Une rencontre scientifique s'est tenue les 26 et 27 mai à l'Académie Beït Al-Hikma, sur un thème qui, soyons francs, ne fait pas courir les foules : la démographie. Il y avait pourtant du monde lors de la première journée, sans doute parce que le thème des communications présentait un lien avec notre actualité nationale. Mais il faut dire que l'enjeu est aussi de créer des liens universitaires entre la Tunisie et la France autour des questions démographiques... Du reste, c'est essentiellement des intervenants venus de l'Institut français d'études démographiques — partenaire dans l'organisation de la manifestation — qui ont animé ces deux journées.
Mais la deuxième journée, plus technique, a donné lieu à une assistance plus que clairsemée. Même les spécialistes de chez nous étaient en petit nombre. On y a pourtant évoqué des thèmes qui auraient pu les intéresser, comme l'évolution des techniques et des principes de recensement, le déplacement des populations, ou l'immigration, à travers le cas du Tadjikistan, pays pauvre d'Asie centrale dont les jeunes vont chercher du travail en Russie, mais qui peut présenter des points de comparaison significatifs avec nos régions...
Une communication concernait malgré tout la Tunisie et portait sur l'évolution du niveau d'instruction sous le double point de vue de la région et du genre. On y apprend, chiffres de l'INS à l'appui, que les données relatives à la scolarisation sont loin d'être si encourageantes qu'on nous l'a fait croire durant ces dernières années. En effet, jusqu'en 2004, ce sont quelque 60 % de nos compatriotes qui n'avaient pas dépassé le niveau du primaire. D'autre part, si la proportion des jeunes filles est bonne au niveau de l'enseignement supérieur, elle reste défavorable globalement, avec un écart de près de 20 % en faveur des garçons. Ce qui fait dire à M. Mohamed Ali Ben Zina, le conférencier, que les choses n'ont finalement pas beaucoup changé depuis l'indépendance, où l'écart entre analphabétisme des femmes (près de 100 %) et analphabétisme des hommes (80 %) était du même ordre. On apprend également que les régions où le niveau d'instruction est le plus bas sont le nord-ouest et le centre-ouest.
Ces considérations ont pris une tournure quelque peu passionnée lorsqu'une question a été posée au conférencier qui concerne le lien entre ce faible niveau d'instruction dans ces régions et le départ de la révolution. Sans doute aurait-il fallu tenir compte du fait que ce type de rencontre mêle dans l'assistance deux publics assez différents l'un de l'autre : le public académique et le public non académique. Car affirmer, pour corriger une certaine conception admise des choses, qu'il existe autour de la figure de Mohamed Bouazizi toute une "représentation", qu'en réalité il n'était pas du tout diplômé comme on l'a fait croire, mais que c'était en fin de compte un individu ordinaire et très moyennement instruit, c'est heurter certains esprits, attachés aux symboles, et pour qui le personnage incarne l'exemple d'une jeunesse méritante mais désespérée par le manque de perspectives en vue d'une vie digne. Il est vrai que la froide objectivité du scientifique n'empêche pas le tact politique. De là à crier au discours anti-révolutionnaire, comme on l'a fait dans la salle, cela est un pas qui, lui, nous fait passer de la raison à la déraison... Mais bon, les incidents font partie de ce genre de rencontres : pourquoi la Tunisie post-révolutionnaire devrait-elle en être privée ?
Auteur : Raouf SEDDIK
Ajouté le : 28-05-2011
samedi 28 mai 2011
jeudi 26 mai 2011
Conférence de presse de MM. Friaâ et Jegham / «Le report de l’élection peut être mis à profit»
Le parti El Watan a donné hier sa première conférence de presse dans un hôtel des Berges du Lac, au cours de laquelle il a dessiné à grands traits le programme qu’il a élaboré et dont il a été dit qu’il reflète les préoccupations des citoyens : «Nous avons proposé un projet de programme, afin de laisser aux jeunes qui forment nos rangs la possibilité de contribuer à sa finalisation».
Ce parti, qui se veut «nouveau», a la particularité d’avoir à sa tête deux figures qui ont assumé des responsabilités à l’époque de Ben Ali. Il s’agit, comme chacun sait – ou ne sait pas – de Ahmed Friâa et de Mohamed Jegham. Ensemble, ils assument le secrétariat général du parti et c’est également ensemble qu’ils ont tenu cette conférence de presse.
