Sur le plan strictement juridique, le jugement en référé prononcé par le Tribunal de première instance de Tunis qui a déclaré la dissolution du Rassemblement constitutionnel démocratique n’est pas un jugement définitif. C’est un jugement dont l’effet est immédiat mais qui peut être annulé par un jugement en appel. Le point mérite d’être souligné pour la clarté des choses et pour parer à tout malentendu.
Pour autant, ce qui s’est passé hier peut être considéré comme un acte de décès de l’ancien parti au pouvoir. Pourquoi ? Parce que les raisons politiques qui motiveraient une action en appel seraient des actions dont le moins qu’on puisse dire est qu’elles seraient vaines. Vouloir la survie de cette structure qui incarne l’ancien régime, c’est chercher à perpétuer ce contre quoi le peuple tunisien s’est dressé dans un même mouvement de rejet et, par conséquent, c’est s’exposer à subir ce mouvement de nouveau. Sur le plan politique, une telle démarche serait suicidaire. Même si l’on admet qu’il existe au sein de l’ancien parti au pouvoir des personnes échappant aux reproches qui sont faits à l’ancien régime, même s’il y a parmi eux des gens qui peuvent être utiles au pays et à la scène politique, il est de leur intérêt de se débarrasser de leur ancienne étiquette et d’envisager leur avenir au sein d’une structure entièrement nouvelle.
C’est un fait par ailleurs que le pays a besoin qu’une page se tourne et que l’on entre pleinement dans l’après RCD‑: qu’on y entre sans le RCD, sous quelque forme qu’il puisse se donner. Nous n’avons pas besoin d’un parti qui continuerait à nourrir les hantises et les suspicions et qui, de cette façon, polluerait le jeu démocratique. Nous avons au contraire besoin d’une scène entièrement nouvelle où seuls comptent les idées et les programmes, la capacité des uns et des autres à se mobiliser pour ce à quoi ils croient. Nous avons besoin d’une scène politique débarrassée de ces jeux d’influence, de faveurs et de conspirations, pratiqués dans les coulisses pour servir, non pas le pays et les aspirations de son peuple, mais sa propre hégémonie. Et chacun sait que le RCD est profondément marqué par ces pratiques-là et que ses programmes ne lui ont servi que d’un savant habillage, rien de plus.
Par conséquent, celui qui voudrait donner une seconde vie à ce parti ne serait pas seulement quelqu’un qui se condamnerait lui-même sur le plan politique, ce serait surtout quelqu’un qui prendrait la responsabilité de priver le pays de cette sérénité dont nous avons besoin pour construire l’avenir. Passer outre de telles considérations, sous quelque prétexte que ce soit, c’est donc afficher sa volonté de nuire et s’exposer à être traité en conséquence. La confiance que nous avons dans le bon sens de notre concitoyen nous suggère que personne ne se laissera aller à envisager un tel choix.
Ajouté le : 10-03-2011
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