vendredi 25 novembre 2011


Figures et concepts

Augustin, ou le Dieu intérieur

 Il est né au-delà de la frontière qui nous sépare de l’Algérie. Mais à l’époque où il vit cette frontière n’existe pas : il s’agit d’un même territoire, la province romaine d’Afrique, qui s’étale loin vers l’ouest et dont la capitale est Carthage. C’est, d’ailleurs, dans cette ville de Carthage qu’il viendra achever ses études : il y découvrira, raconte-t-il dans ses Confessions, le vice propre à toutes les grandes villes. Mais enfin, c’est quand même à Carthage qu’il se forge ses premières armes intellectuelles, celles qui lui permettront par la suite d’aller mener une brillante carrière d’orateur à Rome et à Milan. C’est aussi à Carthage que, bien plus tard, après sa conversion à la religion chrétienne, son renoncement aux honneurs de la vie politique et son retour dans sa patrie numide, il viendra mener des combats théologiques décisifs contre certains hérétiques, comme les Donatistes qui menaçaient la région d’une scission à la fois politique et religieuse. Bref, saint Augustin, ce Père de l’Eglise comme disent les chrétiens catholiques qui continuent de lui vouer une grande vénération, s’il n’est pas tout à fait un enfant du pays, n’est pourtant pas non plus un étranger dans nos contrées. Disant cela, nous voulons rappeler bien sûr qu’il existe un passé chrétien de la Tunisie et, d’autre part, que ce passé n’est pas marginal dans l’histoire du christianisme, ne serait-ce qu’en raison de cette présence de saint Augustin... Mais aujourd’hui un tel rappel doit être entendu d’une façon différente de ce qu’il a pu être auparavant : non pas comme une manière de circonscrire l’Islam dans les limites historiques d’un passé relativement récent et lui faire souvenir, ce qui peut être certes utile parfois, de ce qu’il y a eu sur cette terre une vie religieuse digne de ce nom avant son arrivée, mais plutôt comme une façon de planter le décor d’une coexistence religieuse pacifique à travers les différentes époques de l’histoire du pays.

Plus intime à moi-même…

Saint Augustin donne une formulation philosophique de la foi chrétienne qui résiste au temps : il n’est que de considérer le nombre de travaux qui continuent d’être menés aux quatre coins du monde à son sujet pour s’en convaincre. Un de ses ouvrages les plus lus est Les Confessions : un texte autobiographique dans lequel on trouve cependant les intuitions les plus fortes sur le temps, sur la nature du mal et sur d’autres choses, parmi lesquelles cette idée que, selon sa formulation, Dieu est «plus intime à moi-même que moi-même». Un autre ouvrage important, parmi les nombreux que compte son œuvre prolifique, est La Cité de Dieu. On est ici en présence d’un texte tardif, qui correspond à la fois à la vieillesse d’Augustin et à la période de l’Empire romain où ce dernier est en train de céder sous les attaques répétées des invasions germaines. La rédaction de ce livre se situe en tout cas après le sac de Rome en 410 mais avant la chute de Carthage, conquise par les Vandales en 439, puisque lui-même meurt en 430...

Cité terrestre, cité de Dieu

Dès les premières incursions des tribus germaines et la découverte que la résistance de l’Empire n’est plus ce qu’elle était, une polémique s’était mise en place autour de l’idée selon laquelle le remplacement de l’ancienne religion païenne par le christianisme a été un facteur d’affaiblissement de l’Empire. C’est un fait indéniable que la culture de la Rome des origines vouait un culte particulier au dieu de la guerre, le dieu Mars : ce qui explique en grande partie la propension des Romains à enchaîner les combats et les batailles et, dans le même temps, à développer l’art de la guerre d’une façon telle que cela leur donnera l’avantage sur tous leurs voisins. Le christianisme est loin de tout cela : «Ceux qui prennent l’épée périront par l’épée», fait dire à Jésus l’Evangile de Matthieu. Une telle parole est prononcée au moment où la foule vient s’emparer de Jésus pour l’emmener se faire juger et, finalement, pour le crucifier. Un des compagnons avait alors tenté de prendre sa défense. Il avait tiré son épée et, d’un coup, avait tranché l’oreille d’un des assaillants. Mais Jésus s’y est opposé en prononçant la phrase en question et s’est contenté de se livrer, selon une conduite qui demeure déroutante. C’est un peu la même attitude que va d’ailleurs adopter Augustin face à l’avancée des hordes germaines : au lieu de contribuer à mobiliser la population en vue de résister à l’ennemi, en essayant au besoin de réveiller les anciennes divinités guerrières de Rome, il écrit cette Cité de Dieu : une cité invisible, en laquelle se retrouvent les élus et sur laquelle la violence n’a pas de prise. Une façon de rappeler alors à ses concitoyens que la chute de l’empire est celle d’une cité terrestre mais que celle à laquelle le juste est promis, la cité céleste, demeure quant à elle, et pour l’éternité. La première peut bien s’effondrer : cela n’empêche pas l’autre, non seulement de résister, mais au contraire de triompher...