M. Friâa, qui a pris la parole en premier, a commencé par rappeler que les responsabilités menées à l’époque du régime précédent étaient «techniques et liées au développement». Ce qui, mise à part la courte mission qu’il a eue à la tête du ministère de l’Intérieur à la veille de la chute du régime, est assez vrai en ce qui le concerne. Cela l’est moins pour Mohamed Jegham qui, lui, a assumé des fonctions ministérielles plus sensibles sur le plan politique : ce dernier rappellera toutefois, dans la suite, qu’il avait été écarté de la sphère du pouvoir assez tôt en raison de ses «convictions» au sujet de la manière de moderniser le pays. Pour Ahmed Friâa, en tout cas, «nous avons été au service du pays et avons contribué, modestement, à contenir les dérapages». D’autre part, il considère que la Tunisie est entrée dans une nouvelle phase grâce à la révolution, «dont nous sommes fiers», et que cela permet à une nouvelle élite politique d’émerger. Ce qui signifie que le parti El Watan est essentiellement dédié à cette mission, qui consiste, loin des ambitions personnelles, à amener des jeunes sur le terrain du jeu politique : «Nous voulons faire passer notre expérience à la jeunesse afin qu’elle poursuive…» Et ce, explique-t-il, d’autant plus que la formation dans le domaine politique a été détruite au cours des dernières années. S’agissant des orientations du parti, «il se situe au centre, appelle à la modération, croit en la démocratie véritable et en la différence constructive, sans rejet…» La nécessité du développement est également inscrite dans le projet du parti, affirme M. Friâa, ainsi que la juste répartition des richesses…
L’ancien ministre qui, rappelons-le, est à l’origine un universitaire et un chercheur remarqué sur le plan international, précise également : «Nous avons des concurrents, pas des ennemis !». Une observation qui n’est pas innocente, puisqu’elle conduit à évoquer le fait que des réunions qui devaient avoir lieu dans les régions ont été empêchées par «un petit nombre de personnes», dont il semble qu’elles aient reçu de l’argent pour faire cela.
M. Mohamed Jegham a pris ensuite la parole. Il a fait remarquer que l’expérience de l’éloignement est une expérience «plus riche que celle des responsabilités», que le nom donné au parti – El Watan – renvoyait aux combats de Bourguiba et de Hannibal, et que la révolution y trouvait sa place. En reprenant à son tour la question des entraves que rencontre son parti pour aller à la rencontre des citoyens dans les régions, il a plaidé pour une réconciliation nationale et pour l’unité au service du pays. En outre, a-t-il affirmé, El Watan est un parti nouveau et populaire, non élitiste. Attaché au régime républicain autant qu’à l’Islam modéré, il ambitionne aussi de répondre aux demandes qui se sont exprimées à l’occasion de la révolution. Mais il considère que des acquis ont été réalisés depuis l’indépendance, en précisant qu’ils ne sont pas à mettre au crédit « d’une personne ou deux » mais plutôt de tous les citoyens qui ont travaillé… Si le parti est au centre, dit-il, il existe un clair engagement pour favoriser le climat des affaires, la concurrence loyale et la complémentarité entre les secteurs public et privé… Le soutien des salaires, par exemple, ne doit pas aller au détriment de la bonne santé de l’entreprise.
M. Jegham a indiqué qu’une centaine de points ont été discutés au cours de l’élaboration du programme, dont il a présenté les plus importants : la liberté d’expression – difficile à réaliser après une longue période de censure -, le développement régional, l’accroissement des exportations comme moyen d’augmenter à la fois la production et les postes d’emploi… Au sujet de l’agriculture, il évoque l’hypothèse d’un vaste programme de plantations et, dans celui du tourisme, l’idée de donner de la destination Tunisie une image moins floue : «Le visiteur attend une surprise… Une bonne surprise. Et de partager la joie des gens. Ce qui, poursuit-il, suppose que les gens soient joyeux : or nous ne le sommes pas».
D’autres points ont été abordés lors de la séance des questions-réponses : la poursuite de la mise en place d’une infrastructure routière (en forme d’échelle) pour enrayer l’isolement de certaines régions de l’intérieur, l’engagement de l’Etat dans certains secteurs pour rapprocher l’industrie des zones de production ou pour favoriser le développement de secteurs à haut niveau de performance, comme dans le domaine des énergies renouvelables ou dans celui des services hospitaliers.
S’agissant des alliances possibles, on explique qu’il n’y a pas d’objection, mais que ce n’est pas non plus à l’ordre du jour : «Nous avons confiance dans nos propres capacités». Concernant les financements du parti, les comptes sont «transparents» et «nous veillons à ce qu’il soient soumis au contrôle d’un commissaire aux comptes».
Au sujet d’un certain embargo dont le parti fait l’objet de la part des médias, et en particulier de la part de certaines chaînes de télévision qui n’ont pas été nommées, M‑; Ahmed Friâa fait la remarque suivante : «On comprend que les gens disent qu’ils ne veulent pas avoir afaire avec tout ce qui rappelle le passé, mais il ne faut pas que cette attitude dure indéfiniment… Et, ajoute-t-il, l’exclusion ne sert pas la révolution».
