire passer le message à leurs théologiens attitrés. D’où un discours certes positif dans la littérature religieuse édifiante, mais un discours qui se garde de s’attarder… Quelques phrases et puis s’en vont !
Aujourd’hui, il a été plus ou moins exhumé par tout un courant islamiste contestataire et radical. Des prédicateurs modernes invoquent son exemple et les prêches enflammés qui parlent de lui se retrouvent sur Internet. Mais cette façon de le mettre en avant n’est pas sans contrepartie négative, pas sans occultation incidente et insidieuse. Plus qu’une omission, il y a un mensonge à son sujet lorsqu’on sous-entend qu’il était musulman au sens où beaucoup l’entendent aujourd’hui, c’est-à-dire qu’il était un homme de la sujétion à un livre achevé et à des rites constitués. Habité par le Message et porté par son langage, il n’y avait pas chez lui ce que d’aucuns ont appelé le fétichisme du livre et le mimétisme du rite : ce qui est précisément l’attitude que beaucoup de courants islamistes cherchent à susciter aujourd’hui chez les gens.
Il y a un fossé psychologique, un abîme plutôt, entre le style religieux de Abou Dharr et cette morale de troupeau qui tend vers l’uniformisation des esprits et qui travaille à l’érosion des différences, y compris et en particulier au sein de courants qui se disent révolutionnaires. La force de l’islam premier d’Abou Dharr et de tous ceux qui, avec lui, ont prêté leur corps et leur vie pour donner un écho vivant au Message avant même qu’il n’y ait ni livre constitué ni culte établi, cette force demeure hors d’atteinte de tous ces courants plus ou moins «salafistes» qui prétendent pourtant ramener le croyant à l’exemple des premiers musulmans, mais qui demeurent prisonniers d’une logique de la reproduction et de la représentation, d’une logique de la copie et du jeu de simulacre !
D’Abou Dharr on rapporte que le Prophète disait souvent cette parole étrange : «Abou Dharr voyage seul, il mourra seul et il se lèvera seul au jour de la résurrection». C’est en tout cas en référence à cette solitude que les soufis en feront un précurseur. En dehors de son pouvoir à se passer des divertissements de ce monde et à soutenir la simplicité d’une vie quotidienne sans rumeurs ni fureurs, il a cette audace spirituelle qui rend le ciel proche et grâce à quoi le cœur peut s’écrier à chaque instant : tout est accompli ! Mais à la différence des soufis, son silence n’est pas seulement celui de la retraite : il est aussi celui du reproche. C’est un silence qui gronde, qui dit non aux cupidités, à l’injustice faite au faible, à la trahison de la vérité vivante et enthousiasmante qui a uni aux premières heures les cœurs et les hommes et, enfin, un silence qui dit non à la démission par rapport à cette tradition communautaire frémissante qui s’est construite sur ce socle de vérité-là et seulement sur ce socle… Un silence politiquement insoumis, qui ne s’accommode pas, qui ne se résigne pas et en quoi résonne aujourd’hui encore une parole où il est toujours possible de retrouver le sens pour l’homme de l’être ensemble et de l’agir ensemble dans l’exaltation de la présence de Celui par qui advient la paix dans les cœurs et dans le monde, loin des compromissions et de tous les avilissements de l’âme.
Auteur : Raouf SEDDIK
Ajouté le : 16-09-2011
Conférence de presse conjointe Béji Caïd Essebsi-Recep Tayyip Erdogan / « Nous apporterons la preuve qu’Islam et démocratie ne sont pas contradictoires... »
La venue parmi nous du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan était un moment attendu. Et la conférence de presse qui a eu lieu hier, en fin de matinée, se ressentait de ce sentiment général. Les deux drapeaux, tunisien et turc, dans leur si grande ressemblance, mis côte à côte, sans doute à dessein par les organisateurs, portaient en eux-mêmes l'espoir d'un nouveau rapprochement entre les deux pays : espoir que les deux Premiers ministres, tunisien et turc, ont relayé par leurs déclarations.
