samedi 12 mars 2011

Entretien avec Mokhtar Trifi, président de la LTDH
Nous allons être un contre-pouvoir fort

Le Conseil national de la Ligue s'est réuni récemment, ce qui ne s'était pas produit depuis longtemps. Peut-on faire le point sur la situation et sur votre agenda pour la période à venir‑?

La situation est totalement différente de ce qu'elle était avant le 14 janvier. La révolution a libéré les hommes et les institutions. Dès cette date, nous avons ouvert nos locaux. Dans les régions, dix locaux avaient été fermés tandis que quatre étaient restés ouverts, mais la police stationnait devant et empêchait quiconque d'y entrer. Le local central, à El Omrane, était lui aussi inaccessible : seuls les membres du comité directeur et les étrangers –‑diplomates ou journalistes‑– pouvaient y accéder.
Le 14 au soir, les locaux ont donc rouvert et, depuis, nous essayons de nous remettre.
Le dernier congrès a eu lieu en octobre 2000, c'était le 5e. Nous avons essayé de tenir le 6e congrès mais en avons été empêchés par la force. Actuellement, nous sommes devant d'autres difficultés : nous recevons parfois plus d'une centaine de personnes par jour au siège central d'El Omrane alors que nous ne sommes pas outillés. Les gens viennent déposer leurs doléances, qui sont très diverses : ils réclament des droits, la libération d'un proche, s'enquièrent sur l'amnistie générale, demandent des papiers pour quelqu'un qui est au Congo ou ailleurs... Il y a une difficulté à classer les doléances. Certaines sont «‑exotiques‑» ! Mais nous ne sommes pas outillés, ni en personnel ni en matériel... Nous sommes en train de nous remettre. Nous recrutons des bénévoles. Nous essayons de répondre aux urgences. Il y a des gens qui vous disent: «‑J'ai trop attendu, ma situation est intolérable... Faites ce que vous voulez mais trouvez-moi une solution‑». C'est le premier impératif.
Un autre impératif est de restructurer la Ligue. Nous avons des sections qui ont été privées de leurs locaux. Nous demandons d'ailleurs aux autorités régionales et locales de nous procurer des locaux. Nous allons rétablir des structures, de manière à recevoir les gens dans les régions. Nous avons reçu récemment, au siège central, 60 personnes qui venaient de Kasserine : on doit avoir des sections fonctionnelles dans les régions !
Autre impératif encore: tenir le congrès de la Ligue. Maintenant, plus rien ne nous empêche de le tenir. Le point a été évoqué lors de la réunion du conseil national dimanche et lundi derniers. Le congrès se tiendra avant l'élection de l'Assemblée constituante. Peut-être le 7 mai, à l'occasion du 34e anniversaire.
Concernant les adhésions, qui est un sujet à propos duquel on nous pose souvent des questions, et qui a toujours été un problème fondamental... le «‑Parti‑» – le non-regretté parti – nous inondait de demandes d'adhésion. Il y a eu un amendement de la loi pour qu'il puisse inonder la Ligue d'adhésions. Cette menace a disparu maintenant. Mais le prochain congrès va définir les critères du militant.