Enfin, au sujet de la date de l’élection, on affirme qu’il existe un attachement à la date du 24 juillet mais que, dans la mesure où, pour des raisons de sécurité et d’organisation, le délai est trop court, il est possible de reporter, en profitant de ce temps supplémentaire pour envisager d’autres choses : l’élection d’un président de la République en même temps que de l’Assemblée constituante, l’adoption d’une charte républicaine que l’Assemblée constituante ne pourrait pas remettre en cause, l’engagement dans un effort de réconciliation nationale «dans le respect de la loi»…
Auteur : Raouf SEDDIK
Ajouté le : 27-05-2011
Ce parti, qui se veut «nouveau», a la particularité d’avoir à sa tête deux figures qui ont assumé des responsabilités à l’époque de Ben Ali. Il s’agit, comme chacun sait – ou ne sait pas – de Ahmed Friâa et de Mohamed Jegham. Ensemble, ils assument le secrétariat général du parti et c’est également ensemble qu’ils ont tenu cette conférence de presse.
M. Friâa, qui a pris la parole en premier, a commencé par rappeler que les responsabilités menées à l’époque du régime précédent étaient «techniques et liées au développement». Ce qui, mise à part la courte mission qu’il a eue à la tête du ministère de l’Intérieur à la veille de la chute du régime, est assez vrai en ce qui le concerne. Cela l’est moins pour Mohamed Jegham qui, lui, a assumé des fonctions ministérielles plus sensibles sur le plan politique : ce dernier rappellera toutefois, dans la suite, qu’il avait été écarté de la sphère du pouvoir assez tôt en raison de ses «convictions» au sujet de la manière de moderniser le pays. Pour Ahmed Friâa, en tout cas, «nous avons été au service du pays et avons contribué, modestement, à contenir les dérapages». D’autre part, il considère que la Tunisie est entrée dans une nouvelle phase grâce à la révolution, «dont nous sommes fiers», et que cela permet à une nouvelle élite politique d’émerger. Ce qui signifie que le parti El Watan est essentiellement dédié à cette mission, qui consiste, loin des ambitions personnelles, à amener des jeunes sur le terrain du jeu politique : «Nous voulons faire passer notre expérience à la jeunesse afin qu’elle poursuive…» Et ce, explique-t-il, d’autant plus que la formation dans le domaine politique a été détruite au cours des dernières années. S’agissant des orientations du parti, «il se situe au centre, appelle à la modération, croit en la démocratie véritable et en la différence constructive, sans rejet…» La nécessité du développement est également inscrite dans le projet du parti, affirme M. Friâa, ainsi que la juste répartition des richesses…
L’ancien ministre qui, rappelons-le, est à l’origine un universitaire et un chercheur remarqué sur le plan international, précise également : «Nous avons des concurrents, pas des ennemis !». Une observation qui n’est pas innocente, puisqu’elle conduit à évoquer le fait que des réunions qui devaient avoir lieu dans les régions ont été empêchées par «un petit nombre de personnes», dont il semble qu’elles aient reçu de l’argent pour faire cela.
M. Mohamed Jegham a pris ensuite la parole. Il a fait remarquer que l’expérience de l’éloignement est une expérience «plus riche que celle des responsabilités», que le nom donné au parti – El Watan – renvoyait aux combats de Bourguiba et de Hannibal, et que la révolution y trouvait sa place. En reprenant à son tour la question des entraves que rencontre son parti pour aller à la rencontre des citoyens dans les régions, il a plaidé pour une réconciliation nationale et pour l’unité au service du pays. En outre, a-t-il affirmé, El Watan est un parti nouveau et populaire, non élitiste. Attaché au régime républicain autant qu’à l’Islam modéré, il ambitionne aussi de répondre aux demandes qui se sont exprimées à l’occasion de la révolution. Mais il considère que des acquis ont été réalisés depuis l’indépendance, en précisant qu’ils ne sont pas à mettre au crédit « d’une personne ou deux » mais plutôt de tous les citoyens qui ont travaillé… Si le parti est au centre, dit-il, il existe un clair engagement pour favoriser le climat des affaires, la concurrence loyale et la complémentarité entre les secteurs public et privé… Le soutien des salaires, par exemple, ne doit pas aller au détriment de la bonne santé de l’entreprise.
M. Jegham a indiqué qu’une centaine de points ont été discutés au cours de l’élaboration du programme, dont il a présenté les plus importants : la liberté d’expression – difficile à réaliser après une longue période de censure -, le développement régional, l’accroissement des exportations comme moyen d’augmenter à la fois la production et les postes d’emploi… Au sujet de l’agriculture, il évoque l’hypothèse d’un vaste programme de plantations et, dans celui du tourisme, l’idée de donner de la destination Tunisie une image moins floue : «Le visiteur attend une surprise… Une bonne surprise. Et de partager la joie des gens. Ce qui, poursuit-il, suppose que les gens soient joyeux : or nous ne le sommes pas».