Le contexte particulier s'y prête, comme l'a rappelé M. Béji Caïd Essebsi, qui affirme : « La Turquie et la Tunisie sont pour la démocratie et la dignité de leurs peuples ». Une base qui autorise très certainement un niveau plus élevé d'échange et de concertation... « Nous nous sommes rejoints sur de nombreux sujets », a encore dit le Premier ministre tunisien dans son allocution. Et, parmi ces sujets, celui du soutien à apporter aux Palestiniens en ce moment précis où ils ont engagé la bataille de la reconnaissance par la communauté internationale d'un Etat palestinien : « Cette demande est juste ! Et la Tunisie compte parmi les tout premiers pays à avoir clamé le droit des Palestiniens à jouir d'un Etat sur leur sol... Il n'est pas possible d'hésiter à soutenir les Palestiniens dans leur demande », a martelé M. Caïd Essebsi.
Autre point de convergence, sur lequel l'homologue turc reviendra plus longuement par la suite : « La Tunisie et la Turquie vont apporter tous les deux la preuve que Islam et démocratie ne sont pas contradictoires... Nous avons évoqué ce sujet, à savoir qu'un Etat juste est un Etat qui garantit la liberté de culte à tous et qui garantit contre l'extrémisme, aussi bien de gauche que de droite ».
Avant de céder la parole à son invité, le Premier ministre tunisien a évoqué le volet économique de la coopération entre les deux pays, notamment le secteur du tourisme, pour lequel s'ouvrent des perspectives d'échanges et d'investissement. M. Erdogan lui-même abordera par la suite le sujet en rappelant comment, depuis son arrivée au pouvoir, le tourisme turque a connu une transformation de sa vocation, intégrant le tourisme de montagne, le tourisme de congrès, de santé, le thermalisme, le golf... Le volet économique, du reste, ne pouvait pas être un simple détail, étant donné que le Premier ministre turc est arrivé chez nous en compagnie d'une forte délégation d'hommes d'affaires. Dans tous les domaines, le renforcement de la concertation est donc à l'ordre du jour.
Les premiers mots que M. Erdogan a prononcés étaient adressés aux journalistes tunisiens, eux qui ont eu l'honneur et le privilège d'être aux premières loges lors de cette révolution du 14 janvier qui, elle-même, a inauguré le printemps arabe... « Puis sont venus l'Egypte, le Yémen, la Libye, la Syrie, Bahreïn ! » Une vague révolutionnaire au sujet de laquelle le Premier ministre forme le souhait qu'elle soit moins synonyme de sang versé que d'idées et de démocratie. Ce qui suppose, insiste-t-il, que la volonté du peuple soit respectée dans sa vérité, sans manipulation.
C'est à ce point précis que le Premier ministre turc a repris la formule déjà exprimée par M. Caïd Essebsi : « Les Tunisiens vont prouver que Islam et modernité vont ensemble » ! L'exemple turc est appelé à la barre : « Nous sommes musulmans à 99 % et nous l'avons fait. Vous pouvez le faire aussi ».
C'est à travers le respect des urnes, indique l'homme politique, que l'échange entre les deux pays peut s'élargir du niveau des dirigeants à celui des peuples.
Sur le plan commercial, les échanges commerciaux se chiffrent à un milliard de dollars, précise M. Erdogan. « Est-ce suffisant ? Non ! Nous allons les augmenter». Ce qui va passer notamment par l'encouragement des hommes d'affaires turcs à venir investir en Tunisie. Par la mise en place de liaisons maritimes, pour l'instant inexistantes. Par le renforcement de la coopération dans le domaine du tourisme. Mais aussi, en amont pourrait-on dire, par l'instauration d'un système d'échange d'étudiants, une sorte d'Erasmus, à l'image de ce qui existe entre pays européens.
Le Premier ministre a ponctué sa déclaration en annonçant que la coopération entre la Turquie et la Tunisie se renforcerait après le 23 octobre et, également, en lançant un appel au citoyen tunisien afin qu'il ne s'inquiète pas pour ce qui est du domaine des libertés... Mais il devait revenir sur ce thème précis lors de la séance des questions, en insistant sur le fait que si l'individu n'a pas à être laïc, l'Etat, lui, le doit. Ce qui se traduit par une obligation pour lui à observer la règle de l'équité à l'égard de toutes les religions.