C'est ce dont vous avez parlé lors de la réunion du Conseil national ?
Oui, le Conseil national a formulé cette recommandation selon laquelle les responsables au sein des partis politiques ne peuvent pas être des dirigeants au sein de la Ligue. D'autre part, nous sommes dans un contexte où il n'est plus nécessaire pour ceux qui se sentaient persécutés de venir se réfugier au sein de la Ligue. Le profil du militant va être défini lors du prochain congrès. Les adhésions ne s'ouvriront qu'après sa tenue.
La Ligue a aujourd'hui d'autres échéances importantes. Nous participons aux travaux de la Commission nationale d'établissement des faits sur les abus durant la dernière période, ainsi qu'à ceux de la haute Commission chargée de la réforme politique, dont les membres nous ont fait la fleur de nous rendre visite dans nos locaux. Nous allons participer à l'élaboration de la loi électorale. Les propositions seront transmises à nos structures... Et puis il y a l'échéance du 24 juillet. C'est très important pour nous. En 1994, la Ligue avait instauré un observatoire des élections. Nous l'avons fait avec d'autres ONG... En 2004 et 2009, nous avons fait un travail d'observation au niveau de l'information. D'où il ressortait par exemple que Leïla Trabelsi, avec 14 % de l'espace médiatique, recueillait à elle seule plus que tous les représentants de l'opposition réunis, alors même qu'elle ne participait pas aux élections... Désormais nous allons pouvoir faire de l'observation. Nous allons d'abord assurer une formation dans ce sens, auprès des militants et des bénévoles.
Autre volet : nous croulons sous les dossiers actuellement. C'est pourquoi nous formons des groupes d'action judiciaire pour traiter ces dossiers et accompagner les gens devant la justice. En 2003, nous avions reçu de l'Union européenne une somme de 700.000 euros, qui avait été bloquée par les autorités. Elle devait servir à la formation, à l'accompagnement, à des études et à tout un programme allant dans le sens d'une justice sereine... Le secteur de la justice est dans un état de délabrement avancé. La justice a été instrumentalisée par la dictature et ne s'est pas encore débarrassée de ses tares. Il est nécessaire de la mettre à niveau. Nous avons des juges de grande qualité. Mais d'autres ne le sont pas. Et certains sont connus pour avoir servi avec zèle l'ancien régime et ils continuent aujourd'hui de servir la «‑justice‑»... Mais nos magistrats, même si on leur dit qu'ils sont désormais indépendants, ne peuvent pas faire face à la situation: ils croulent sous les dossiers. Comment voulez-vous qu'ils rendent une justice digne de ce nom ? Ce n'est pas possible ! Et que dire maintenant, avec tous les nouveaux dossiers qui vont atterrir suite à la révolution. C'est un gros chantier. Nous allons participer à l'effort... Nous allons en particulier organiser un séminaire pour lancer l'idée de justice transitionnelle, qui rejoint la justice de réconciliation... Réconciliation après que les gens eurent récupéré leurs droits. L'exemple du Maroc est édifiant... Nous allons sonder la justice internationale, pour voir comment cette dernière peut aider la justice tunisienne.

Il s'agirait d'une aide technique ?

Oui, une aide technique, dans la définition des termes. Ou pour voir dans quelle mesure elle ne peut pas aider à récupérer des éléments de preuve… Mais pour voir aussi si certains crimes ne peuvent pas relever de son ressort.
Autre sujet de préoccupation : la presse ! Nous avons salué la création d'une instance pour l'information et la communication, présidée par M. Kamel Laâbidi. Mais il y a des signes inquiétants : tout le monde change en même temps. Les zélateurs de l'ancien régime deviennent du jour au lendemain des révolutionnaires. On ne peut pas traiter de la même manière les uns et les autres. Il y en a qui insultaient les gens de la manière la plus vile. Or les journalistes qui refusaient de faire ce travail existent : pourquoi n'ont-ils pas refusé aussi ? Ils ont choisi de faire leur beurre avec ces pratiques... Ils ne peuvent pas avoir le beurre et l'argent du beurre !
Pour la presse, il faut un apaisement. Qu'il y ait des règles claires. Qu'on donne au journaliste la possibilité de définir la ligne éditoriale. Et puis, il faut éviter le lynchage. Tout le monde a droit à la dignité et chacun est innocent jusqu’à preuve du contraire. La presse doit respecter la déontologie.

Comment avez-vous appris la nouvelle de la dissolution de la police politique ?

Nous avons appris la nouvelle lors du Conseil national. Le Conseil national avait prévu d’organiser un rassemblement vendredi à ce sujet!
On vous aurait pris de vitesse, pour ainsi dire‑?
Oui, en quelque sorte… Nous avons salué cette nouvelle mais nous avons indiqué aussi que ce n’est pas un seul organe qui représente la police politique : il y en a d’autres. Nous demandons que soit éliminée la police politique quelles que soient ses ramifications. Et avons demandé qu’elle ne revienne pas sous une autre appellation.

Et pour ce qui est du RCD ?

Sa dissolution a respecté la légalité. Le ministre de l’Intérieur a suspendu les activités du RCD et il a transféré le dossier à la justice, comme cela est stipulé par la loi… comme cela a été imposé par le RCD lui-même du temps où il cherchait à gérer la vie des partis !
Mais la justice a jugé sereinement. Les parties ont présenté leurs éléments et la justice a tranché… Ce parti se mettait hors la loi. Il ne présentait pas de comptes à la Cour des comptes, comme cela est exigé par la législation. Il s’accaparait des biens publics et privés. Plusieurs de ses responsables ont commis des crimes. Plusieurs de ses dirigeants auraient participé aux actions de sabotage qui ont suivi la 14 janvier.
Aujourd’hui, il est dissous. Mais cela n’empêche pas que chacun puisse s’organiser en parti, y compris les gens qui ont été au sein de ce parti, dès lors qu’ils n’ont pas commis de crimes et qu’ils n’ont pas été mêlés à des activités contraires à la loi.