D’autres points ont été abordés lors de la séance des questions-réponses : la poursuite de la mise en place d’une infrastructure routière (en forme d’échelle) pour enrayer l’isolement de certaines régions de l’intérieur, l’engagement de l’Etat dans certains secteurs pour rapprocher l’industrie des zones de production ou pour favoriser le développement de secteurs à haut niveau de performance, comme dans le domaine des énergies renouvelables ou dans celui des services hospitaliers.
S’agissant des alliances possibles, on explique qu’il n’y a pas d’objection, mais que ce n’est pas non plus à l’ordre du jour : «Nous avons confiance dans nos propres capacités». Concernant les financements du parti, les comptes sont «transparents» et «nous veillons à ce qu’il soient soumis au contrôle d’un commissaire aux comptes».
Au sujet d’un certain embargo dont le parti fait l’objet de la part des médias, et en particulier de la part de certaines chaînes de télévision qui n’ont pas été nommées, M‑; Ahmed Friâa fait la remarque suivante : «On comprend que les gens disent qu’ils ne veulent pas avoir afaire avec tout ce qui rappelle le passé, mais il ne faut pas que cette attitude dure indéfiniment… Et, ajoute-t-il, l’exclusion ne sert pas la révolution».
Enfin, au sujet de la date de l’élection, on affirme qu’il existe un attachement à la date du 24 juillet mais que, dans la mesure où, pour des raisons de sécurité et d’organisation, le délai est trop court, il est possible de reporter, en profitant de ce temps supplémentaire pour envisager d’autres choses : l’élection d’un président de la République en même temps que de l’Assemblée constituante, l’adoption d’une charte républicaine que l’Assemblée constituante ne pourrait pas remettre en cause, l’engagement dans un effort de réconciliation nationale «dans le respect de la loi»…
Auteur : Raouf SEDDIK
Ajouté le : 27-05-2011
mercredi 25 mai 2011
Destin d’une révolution / Le devoir de garder l’initiative
Que la révolution tunisienne soit la mère des révolutions arabes, personne ne le conteste. L'initiative est venue de chez nous : l'étincelle de Sidi Bouzid, la contestation dans les rues qui gagne rapidement l'ensemble des grandes villes du pays grâce à une jeunesse hardie et intrépide, la mobilisation des élites aux côtés du peuple, une action aussi opiniâtre que ciblée pour ébranler l'ancien pouvoir sur son socle, la complicité passive – mais pas tant que ça – de l'armée qui se dérobe habilement à son obligation de soutien à l'ancien président et qui prend finalement fait et cause pour la rue... Tout cela a eu lieu et, quoi qu'en disent les amateurs de théories du complot, un coup de génie a été opéré. S'il y a eu «complot», c'est d'abord la main de Dieu qui l'a orchestré : or Dieu n'agit qu'en jouant avec la liberté des hommes, et non contre elle ou sans elle ! Sa «manipulation» est libertogène, non liberticide. Elle n'ôte pas aux humains le crédit ou le mérite de l'initiative: elle la consacre.
Ce qui est également incontestable, c'est que cette révolution tunisienne fait l'affaire de certains à l'échelle internationale. En soi, ce n'est pas forcément pour nous déplaire. On peut au contraire y reconnaître des facteurs de soutien solides et durables. De quoi s'agit-il ? Il s'agit de ceci que, jusqu'à il y a quelques années, l'Occident voyait dans les dictatures des pays arabes et musulmans un rempart contre les intégrismes et les menaces qu'il faisait peser sur ses intérêts. Il se rendait bien compte cependant que le «rendement» de ces dictatures en termes de protection allait s'affaiblissant, du fait en particulier que l'évolution des technologies de la communication conférait aux jeunes générations le profil d'une population foncièrement rebelle. D'autre part, cette évolution technologique rendait également de plus en plus grand le risque d'actions terroristes de grande ampleur par des groupes d'individus non identifiés, à peine organisés. L'idée étant que la rapidité de l'accès à l'information sensible, le haut niveau scientifique de certains jeunes et, à l'inverse, leur faible degré de matûrité citoyenne en raison de leur marginalisation politique, cela faisait que le danger pouvait surgir d'eux à tout instant. Et que, par conséquent, ces régimes politiques censés garantir une protection contre la violence terroriste, en devenaient au contraire des terreaux propices et des bouillons de culture sans rien y pouvoir. Il fallait changer de paradigme ! Pousser les dictatures vers la sortie, libérer la jeunesse et l'installer dans un système de prise de responsabilité sur le plan politique. Il fallait également faire en sorte que l'Islam, qui s'affirmait dans sa dimension politique comme un courant contestataire et anti-moderniste, à tendance intégriste et susceptible de recueillir ainsi en son sein, voire d'attiser la violence politique à travers ses revendications, soit lui aussi partie prenante dans l'exercice du pouvoir et que son idéologie se convertisse de la sorte en projets concrets et positifs au bénéfice de communautés nationales à la composition complexe. Opération de désamorçage!