Interrogé sur la question de ses liens avec le parti Ennahdha, M. Erdogan répond prudemment que, quelle que soit la volonté exprimée par le peuple tunisien telle qu'elle sortira des urnes le 23 octobre, elle sera respectée.
Enfin, le Premier ministre turc a eu à s'exprimer sur la situation au Moyen-Orient, et plus précisément sur celle des Palestiniens, ce qui a été l'occasion pour lui de réaffirmer sa politique de soutien : « De A à Z, nous sommes avec les Palestiniens ». Vis-à-vis d'Israël, et suite à l'incident du Mavi Marmara, qui a été attaqué par l'armée israélienne lors de l'opération en faveur de Gaza, causant la mort de plusieurs de ses passagers, la position turque est la suivante : « Si Israël ne s'excuse pas, ne dédommage pas les familles des victimes, ne lève pas l'embargo sur Gaza, nous ne pouvons pas dire que nos relations pourront se poursuivre normalement ». M. Erdogan a rappelé le gel de la coopération militaire, la réduction des relations diplomatiques au niveau du deuxième secrétaire, mais aussi son intention de défendre les familles des victimes au niveau du tribunal de la Haye et celle d'attaquer en justice Israël en raison de l'embargo imposé sur Gaza.
Auteur : Raouf SEDDIK
Ajouté le : 16-09-2011
Le contexte particulier s'y prête, comme l'a rappelé M. Béji Caïd Essebsi, qui affirme : « La Turquie et la Tunisie sont pour la démocratie et la dignité de leurs peuples ». Une base qui autorise très certainement un niveau plus élevé d'échange et de concertation... « Nous nous sommes rejoints sur de nombreux sujets », a encore dit le Premier ministre tunisien dans son allocution. Et, parmi ces sujets, celui du soutien à apporter aux Palestiniens en ce moment précis où ils ont engagé la bataille de la reconnaissance par la communauté internationale d'un Etat palestinien : « Cette demande est juste ! Et la Tunisie compte parmi les tout premiers pays à avoir clamé le droit des Palestiniens à jouir d'un Etat sur leur sol... Il n'est pas possible d'hésiter à soutenir les Palestiniens dans leur demande », a martelé M. Caïd Essebsi.
Autre point de convergence, sur lequel l'homologue turc reviendra plus longuement par la suite : « La Tunisie et la Turquie vont apporter tous les deux la preuve que Islam et démocratie ne sont pas contradictoires... Nous avons évoqué ce sujet, à savoir qu'un Etat juste est un Etat qui garantit la liberté de culte à tous et qui garantit contre l'extrémisme, aussi bien de gauche que de droite ».
Avant de céder la parole à son invité, le Premier ministre tunisien a évoqué le volet économique de la coopération entre les deux pays, notamment le secteur du tourisme, pour lequel s'ouvrent des perspectives d'échanges et d'investissement. M. Erdogan lui-même abordera par la suite le sujet en rappelant comment, depuis son arrivée au pouvoir, le tourisme turque a connu une transformation de sa vocation, intégrant le tourisme de montagne, le tourisme de congrès, de santé, le thermalisme, le golf... Le volet économique, du reste, ne pouvait pas être un simple détail, étant donné que le Premier ministre turc est arrivé chez nous en compagnie d'une forte délégation d'hommes d'affaires. Dans tous les domaines, le renforcement de la concertation est donc à l'ordre du jour.
Les premiers mots que M. Erdogan a prononcés étaient adressés aux journalistes tunisiens, eux qui ont eu l'honneur et le privilège d'être aux premières loges lors de cette révolution du 14 janvier qui, elle-même, a inauguré le printemps arabe... « Puis sont venus l'Egypte, le Yémen, la Libye, la Syrie, Bahreïn ! » Une vague révolutionnaire au sujet de laquelle le Premier ministre forme le souhait qu'elle soit moins synonyme de sang versé que d'idées et de démocratie. Ce qui suppose, insiste-t-il, que la volonté du peuple soit respectée dans sa vérité, sans manipulation.