Quels sont les risques d’atteinte aux droits de l’Homme dans l’avenir ?

Ces risques existent. Dès qu’un pouvoir se trouve sans contre pouvoir ! Et nous allons être un contre-pouvoir fort. La société est en train de produire d’autres contre-pouvoirs. Nous avons une société dynamique qui va continuer d’être vigilante. Premièrements pour parachever la tâche de la révolution en éliminant les structures de la dictature et, deuxièmement, pour persévérer dans la demande de lois qui garantissent les droits effectifs des citoyens. Nous espérons que les prochaines échéances législatives permettront des votes dans ce sens. Déjà, le gouvernement de transition a adopté des décrets-lois : par exemple, les réserves à l’égard de la Convention relative aux discriminations contre les femmes (Cedaw) ont été levées. S’agissant de la peine de mort, le gouvernement provisoire a annoncé qu’il allait adopter les protocoles facultatifs attachés au Pacte international relatif aux droits civils et politiques. L’un de ces protocoles concerne l’abolition de la peine de mort. Nous demandons que le gouvernement respecte sa parole sur ce point.

Auteur : Propos recueillis par Raouf SEDDIK
Ajouté le : 12-03-2011

jeudi 10 mars 2011

Editorial Un décès politique

Sur le plan strictement juridique, le jugement en référé prononcé par le Tribunal de première instance de Tunis qui a déclaré la dissolution du Rassemblement constitutionnel démocratique n’est pas un jugement définitif. C’est un jugement dont l’effet est immédiat mais qui peut être annulé par un jugement en appel. Le point mérite d’être souligné pour la clarté des choses et pour parer à tout malentendu.
Pour autant, ce qui s’est passé hier peut être considéré comme un acte de décès de l’ancien parti au pouvoir. Pourquoi ? Parce que les raisons politiques qui motiveraient une action en appel seraient des actions dont le moins qu’on puisse dire est qu’elles seraient vaines. Vouloir la survie de cette structure qui incarne l’ancien régime, c’est chercher à perpétuer ce contre quoi le peuple tunisien s’est dressé dans un même mouvement de rejet et, par conséquent, c’est s’exposer à subir ce mouvement de nouveau. Sur le plan politique, une telle démarche serait suicidaire. Même si l’on admet qu’il existe au sein de l’ancien parti au pouvoir des personnes échappant aux reproches qui sont faits à l’ancien régime, même s’il y a parmi eux des gens qui peuvent être utiles au pays et à la scène politique, il est de leur intérêt de se débarrasser de leur ancienne étiquette et d’envisager leur avenir au sein d’une structure entièrement nouvelle.
C’est un fait par ailleurs que le pays a besoin qu’une page se tourne et que l’on entre pleinement dans l’après RCD‑: qu’on y entre sans le RCD, sous quelque forme qu’il puisse se donner. Nous n’avons pas besoin d’un parti qui continuerait à nourrir les hantises et les suspicions et qui, de cette façon, polluerait le jeu démocratique. Nous avons au contraire besoin d’une scène entièrement nouvelle où seuls comptent les idées et les programmes, la capacité des uns et des autres à se mobiliser pour ce à quoi ils croient. Nous avons besoin d’une scène politique débarrassée de ces jeux d’influence, de faveurs et de conspirations, pratiqués dans les coulisses pour servir, non pas le pays et les aspirations de son peuple, mais sa propre hégémonie. Et chacun sait que le RCD est profondément marqué par ces pratiques-là et que ses programmes ne lui ont servi que d’un savant habillage, rien de plus.
Par conséquent, celui qui voudrait donner une seconde vie à ce parti ne serait pas seulement quelqu’un qui se condamnerait lui-même sur le plan politique, ce serait surtout quelqu’un qui prendrait la responsabilité de priver le pays de cette sérénité dont nous avons besoin pour construire l’avenir. Passer outre de telles considérations, sous quelque prétexte que ce soit, c’est donc afficher sa volonté de nuire et s’exposer à être traité en conséquence. La confiance que nous avons dans le bon sens de notre concitoyen nous suggère que personne ne se laissera aller à envisager un tel choix.
Ajouté le : 10-03-2011

mercredi 9 mars 2011

Confédération internationale syndicale — Ugtt
Des femmes syndicalistes arabes s’unissent pour agir ensemble