La bénédiction à laquelle a droit notre révolution de la part des grandes puissances n'a donc rien de purement gratuit. Elle est justifiée dans le cadre d'un vaste plan stratégique qui vise à préserver la planète contre le risque d'une violence terroriste déstabilisante qui serait le produit conjugué d'une double marginalisation : celle d'une génération — la jeunesse — et celle d'une religion – l'Islam. Notre révolution recueille cette bénédiction parce qu'elle semble arriver à point nommé pour servir de façon tout à fait décisive cette stratégie qui, bien qu'elle ne soit pas fondamentalement contraire à nos intérêts, loin s'en faut, est malgré tout une stratégie qui a ses propres initiateurs et ses propres visées géo-économiques.
Ce n'est pas seulement dans ses premiers moments que la révolution tunisienne intéresse les grandes puissances, c'est aussi dans ses développements ultérieurs, c'est-à-dire, précisément, dans sa capacité à servir de modèle de référence pour l'ensemble du monde arabe et au-delà, en tant que mode d'organisation politique viable et stable qui favorise l'implication de ces deux acteurs autrefois marginalisés: les jeunes et l'Islam.
Il est bon que nous soyons conscients du vif intérêt que provoque notre révolution auprés des grands acteurs de l'histoire de notre époque. Et cela non pas pour nous arc-bouter sur son destin et la protéger comme une jeune fille convoitée, mais plutôt pour bien apprécier la façon dont nous pouvons profiter de cet intérêt sans perdre l'initiative de l'action. Or l'initiative de l'action n'est pas limitée dans son horizon par nos frontières nationales. Nous devons assumer la dimension inaugurale et pionnière de notre révolution, nous devons nous soucier non seulement de sa gestion sur notre sol mais aussi de la tournure de ses retombées en dehors de notre territoire. Le gouvernement provisoire, en tant qu'instance officielle, peut bien se tenir à l'obligation de réserve et de non ingérence dans les affaires d'autrui. Mais le peuple tunisien, l'artisan de la première impulsion révolutionnaire dans le monde arabe, ne peut pas, lui, se désintéresser de la façon dont le mouvement enclenché par lui se développe ailleurs. Et il n'appartient pas aux grandes puissances de s'emparer seules de cet aspect de notre révolution.
La révolution libyenne est notre révolution
Nous nous sommes réjouis il y a quelques mois maintenant de la façon dont les Egyptiens ont marché sur nos pas et se sont donnés la liberté. Nous avons souffert ensuite lorsque nous avons vu que nos frères en Libye ne parvenaient pas à trouver une issue favorable à leur propre révolution. Face aux moyens mis en oeuvre par le régime du colonel Gueddefi pour briser l'insurrection, nous avons appelé de nos voeux une intervention internationale mais aussi partagé une grave inquiétude à l'idée que cette intervention finisse par déposséder le peuple libyen de l'initiative de son action. Le temps passant, la lassitude devant le spectacle de la souffrance et de la mort faisant son effet aussi, nous nous sommes comme désengagés de cette cause, qui demeure pourtant la nôtre, et nous nous sommes préoccupés, plus frileusement, de ce qui se passait uniquement à nos frontières... Il y a là une forme de désertion que nous ne devrions pas accepter. Cette révolution reste la nôtre, à la fois dans le projet qu'elle exprime et dont nous continuons à porter l'écho en nous-mêmes, et dans ses développements régionaux. Quelles que soient les visées que peuvent avoir les puissances internationales à son sujet, cela ne nous autorise pas à leur céder la priorité dans la façon d'accompagner le mouvement.
La révolution libyenne est notre révolution. Tous ceux qui se réclament de la révolution tunisienne comme forces politiques doivent, loin des calculs électoralistes, pouvoir clamer cette vérité et engager le peuple tunisien, non pas à s'approprier quelque chose qui ne lui appartiendrait pas, mais plutôt à ne pas se laisser dessaisir de quelque chose qui lui revient en propre. C'est à ces forces politiques que reviennent le devoir et la mission de nous aider à nous réapproprier, dans toute sa dimension globale, l'initiative révolutionnaire... A eux de concevoir des actions de solidarité et d'amitié, à eux de nous préparer à accueillir le dénouement de la façon qui convient, si nécessaire dans un esprit de collaboration avec les acteurs de la vie politique et de la société civile en Egypte. A eux de nous étonner par des propositions audacieuses sur ce terrain car, jusqu'à présent, c'est surtout la foire à la répétition des mêmes slogans sur le thème du juste milieu et de l'équilibre entre le social et l'économique... Sinon, c'est l'âme de la révolution qui nous quittera et nous ne serons que de simples gestionnaires d'une nouvelle donne économique et sociale.