C'est à ce point précis que le Premier ministre turc a repris la formule déjà exprimée par M. Caïd Essebsi : « Les Tunisiens vont prouver que Islam et modernité vont ensemble » ! L'exemple turc est appelé à la barre : « Nous sommes musulmans à 99 % et nous l'avons fait. Vous pouvez le faire aussi ».
C'est à travers le respect des urnes, indique l'homme politique, que l'échange entre les deux pays peut s'élargir du niveau des dirigeants à celui des peuples.
Sur le plan commercial, les échanges commerciaux se chiffrent à un milliard de dollars, précise M. Erdogan. « Est-ce suffisant ? Non ! Nous allons les augmenter». Ce qui va passer notamment par l'encouragement des hommes d'affaires turcs à venir investir en Tunisie. Par la mise en place de liaisons maritimes, pour l'instant inexistantes. Par le renforcement de la coopération dans le domaine du tourisme. Mais aussi, en amont pourrait-on dire, par l'instauration d'un système d'échange d'étudiants, une sorte d'Erasmus, à l'image de ce qui existe entre pays européens.
Le Premier ministre a ponctué sa déclaration en annonçant que la coopération entre la Turquie et la Tunisie se renforcerait après le 23 octobre et, également, en lançant un appel au citoyen tunisien afin qu'il ne s'inquiète pas pour ce qui est du domaine des libertés... Mais il devait revenir sur ce thème précis lors de la séance des questions, en insistant sur le fait que si l'individu n'a pas à être laïc, l'Etat, lui, le doit. Ce qui se traduit par une obligation pour lui à observer la règle de l'équité à l'égard de toutes les religions.
Interrogé sur la question de ses liens avec le parti Ennahdha, M. Erdogan répond prudemment que, quelle que soit la volonté exprimée par le peuple tunisien telle qu'elle sortira des urnes le 23 octobre, elle sera respectée.
Enfin, le Premier ministre turc a eu à s'exprimer sur la situation au Moyen-Orient, et plus précisément sur celle des Palestiniens, ce qui a été l'occasion pour lui de réaffirmer sa politique de soutien : « De A à Z, nous sommes avec les Palestiniens ». Vis-à-vis d'Israël, et suite à l'incident du Mavi Marmara, qui a été attaqué par l'armée israélienne lors de l'opération en faveur de Gaza, causant la mort de plusieurs de ses passagers, la position turque est la suivante : « Si Israël ne s'excuse pas, ne dédommage pas les familles des victimes, ne lève pas l'embargo sur Gaza, nous ne pouvons pas dire que nos relations pourront se poursuivre normalement ». M. Erdogan a rappelé le gel de la coopération militaire, la réduction des relations diplomatiques au niveau du deuxième secrétaire, mais aussi son intention de défendre les familles des victimes au niveau du tribunal de la Haye et celle d'attaquer en justice Israël en raison de l'embargo imposé sur Gaza.
Auteur : Raouf SEDDIK
Ajouté le : 16-09-2011
mardi 13 septembre 2011
Pour le PDP, c'est le texte qui est illégal
C'est vers une bataille juridique, et politique aussi, que l'on s'achemine, semble-t-il, autour des dispositions interdisant la publicité aux partis à partir du 12 septembre. Dans une conférence de presse tenue hier, M. Ahmed Néjib Chebbi a déclaré que son parti, le PDP, n'entendait pas respecter cette interdiction. Or, de son point de vue, il ne s'agit pas d'enfreindre une disposition qui a force de loi mais de dénoncer l'illégalité de cette même disposition. La secrétaire générale du parti, Mme Maya Jeribi, ainsi que M. Chebbi, l'auteur des déclarations, étant tous les deux injoignables hier en fin de journée, M. Taïeb Houidi, membre du bureau exécutif, a bien voulu nous apporter des éclaircissements. Il s'explique sur ce point en insistant sur trois éléments.