La mort qui révèle

Toutefois, dans cette polémique qui se met en place concernant la solidité de l’Etat dont la religion est le christianisme, Augustin va mettre l’accent sur la vigueur nouvelle que confère à la société le fait que ses membres, grâce à cette religion, se trouvent libérés de tous les vices dont le paganisme ne les préservait pas. Le ciment que constitue pour eux leur appartenance commune à cette cité invisible qu’est la Cité de Dieu est l’envers du spectacle de cet empire qui s’effondre.
On raconte de Héraclite d’Ephèse, le fameux penseur présocratique, qu’un jour qu’on lui rendait visite dans sa demeure plus que dépouillée, il répondit ceci en guise d’invitation : «Ici aussi les dieux sont présents !» Cette dimension de l’intériorité dans l’expérience du divin se retrouve dans la pensée d’Augustin : elle est essentielle dans sa théologie. «Ne vas pas au dehors, cherche en toi-même», écrit-il dans un texte intitulé La vraie religion... Le «ciel» est en nous, au fond de nous, autrement dit. Et ce n’est pas une partie de lui : Dieu, comme disent certains théologiens, est tout entier dans chacune de ses parties. L’homme juste, de son côté, est celui qui, au-delà de ses actions particulières, fait retraite vers son intériorité pour y aller à la rencontre de Dieu, qui est à la fois l’absolument autre que lui et l’essence ultime de son moi : comble du paradoxe, mais paradoxe de l’amour !
Cette conception du Dieu intérieur apporte un éclairage sur la non violence du personnage de Jésus, qui interdit le recours à l’épée. Il ne s’agit pas seulement de coller aux prophéties de l’Ancien Testament qui ont décrit la venue du Messie et la violence dont il serait la victime. De sorte que les récits des Evangiles foisonnent de cette formule : «Il fallait que la prophétie s’accomplisse». Non, comme la cité terrestre livrée aux assaillants, et dont on peut dire qu’il faut qu’elle s’effondre pour que se révèle dans sa vérité celle qui lui survit, cette cité spirituelle qui était logée en son cœur, et qui désormais triomphe : la mort de Jésus sur la croix est ainsi, pour la théologie chrétienne du moins, quelque chose qui ne met pas un terme à la révélation, mais qui l’accomplit. Il l’accomplit parce que ce qui est au fond de Jésus, cette présence du divin comme dirait Héraclite, cet autre que Jésus qui est pourtant l’essence même de Jésus, préciserait Augustin, cela se révèle... plus fort que la mort !