• M. Sharran Burrow, secrétaire générale de la Confédération internationale syndicale : «C’est un moment critique pour les femmes arabes»
Dans la foulée de la révolution tunisienne, et profitant du vent de liberté qui souffle sur l’ensemble du monde arabe, une réunion a eu lieu hier à Gammarth, dans la banlieue nord de Tunis, qui se propose de créer un réseau de femmes syndicalistes arabes. La date du 8 mars n’est bien sûr pas un hasard, puisqu’on fêtait hier la Journée internationale de la femme.
Il faut cependant savoir que cette rencontre a été prévue bien avant les événements que nous avons connus en décembre et janvier dernier. La décision a été prise l’année dernière à Vancouver, lors du deuxième congrès mondial de la Confédération syndicale internationale (CSI). Avec ce qui s’est passé chez nous, et craignant un contexte difficile, les organisateurs au sein de la CSI avaient pourtant décidé de déplacer le lieu de la réunion vers Bahreïn. Mais comme l’agitation révolutionnaire a atteint ce dernier pays et que, par ailleurs, le calme est revenu chez nous, on a retrouvé le projet initial de créer ce réseau de femmes syndicalistes à Tunis.
Heureuse initiative : toutes ces femmes, du Maroc, de Mauritanie, du Liban et d’ailleurs semblaient être contentes d’être là. La rencontre a eu lieu en présence de M. Abdesselem Jrad, secrétaire général de l’Union générale des travailleurs tunisiens, ainsi que de Mme Sharan Burrow, secrétaire générale de la CSI.
M. Jrad, qui a pris le premier la parole, a rappelé le soutien reçu par l’organisation qu’il dirige de la part de la CSI tout au long des moments qui ont marqué le soulèvement du peuple contre la dictature, en soulignant aussi l’initiative prise par cette organisation à l’occasion d’un conseil central, au début du mois de février, au cours duquel elle a appelé ses membres à faire pression sur leurs gouvernements respectifs afin que ces derniers prennent des mesures en faveur de la Tunisie, soit pour livrer des personnalités compromises dans la corruption de l’ancien régime et pour restituer leurs avoirs, soit pour faire bénéficier notre pays d’un traitement favorable sur le plan du crédit et de l’investissement.
Le secrétaire général de l’Ugtt a reconnu, par ailleurs, que les femmes n’étaient pas suffisamment représentées au sein des structures de décision de l’organisation ouvrière, faisant remarquer que la mise en place d’un réseau de femmes syndicalistes au niveau du monde arabe devrait avoir pour effet de renforcer cette présence.
M. Abdesselem Jrad a ponctué son intervention en appelant les présents à observer une minute de silence en mémoire des martyrs de la révolution. Après quoi Mme Sharran Burrow a enchaîné en rappelant d’abord l’importance du chantier qui attend les femmes sur le plan du combat pour les droits en général, et pour les droits du travail en particulier. Elle a salué aussi la révolution tunisienne dans des termes appuyés, parlant de moment historique, d’exemple qui inspire le monde et déclarant que la CSI s’est aussi rendue présente à Tunis pour exprimer son soutien durant la période à venir.
Mais la venue de la secrétaire générale de la CSI dans un pays arabe s’explique sans doute aussi par le fait que notre région se distingue par une situation relativement alarmante du point de vue de la situation du droit des femmes face au travail. «C’est un moment critique pour les femmes», a-t-elle dit en faisant référence au contexte du monde arabe et à la possibilité donnée aux femmes de faire valoir aujourd’hui leurs droits, non seulement pour elles mais aussi pour les jeunes, leurs enfants, livrés très souvent, comme elles, à la précarité et au manque d’équité.
A l’échelle du monde arabe, le taux de participation des femmes au marché du travail représente 25% : c’est le taux le plus faible au monde. Les inégalités liées au genre sont de leur côté les plus élevées. Une grande portion des femmes qui travaillent se retrouvent dans des emplois sans sécurité, dans le secteur informel… Une mention spéciale est faite aux travailleuses domestiques dans les pays du Golfe, livrées à des conditions parfois scandaleuses…

Auteur : Raouf SEDDIK
Ajouté le : 09-03-2011

mardi 8 mars 2011

Enseignements de la Constituante de 1959

Au club «Sans parti pour une patrie»