Auteur : Raouf SEDDIK
Ajouté le : 25-05-2011
Ce qui est également incontestable, c'est que cette révolution tunisienne fait l'affaire de certains à l'échelle internationale. En soi, ce n'est pas forcément pour nous déplaire. On peut au contraire y reconnaître des facteurs de soutien solides et durables. De quoi s'agit-il ? Il s'agit de ceci que, jusqu'à il y a quelques années, l'Occident voyait dans les dictatures des pays arabes et musulmans un rempart contre les intégrismes et les menaces qu'il faisait peser sur ses intérêts. Il se rendait bien compte cependant que le «rendement» de ces dictatures en termes de protection allait s'affaiblissant, du fait en particulier que l'évolution des technologies de la communication conférait aux jeunes générations le profil d'une population foncièrement rebelle. D'autre part, cette évolution technologique rendait également de plus en plus grand le risque d'actions terroristes de grande ampleur par des groupes d'individus non identifiés, à peine organisés. L'idée étant que la rapidité de l'accès à l'information sensible, le haut niveau scientifique de certains jeunes et, à l'inverse, leur faible degré de matûrité citoyenne en raison de leur marginalisation politique, cela faisait que le danger pouvait surgir d'eux à tout instant. Et que, par conséquent, ces régimes politiques censés garantir une protection contre la violence terroriste, en devenaient au contraire des terreaux propices et des bouillons de culture sans rien y pouvoir. Il fallait changer de paradigme ! Pousser les dictatures vers la sortie, libérer la jeunesse et l'installer dans un système de prise de responsabilité sur le plan politique. Il fallait également faire en sorte que l'Islam, qui s'affirmait dans sa dimension politique comme un courant contestataire et anti-moderniste, à tendance intégriste et susceptible de recueillir ainsi en son sein, voire d'attiser la violence politique à travers ses revendications, soit lui aussi partie prenante dans l'exercice du pouvoir et que son idéologie se convertisse de la sorte en projets concrets et positifs au bénéfice de communautés nationales à la composition complexe. Opération de désamorçage!
La bénédiction à laquelle a droit notre révolution de la part des grandes puissances n'a donc rien de purement gratuit. Elle est justifiée dans le cadre d'un vaste plan stratégique qui vise à préserver la planète contre le risque d'une violence terroriste déstabilisante qui serait le produit conjugué d'une double marginalisation : celle d'une génération — la jeunesse — et celle d'une religion – l'Islam. Notre révolution recueille cette bénédiction parce qu'elle semble arriver à point nommé pour servir de façon tout à fait décisive cette stratégie qui, bien qu'elle ne soit pas fondamentalement contraire à nos intérêts, loin s'en faut, est malgré tout une stratégie qui a ses propres initiateurs et ses propres visées géo-économiques.
Ce n'est pas seulement dans ses premiers moments que la révolution tunisienne intéresse les grandes puissances, c'est aussi dans ses développements ultérieurs, c'est-à-dire, précisément, dans sa capacité à servir de modèle de référence pour l'ensemble du monde arabe et au-delà, en tant que mode d'organisation politique viable et stable qui favorise l'implication de ces deux acteurs autrefois marginalisés: les jeunes et l'Islam.
Il est bon que nous soyons conscients du vif intérêt que provoque notre révolution auprés des grands acteurs de l'histoire de notre époque. Et cela non pas pour nous arc-bouter sur son destin et la protéger comme une jeune fille convoitée, mais plutôt pour bien apprécier la façon dont nous pouvons profiter de cet intérêt sans perdre l'initiative de l'action. Or l'initiative de l'action n'est pas limitée dans son horizon par nos frontières nationales. Nous devons assumer la dimension inaugurale et pionnière de notre révolution, nous devons nous soucier non seulement de sa gestion sur notre sol mais aussi de la tournure de ses retombées en dehors de notre territoire. Le gouvernement provisoire, en tant qu'instance officielle, peut bien se tenir à l'obligation de réserve et de non ingérence dans les affaires d'autrui. Mais le peuple tunisien, l'artisan de la première impulsion révolutionnaire dans le monde arabe, ne peut pas, lui, se désintéresser de la façon dont le mouvement enclenché par lui se développe ailleurs. Et il n'appartient pas aux grandes puissances de s'emparer seules de cet aspect de notre révolution.