Les "violences" de l'antiviolence

La non-violence est ainsi voulue par la logique de la révélation elle-même, en ce moment très particulier de l’histoire du monothéisme qui, on peut le souligner, n’est pas tous les moments. On se souvient que, dans ce moment inaugural qui précède de plusieurs siècles, le fondateur, Abraham, a bien pris dans ses mains, non pas une épée, mais un couteau, et qu’il s’apprêtait à en faire usage contre son propre fils : il s’agissait aussi de révélation ! Révélation de Dieu à travers l’obéissance de l’homme au prix de ce qu’il a de plus cher...
Mais le christianisme ne sera pas toujours fidèle lui-même à sa propre proscription de la violence. Cependant, à chaque fois qu’il rompra avec cette fidélité, il sombrera dans une violence excessive et s’attirera généralement des condamnations, aussi bien à l’intérieur de ses rangs que parmi les ennemis de l’Eglise. De sorte que va se constituer en terre chrétienne, au fil du temps, une sorte de religion de l’antiviolence où se mêlent croyants et agnostiques. C’est d’ailleurs ce qui explique que l’islam qui, lui, n’a pas reculé devant l’usage de l’épée, a fait l’objet d’un double procès en Occident : le premier par les fidèles chrétiens qui ont vu en lui une religion rivale dont le but est  de couvrir le message du Christ par celui du Prophète, le second par les adeptes de l’antiviolence, pour qui cette religion musulmane est tout simplement l’exemple à ne pas suivre. Or, que l’islam produit un message qui est autre et qui, pour cette raison, ne couvre pas le précédent. Et ce message autre, s’il ne s’interdit pas la violence, s’interdit quand même tout abandon à la violence, tout usage qui ne serait pas tourné vers l’instauration de la paix de Dieu dans la cité terrestre... Etant entendu que l’islam est un monothéisme qui, précisément, réinvestit la « cité terrestre ». Toute la question est cependant de savoir ce que signifie la paix de Dieu et si elle peut se résumer à la mise en application de prescriptions figées qui, bien souvent, nient l’importance des autres religions, qu’elles soient au-delà de nos frontières ou situées dans notre propre passé.
Auteur : Raouf SEDDIK
Ajouté le : 25-11-2011

Editorial

Le dépit, ça se gère !

 Surprenant, en un sens : alors que la nation s’est dotée de ses nouveaux habits, ceux-là mêmes qui reflètent fidèlement la volonté du peuple et qui expriment l’engagement à servir le pays tout entier, et non quelques familles ou quelques régions, le spectre de l’injustice continue de hanter les esprits et de susciter des réactions violentes. Comme si l’ordre nouveau tardait à bien parvenir à la conscience de certains. Comment expliquer sans cela cette explosion de violence à l’annonce de simples résultats de concours, ces locaux saccagés, ce feu qui dévore des bureaux et toute cette atmosphère de panique à laquelle on a assisté dans la région de Gafsa. Et cela alors même que toutes les possibilités existent désormais de contester selon d’autres méthodes, que ce soit par voie de recours administratif, de justice, de presse, de sit-in s’il le faut...
Surprenant, oui ! Mais qu’il soit quand même permis de faire la remarque suivante : chacun sait à quel point la question de l’emploi a pris une dimension dramatique dans ces régions socialement sinistrées. Etait-il sage, dans ces conditions, de traiter le dossier des demandes de recrutement au sein de la Compagnie des phosphates sans prévoir un accompagnement au profit des candidats malheureux dont la situation sociale est délicate, ces candidats qui se voient rester au bord du chemin tandis que leurs voisins sont à la fête, que tout le pays est à la fête avec la démocratie retrouvée ? Non, ce n’était pas sage et cela dénote une erreur d’appréciation psychologique assez manifeste: on n’agit pas de la sorte avec des gens qui ont une boule dans la gorge à cause de longues années de marginalisation sociale et de mépris politique. Il y a des réflexes à adopter, qui ne coûtent pas grand-chose et qui épargnent des colères terribles et très coûteuses.
Pourquoi oublie-t-on que les régions du pays qui ont été laissées pour compte dans le passé ont besoin certes d’emplois mais aussi et avant tout de considération ? En vérité, il n’est pas si surprenant que cela d’assister à ces débordements, qu’on déplore bien sûr : le dépit est un mouvement de l’âme qui, par définition, n’est pas rationnel. Il faut simplement savoir ne pas le réveiller. Et, encore une fois, l’atmosphère festive du pays qui voit ses élus désormais rassemblés et se mettant au travail, toute cette euphorie qui traverse le peuple au spectacle des fruits de sa révolution, cela ne fait que rendre plus insupportable le sentiment de celui qui s’estime oublié, injustement oublié...
Ajouté le : 25-11-2011

