Le parti El Watan a donné hier sa première conférence de presse dans un hôtel des Berges du Lac, au cours de laquelle il a dessiné à grands traits le programme qu’il a élaboré et dont il a été dit qu’il reflète les préoccupations des citoyens : «Nous avons proposé un projet de programme, afin de laisser aux jeunes qui forment nos rangs la possibilité de contribuer à sa finalisation».
Ce parti, qui se veut «nouveau», a la particularité d’avoir à sa tête deux figures qui ont assumé des responsabilités à l’époque de Ben Ali. Il s’agit, comme chacun sait – ou ne sait pas – de Ahmed Friâa et de Mohamed Jegham. Ensemble, ils assument le secrétariat général du parti et c’est également ensemble qu’ils ont tenu cette conférence de presse.
M. Friâa, qui a pris la parole en premier, a commencé par rappeler que les responsabilités menées à l’époque du régime précédent étaient «techniques et liées au développement». Ce qui, mise à part la courte mission qu’il a eue à la tête du ministère de l’Intérieur à la veille de la chute du régime, est assez vrai en ce qui le concerne. Cela l’est moins pour Mohamed Jegham qui, lui, a assumé des fonctions ministérielles plus sensibles sur le plan politique : ce dernier rappellera toutefois, dans la suite, qu’il avait été écarté de la sphère du pouvoir assez tôt en raison de ses «convictions» au sujet de la manière de moderniser le pays. Pour Ahmed Friâa, en tout cas, «nous avons été au service du pays et avons contribué, modestement, à contenir les dérapages». D’autre part, il considère que la Tunisie est entrée dans une nouvelle phase grâce à la révolution, «dont nous sommes fiers», et que cela permet à une nouvelle élite politique d’émerger. Ce qui signifie que le parti El Watan est essentiellement dédié à cette mission, qui consiste, loin des ambitions personnelles, à amener des jeunes sur le terrain du jeu politique : «Nous voulons faire passer notre expérience à la jeunesse afin qu’elle poursuive…» Et ce, explique-t-il, d’autant plus que la formation dans le domaine politique a été détruite au cours des dernières années. S’agissant des orientations du parti, «il se situe au centre, appelle à la modération, croit en la démocratie véritable et en la différence constructive, sans rejet…» La nécessité du développement est également inscrite dans le projet du parti, affirme M. Friâa, ainsi que la juste répartition des richesses…
L’ancien ministre qui, rappelons-le, est à l’origine un universitaire et un chercheur remarqué sur le plan international, précise également : «Nous avons des concurrents, pas des ennemis !». Une observation qui n’est pas innocente, puisqu’elle conduit à évoquer le fait que des réunions qui devaient avoir lieu dans les régions ont été empêchées par «un petit nombre de personnes», dont il semble qu’elles aient reçu de l’argent pour faire cela.
M. Mohamed Jegham a pris ensuite la parole. Il a fait remarquer que l’expérience de l’éloignement est une expérience «plus riche que celle des responsabilités», que le nom donné au parti – El Watan – renvoyait aux combats de Bourguiba et de Hannibal, et que la révolution y trouvait sa place. En reprenant à son tour la question des entraves que rencontre son parti pour aller à la rencontre des citoyens dans les régions, il a plaidé pour une réconciliation nationale et pour l’unité au service du pays. En outre, a-t-il affirmé, El Watan est un parti nouveau et populaire, non élitiste. Attaché au régime républicain autant qu’à l’Islam modéré, il ambitionne aussi de répondre aux demandes qui se sont exprimées à l’occasion de la révolution. Mais il considère que des acquis ont été réalisés depuis l’indépendance, en précisant qu’ils ne sont pas à mettre au crédit « d’une personne ou deux » mais plutôt de tous les citoyens qui ont travaillé… Si le parti est au centre, dit-il, il existe un clair engagement pour favoriser le climat des affaires, la concurrence loyale et la complémentarité entre les secteurs public et privé… Le soutien des salaires, par exemple, ne doit pas aller au détriment de la bonne santé de l’entreprise.
M. Jegham a indiqué qu’une centaine de points ont été discutés au cours de l’élaboration du programme, dont il a présenté les plus importants : la liberté d’expression – difficile à réaliser après une longue période de censure -, le développement régional, l’accroissement des exportations comme moyen d’augmenter à la fois la production et les postes d’emploi… Au sujet de l’agriculture, il évoque l’hypothèse d’un vaste programme de plantations et, dans celui du tourisme, l’idée de donner de la destination Tunisie une image moins floue : «Le visiteur attend une surprise… Une bonne surprise. Et de partager la joie des gens. Ce qui, poursuit-il, suppose que les gens soient joyeux : or nous ne le sommes pas».
D’autres points ont été abordés lors de la séance des questions-réponses : la poursuite de la mise en place d’une infrastructure routière (en forme d’échelle) pour enrayer l’isolement de certaines régions de l’intérieur, l’engagement de l’Etat dans certains secteurs pour rapprocher l’industrie des zones de production ou pour favoriser le développement de secteurs à haut niveau de performance, comme dans le domaine des énergies renouvelables ou dans celui des services hospitaliers.
S’agissant des alliances possibles, on explique qu’il n’y a pas d’objection, mais que ce n’est pas non plus à l’ordre du jour : «Nous avons confiance dans nos propres capacités». Concernant les financements du parti, les comptes sont «transparents» et «nous veillons à ce qu’il soient soumis au contrôle d’un commissaire aux comptes».
Au sujet d’un certain embargo dont le parti fait l’objet de la part des médias, et en particulier de la part de certaines chaînes de télévision qui n’ont pas été nommées, M‑; Ahmed Friâa fait la remarque suivante : «On comprend que les gens disent qu’ils ne veulent pas avoir afaire avec tout ce qui rappelle le passé, mais il ne faut pas que cette attitude dure indéfiniment… Et, ajoute-t-il, l’exclusion ne sert pas la révolution».
Enfin, au sujet de la date de l’élection, on affirme qu’il existe un attachement à la date du 24 juillet mais que, dans la mesure où, pour des raisons de sécurité et d’organisation, le délai est trop court, il est possible de reporter, en profitant de ce temps supplémentaire pour envisager d’autres choses : l’élection d’un président de la République en même temps que de l’Assemblée constituante, l’adoption d’une charte républicaine que l’Assemblée constituante ne pourrait pas remettre en cause, l’engagement dans un effort de réconciliation nationale «dans le respect de la loi»…
Auteur : Raouf SEDDIK
Ajouté le : 27-05-2011
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