La révolution libyenne est notre révolution
Nous nous sommes réjouis il y a quelques mois maintenant de la façon dont les Egyptiens ont marché sur nos pas et se sont donnés la liberté. Nous avons souffert ensuite lorsque nous avons vu que nos frères en Libye ne parvenaient pas à trouver une issue favorable à leur propre révolution. Face aux moyens mis en oeuvre par le régime du colonel Gueddefi pour briser l'insurrection, nous avons appelé de nos voeux une intervention internationale mais aussi partagé une grave inquiétude à l'idée que cette intervention finisse par déposséder le peuple libyen de l'initiative de son action. Le temps passant, la lassitude devant le spectacle de la souffrance et de la mort faisant son effet aussi, nous nous sommes comme désengagés de cette cause, qui demeure pourtant la nôtre, et nous nous sommes préoccupés, plus frileusement, de ce qui se passait uniquement à nos frontières... Il y a là une forme de désertion que nous ne devrions pas accepter. Cette révolution reste la nôtre, à la fois dans le projet qu'elle exprime et dont nous continuons à porter l'écho en nous-mêmes, et dans ses développements régionaux. Quelles que soient les visées que peuvent avoir les puissances internationales à son sujet, cela ne nous autorise pas à leur céder la priorité dans la façon d'accompagner le mouvement.
La révolution libyenne est notre révolution. Tous ceux qui se réclament de la révolution tunisienne comme forces politiques doivent, loin des calculs électoralistes, pouvoir clamer cette vérité et engager le peuple tunisien, non pas à s'approprier quelque chose qui ne lui appartiendrait pas, mais plutôt à ne pas se laisser dessaisir de quelque chose qui lui revient en propre. C'est à ces forces politiques que reviennent le devoir et la mission de nous aider à nous réapproprier, dans toute sa dimension globale, l'initiative révolutionnaire... A eux de concevoir des actions de solidarité et d'amitié, à eux de nous préparer à accueillir le dénouement de la façon qui convient, si nécessaire dans un esprit de collaboration avec les acteurs de la vie politique et de la société civile en Egypte. A eux de nous étonner par des propositions audacieuses sur ce terrain car, jusqu'à présent, c'est surtout la foire à la répétition des mêmes slogans sur le thème du juste milieu et de l'équilibre entre le social et l'économique... Sinon, c'est l'âme de la révolution qui nous quittera et nous ne serons que de simples gestionnaires d'une nouvelle donne économique et sociale.
Auteur : Raouf SEDDIK
Ajouté le : 25-05-2011
mardi 24 mai 2011
Poésie — Dans la lumière de tes yeux / ... ou de la violence et de la douceur de l’amour
Abdelmajid Chorfi, avec un «o» pour le distinguer de l’autre, plus connu que lui, est un ancien confrère, artisan de la plume, depuis longtemps retraité. Mais c’est aussi un poète, un vrai… Sans prétention, cependant, et dans une sorte de nudité. Il vient de signer un recueil de poèmes intitulé Dans la lumière de tes yeux. Il nous y offre l’audace de mots simples pour dire l’amour… Oui, l’amour que nous éprouvons pour celle dont nous sommes épris… Au gré des joies et des saignements, des illuminations foudroyantes et des nuits profondes et fatales.
Lire Dans la lumière de tes yeux, égrener ses poèmes comme on feuillette un album de photos-souvenirs, c’est s’ouvrir à cet amer qui, chaque fois, nous fend le cœur dans son cri silencieux et nous rend… l’auteur si sympathique.
Comme le souligne Abdelaziz Kacem, qui a écrit la préface, la poésie de Abdelmajid Chorfi est «immédiate et sans opacité». Et il ajoute : «C’est au tournant d’un vers de facture anodine que surgit une fulgurance»... Mais le facteur sympathie aidant, cette fulgurance ne demeure pas dans la sphère cérébrale : elle traverse! Et c’est ce qui fait que cette lecture est réellement une façon de «faire chemin avec».
Pourquoi l’amour, avons-nous demandé à notre ami Abdelmajid : «Parce que c’est ce qu’il y a de plus violent en l’homme, et en même temps de plus doux». C’est bien vrai. Et le tragique n’est jamais loin : «Puis un soir, sans s’en apercevoir, il lui prit la main.// Elle la retira doucement,// En lui souriant comme pour s’excuser.// Il comprit.// Illuminé par ce sourire qui rayonnait dans la moindre nervure de son être./// Il s’enfonça, seul, dans le noir de la nuit». (Le vieil homme et l’amour, p 59).
Auteur : Raouf SEDDIK
Ajouté le : 24-05-2011
Lire Dans la lumière de tes yeux, égrener ses poèmes comme on feuillette un album de photos-souvenirs, c’est s’ouvrir à cet amer qui, chaque fois, nous fend le cœur dans son cri silencieux et nous rend… l’auteur si sympathique.