jeudi 24 novembre 2011

Editorial / Intermède gouvernemental

ALORS que l’Assemblée nationale constituante entamait hier sa deuxième journée de travaux, l’information est parvenue que le Premier ministre, M. Béji Caïd Essebsi, présentait au président de la République la démission de son gouvernement. Cette démission, qui est bien entendu dans l’ordre logique des choses, a été acceptée et le gouvernement sortant reste donc aux commandes uniquement pour régler les affaires courantes et sans doute pour préparer son propre départ.
Ce geste intervient au moment où les élus de la Constituante, de leur côté, viennent de désigner les deux équipes chargées l’une du règlement intérieur, l’autre du texte final relatif à l’organisation des pouvoirs publics.
Il n’y a donc pas de vacance du pouvoir à la tête de l’Etat, dans la mesure où l’ancien gouvernement est à son poste. Mais ce gouvernement est désormais en position de départ et invite, pour ainsi dire, l’Assemblée constituante à enchaîner avec les autres décisions à prendre qui vont permettre d’installer une nouvelle équipe gouvernementale. La seconde commission nommée aura donc fort à faire pour que, assez rapidement, soit dressé le cadre qui va ensuite rendre possible le choix d’un président de la République par les élus, puis la nomination d’un chef de gouvernement et, enfin, la constitution du gouvernement au complet.
On sait que les tractations qui ont précédé la séance inaugurale ont permis aux trois partis que sont Ennahdha, le Congrès pour la République et Ettakatol de parvenir à un accord sur l’attribution des différents postes. Ce qui est assurément une tâche en moins pour la Constituante. Mais la répartition des rôles précis du nouvel exécutif et les règles qui vont prévaloir dans leurs relations les uns à l’égard des autres durant cette nouvelle période provisoire, tout cela devra nécessairement faire l’objet d’un débat et s’exposer aux remarques et aux critiques dans l’enceinte de l’Assemblée.
Nous sommes donc maintenant dans un moment d’intermède, pendant lequel un gouvernement attend de faire ses adieux tandis qu’un autre s’empresse d’arriver mais doit obligatoirement passer par la procédure parlementaire. Un moment de passage du témoin qui n’est pas sans susciter une certaine émotion, même si tous les membres de l’ancienne équipe au pouvoir ne sont pas disposés à quitter entièrement la scène publique... C’est de toute façon le cas en ce qui concerne l’actuel Premier ministre, qui se promet de prolonger sa carrière politique en créant un parti…
Ajouté le : 24-11-2011

mercredi 23 novembre 2011

Réunion inaugurale de l’Assemblée nationale constituante / IIe République : une première pierre

La Presse — Journée extraordinaire que celle d’hier. Du côté du Bardo, aussi bien à l’intérieur de l’édifice de la Chambre des députés qu’alentour, le climat était celui des grands jours, de ces jours que l’histoire consigne en lettres d’or dans ses archives. Bien sûr, démocratie oblige, la rue grondait de ses propres sonorités et s’animait de ses propres discours et revendications... Une certaine agitation n’en était pas absente. A l’intérieur, en revanche, l’heure était à la solennité. L’ouverture de la séance inaugurale de l’Assemblée nationale constituante a été assurée par celui qui est encore le président de la République, à savoir M. Foued Mebazaâ, dont l’allocution a été applaudie... M. Béji Caïd Essebsi était de la fête également, avec les autres membres du gouvernement. On se souviendra de ce moment où tous les élus ont entonné d’une même voix l’hymne national, puis celui où ils ont récité la Fatiha en hommage aux martyrs... On se souviendra de la figure du doyen des constituants, M. Tahar Hmila, à qui est échue la présidence de la séance, avec à ses côtés les deux benjamins, un jeune homme et une jeune femme.
Les journées qui viennent seront également chargées pour la Constituante. Mais, d’ores et déjà, l’Assemblée s’est donné son président en la personne de M. Mustapha Ben Jaâfar, qui a recueilli 145 voix sur 213, Mme Maya Jeribi, secrétaire générale du Parti démocratique progressiste, recueillant pour sa part le reliquat, soit 68 voix.
Ainsi donc, après l’étape cruciale des élections le 23 octobre dernier, voici franchie celle de la séance inaugurale qui nous éloigne encore plus de l’ère de la dictature et qui va plus avant dans la réponse aux objectifs de la révolution.
Auteur : S.R.
Ajouté le : 23-11-2011