Enseignements de la Constituante de 1959

C’est un homme marqué par le poids des ans qui a fait l’autre jour son entrée dans le théâtre d’El Hamra. Ahmed Ben Salah, l’ancien secrétaire général de l’Ugtt à la fin de l’époque coloniale, celui qui a succédé à Farhat Hached à la tête du mouvement ouvrier, puis qui a participé au gouvernement sous la présidence de Bourguiba tour à tour comme ministre de la Santé publique, des Affaires sociales puis, concomitamment, du Plan, des Finances et de l’Economie nationale jusqu’en 1969, était invité à un débat organisé par le club «Sans parti pour une patrie» sur le thème suivant : l'Assemblée constituante entre hier et demain. En effet, c’est lui qui, à cette époque, assurait le travail de coordination entre les différentes commissions chargées de la rédaction du texte de la Constitution et lui aussi qui occupera le poste de vice-président de l'Assemblée nationale constituante.
Une présence dont on attendait donc un témoignage privilégié. Des éclaircissement aussi, comme sur la question de l'exclusion de la femme et des représentants des minorités du rang des candidats, ainsi que le souligne Noura Borsali, l'animatrice du débat. Ou sur celle du passage du projet de texte de Constitution tel qu'il existait en 1958 et ce que présente le texte final en 1959 : la juriste Souad Moussa, également invitée, évoquera ce point pour relever ce qui a été perdu en route en termes de libertés et de garanties en faveur d'une justice indépendante... La dérive présidentialiste, dont on a connu le visage le plus détestable à travers la dictature de Ben Ali, était déjà présente en germe au moment où le texte de la Constitution de 1959 était soumis à la rédaction finale.
Le débat a permis aussi de revenir sur des questions d'actualité, relatives aux modes de scrutin qui vont devoir être définis rapidement afin d'élire les membres de l'Assemblée le 24 juillet prochain : scrutin de liste ou uninominal, à un ou deux tours...
La présence d’Ahmed Ben Salah a permis d'apporter un éclairage historique sur les événements, qui est sans doute très utile dans le cadre du développement d'une culture politique nouvelle. Un éclairage personnel aussi. On aura appris en particulier que, au plus fort de la querelle entre Bourguiba et Salah Ben Youssef autour de la question de savoir s'il fallait ou non accepter les accords d'autonomie interne, Ahmed Ben Salah déclarera au partisan du refus, à savoir Ben Youssef : «Si une seule ligne de quelque texte que ce soit mentionne qu'il y aura élection d'un Parlement ou d'une Assemblée constituante, je suis prêt à l'approuver...»
Prochains rendez-vous du club, le 12 mars, autour du système électoral et, le 19, sur les régimes politiques.
Auteur : Raouf SEDDIK
Ajouté le : 08-03-2011

lundi 7 mars 2011

Editorial Pour que le printemps arrive à nos campagnes

Editorial

Pour que le printemps arrive à nos campagnes

Avec le calme qui revient sur la scène politique, la mobilisation est au rendez-vous pour se remettre au travail. Ce qui suppose, pour un pays comme le nôtre, des perspectives à nouveau favorables sur le plan aussi bien de la consommation que des exportations, de manière à relancer la machine de la production. Mais un des signes à partir desquels on pourrait sans doute reconnaître les prémices d’un retour à la croissance, c’est le tourisme, c’est la présence de nouveau des touristes dans nos hôtels, dans nos musées et dans nos souks qui, une fois rentrés chez eux, seraient des témoins directs, non seulement de la sécurité qui règne ici, mais aussi de cette euphorie qui s’exprime chez nos concitoyens, dans ce pays qui est la matrice de la révolution dans le monde arabe.
Le tourisme a une triple importance: son dynamisme rassure les acteurs économiques, il offre du travail à beaucoup de nos concitoyens et, enfin, il constitue un débouché précieux pour beaucoup de nos producteurs de fruits, légumes, viande, produits laitiers… Ce dernier point mérite d’être souligné parce que le développement du marché des produits agricoles est sans doute une des actions les plus prioritaires à entreprendre pour venir en aide à toute une population rurale qui a souffert et qui souffre encore d’une politique de développement qui l’a marginalisée.
Nous avons la chance d’avoir bénéficié ces dernières semaines d’une saison assez favorable sur le plan pluviométrique. Il faudrait que, dès lors que les récoltes sont bonnes dans les vergers et les champs, il n’y ait pas de problèmes de contraction de la demande.
Le retour à un niveau élevé de la croissance est, comme chacun sait, une condition nécessaire pour absorber le flux des jeunes qui arrivent sur le marché du travail et pour réduire la portion de ceux qui s’y trouvent déjà mais qui demeurent sans emploi. Mais la dynamisation du secteur agricole est certainement une action privilégiée dans l’agenda politique.
Or si le tourisme est susceptible de constituer une locomotive de notre agriculture, il est d’autant plus important de veiller à ce que lui-même reprenne son rythme normal et que nous soyons tous là pour assurer les conditions de sa reprise en termes de sécurité et de bon accueil.
Ajouté le : 07-03-2011