Comme le souligne Abdelaziz Kacem, qui a écrit la préface, la poésie de Abdelmajid Chorfi est «immédiate et sans opacité». Et il ajoute : «C’est au tournant d’un vers de facture anodine que surgit une fulgurance»... Mais le facteur sympathie aidant, cette fulgurance ne demeure pas dans la sphère cérébrale : elle traverse! Et c’est ce qui fait que cette lecture est réellement une façon de «faire chemin avec».
Pourquoi l’amour, avons-nous demandé à notre ami Abdelmajid : «Parce que c’est ce qu’il y a de plus violent en l’homme, et en même temps de plus doux». C’est bien vrai. Et le tragique n’est jamais loin : «Puis un soir, sans s’en apercevoir, il lui prit la main.// Elle la retira doucement,// En lui souriant comme pour s’excuser.// Il comprit.// Illuminé par ce sourire qui rayonnait dans la moindre nervure de son être./// Il s’enfonça, seul, dans le noir de la nuit». (Le vieil homme et l’amour, p 59).
Auteur : Raouf SEDDIK
Ajouté le : 24-05-2011
Ambassade de France-Cérémonie de remise de chèques / Un geste en faveur du travail des jeunes
Une cérémonie s’est tenue à l’ambassade de France hier après-midi, au cours de laquelle des entreprises locales ont reçu des " chèques " des mains de Mme Nadine Morano, ministre française, chargée de l’Apprentissage et de la Formation professionnelle, présente actuellement parmi nous. Il s’agit justement de chèques dits " emploi-formation ", qui sont destinés en fin de compte à aider des jeunes diplômés à décrocher un emploi stable grâce à des stages assurés par des centres spécialisés.
L’initiative, qui remonte à la période ayant suivi la révolution, est celle de l’Institut français de coopération et de la Chambre tuniso-française de commerce et d’industrie : ces derniers en assurent le financement à hauteur, respectivement, de 100.000 et de 30.000 euros. La cérémonie d’hier a consisté à distribuer la première tranche, correspondant à 32.800 euros, soit 64.500 DT, à quelque 7 entreprises, qui s’engagent à recruter 17 stagiaires en vue, à terme, d’un recrutement ferme.
Comme l’explique un représentant de la Chambre tuniso-française de commerce et d’industrie, le critère de choix des entreprises bénéficiaires est double : qu’elle soit installée dans une zone défavorisée et qu’elle soit disposée à recruter des jeunes diplômés en difficulté en raison de la nature de leur formation antérieure : d’où l’intérêt du stage.
La présence de Mme Morano confère à cette initiative une signification politique, qui est sans doute celle du soutien à la révolution tunisienne en ce qu’elle renvoie en particulier à ses toutes premières causes : l’emploi des jeunes dans les régions déshéritées de l’intérieur. Du reste, la ministre française n’a pas manqué de souligner de façon très explicite ce soutien de la France. Mais on pourra faire une autre lecture, complémentaire plutôt que concurrente, en mettant l’accent sur le message adressé, lui, à la population française, et qui consiste à indiquer de quelle façon la France entend lutter contre l’immigration illégale, en apportant des réponses à la source… D’une pierre deux coups ? Il semble bien ! Reste que l’opération demeure quelque peu modeste à ce stade.
Auteur : R.SEDDIK.
Ajouté le : 24-05-2011
L’initiative, qui remonte à la période ayant suivi la révolution, est celle de l’Institut français de coopération et de la Chambre tuniso-française de commerce et d’industrie : ces derniers en assurent le financement à hauteur, respectivement, de 100.000 et de 30.000 euros. La cérémonie d’hier a consisté à distribuer la première tranche, correspondant à 32.800 euros, soit 64.500 DT, à quelque 7 entreprises, qui s’engagent à recruter 17 stagiaires en vue, à terme, d’un recrutement ferme.
Comme l’explique un représentant de la Chambre tuniso-française de commerce et d’industrie, le critère de choix des entreprises bénéficiaires est double : qu’elle soit installée dans une zone défavorisée et qu’elle soit disposée à recruter des jeunes diplômés en difficulté en raison de la nature de leur formation antérieure : d’où l’intérêt du stage.
La présence de Mme Morano confère à cette initiative une signification politique, qui est sans doute celle du soutien à la révolution tunisienne en ce qu’elle renvoie en particulier à ses toutes premières causes : l’emploi des jeunes dans les régions déshéritées de l’intérieur. Du reste, la ministre française n’a pas manqué de souligner de façon très explicite ce soutien de la France. Mais on pourra faire une autre lecture, complémentaire plutôt que concurrente, en mettant l’accent sur le message adressé, lui, à la population française, et qui consiste à indiquer de quelle façon la France entend lutter contre l’immigration illégale, en apportant des réponses à la source… D’une pierre deux coups ? Il semble bien ! Reste que l’opération demeure quelque peu modeste à ce stade.
Auteur : R.SEDDIK.
Ajouté le : 24-05-2011
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