Tout d'abord, fait-il valoir, il n'y a aucun texte de loi qui fixe le nombre de jours, avant le lancement de la campagne électorale, à partir duquel cette interdiction devrait entrer en vigueur. D'autre part, le texte auquel il est fait référence pour justifier cette interdiction est un texte qui n'a pas été promulgué par le Président de la République et qui, par conséquent, n'a pas force de loi. Enfin, cette interdiction, qui apparaît dans un texte de façon tardive, ne tient pas compte du fait que les partis ont engagé un programme à l'avance en vue de se faire connaître : "C'est comme si, un peu avant la mi-temps d'un match, on décidait que la fin de la partie serait sifflée à la mi-temps !" Ce qui signifie que les programmes de publicité ont été lancés sur la base ou en considération d'un premier texte, lui-même effectif, et en vertu duquel cette publicité serait interrompue avec le lancement officiel de la campagne électorale. Le second texte qui, selon notre interlocuteur, n'a pas force de loi, viendrait donc modifier la donne alors que les engagements sont pris et les programmes ficelés.
Notons par ailleurs que le PDP n'est pas seul à avoir décidé de ne pas respecter l'interdiction. La même position se retrouve exprimée par l'Union patriotique libre (UPL).
Cette mesure d'interdiction n'est-elle pas, malgré tout, en faveur d'une certaine équité entre les partis, par delà toute considération juridique ? Pour M. Houidi, le contexte actuel d'indécision d'une grande partie des électeurs voudrait que le gouvernant donne à l'ensemble des partis la possibilité et les moyens de se faire connaître, au lieu d'imposer le silence à tous. "C'est un nivellement par le bas ! Il nous est demandé de ne pas expliquer notre programme : c'est insensé !"
M. Houidi enfonce le clou en dénonçant la peur qui est suscitée au sein des organes de presse en cas de manquement à la règle de l'interdiction : "Nous en reparlerons !"
Auteur : Raouf SEDDIK
Ajouté le : 13-09-2011
Tout d'abord, fait-il valoir, il n'y a aucun texte de loi qui fixe le nombre de jours, avant le lancement de la campagne électorale, à partir duquel cette interdiction devrait entrer en vigueur. D'autre part, le texte auquel il est fait référence pour justifier cette interdiction est un texte qui n'a pas été promulgué par le Président de la République et qui, par conséquent, n'a pas force de loi. Enfin, cette interdiction, qui apparaît dans un texte de façon tardive, ne tient pas compte du fait que les partis ont engagé un programme à l'avance en vue de se faire connaître : "C'est comme si, un peu avant la mi-temps d'un match, on décidait que la fin de la partie serait sifflée à la mi-temps !" Ce qui signifie que les programmes de publicité ont été lancés sur la base ou en considération d'un premier texte, lui-même effectif, et en vertu duquel cette publicité serait interrompue avec le lancement officiel de la campagne électorale. Le second texte qui, selon notre interlocuteur, n'a pas force de loi, viendrait donc modifier la donne alors que les engagements sont pris et les programmes ficelés.
Notons par ailleurs que le PDP n'est pas seul à avoir décidé de ne pas respecter l'interdiction. La même position se retrouve exprimée par l'Union patriotique libre (UPL).
Cette mesure d'interdiction n'est-elle pas, malgré tout, en faveur d'une certaine équité entre les partis, par delà toute considération juridique ? Pour M. Houidi, le contexte actuel d'indécision d'une grande partie des électeurs voudrait que le gouvernant donne à l'ensemble des partis la possibilité et les moyens de se faire connaître, au lieu d'imposer le silence à tous. "C'est un nivellement par le bas ! Il nous est demandé de ne pas expliquer notre programme : c'est insensé !"
M. Houidi enfonce le clou en dénonçant la peur qui est suscitée au sein des organes de presse en cas de manquement à la règle de l'interdiction : "Nous en reparlerons !"
Auteur : Raouf SEDDIK
Ajouté le : 13-09-2011
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