mardi 22 novembre 2011

Editorial / Péril économique et antijeu démocratique

ALORS qu’on attendait la fin de la période transitoire et les élections du 23 octobre pour entamer doucement une reprise en main des affaires économiques du pays, c’est à un scénario bien différent que nous assistons. Les tractations qui s’achèvent entre les partis vainqueurs montrent certes que les jours qui nous séparent des élections ont servi à règler des questions relatives à l’harmonisation des positions et à la mise en place d’une base commune à partir de laquelle la coalition appelée à diriger le pays va pouvoir agir dans la durée. Cela, on peut le penser, s’est fait au détriment de l’implication sur le terrain, au détriment de cette dynamique attendue censée apporter les réponses aux problèmes dans les régions et engager le pays dans une logique de conquête de résultats.
Il faudra en tout cas rattraper le temps perdu sur ce terrain. Ce qu’on observe, hélas, c’est une multiplication des actions de grève dans des secteurs sensibles. Des usines de première importance à Gabès, Gafsa, Bizerte ou ailleurs ont été obligées de fermer leurs portes. Le trafic ferroviaire est perturbé... Beaucoup de gens sont déçus: les promesses, font-ils valoir, n’ont pas été tenues ! Il y a ceux qui sont sans emploi et ceux qui souhaitent une amélioration de leurs salaires. Et ils ne sont plus disposés à faire preuve de patience : l’option est de prendre en otage l’économie elle-même pour obtenir satisfaction sous la contrainte... Une option qui relève de situations extrêmes mais qui semble, par le nombre, se banaliser.
Peut-être que le phénomène du pluralisme syndical a joué de ce point de vue un rôle d’encouragement de ces actions, en ce sens que la rivalité qui existe entre les différents syndicats les pousse à mener une politique de surenchère dans un but de séduction des adhérents potentiels. Il faudrait souligner ici que ceux qui se livrent à cette pratique sur le compte des équilibres du pays prennent des risques importants, car cela se saura, tôt ou tard. Et chacun devra alors assumer les responsabilités des difficultés économiques et des pertes d’emploi que ses agissements auront entrainées. Cela dit, il convient de souligner que, dans le nouveau contexte, les syndicats ne sont pas les seuls à pouvoir discrètement tirer les ficelles. Des partis peuvent également y songer... Si c’était le cas, il conviendrait de rappeler que la mise à l’épreuve des acteurs qui prennent les commandes du pouvoir a d’autant plus de signification que les conditions normales de gouvernement leur ont été données. Dans le cas contraire, leur échec éventuel à apporter les justes réponses aux attentes du pays ne pourrait leur être clairement imputé. Ce qui serait d’ailleurs un ratage dans le jeu démocratique et dans sa logique de sélection naturelle du meilleur gouvernement... Laissons donc le jeu démocratique avoir lieu dans cette nouvelle phase en toute équité, en tout fair-play.
Ajouté le : 22-11-2011

lundi 21 novembre 2011

Vient de paraître / Le Songe Massyle : une épopée tunisienne

Des fictions qui nous ramènent à ces périodes reculées de l’histoire de la Tunisie, du temps où les Carthaginois dominaient les mers ainsi que de larges parties du territoire sur le littoral tandis que, vers l’ouest, s’étendaient des royaumes berbères, on en manque cruellement.
La littérature occidentale n’a pas hésité à explorer des traditions étrangères dont elle s’est approprié l’héritage. Dès la Renaissance, le monde de l’antiquité gréco-romaine en particulier a été investi. Dans le même temps, l’histoire de la période païenne a été revisitée dans les différents pays européens, avec ses «sagas» et ses mythologies germaniques... Un compositeur comme Wagner en a fait d’ailleurs la source de ses créations musicales. Cette histoire a été débarrassée progressivement de ce voile de mépris dont l’Eglise l’avait recouverte pour s’imposer durant les siècles du Moyen-âge.
Certes, ceux qui ont contribué à cette résurrection n’avaient pas toujours les mêmes motivations. Mais le résultat est quand même une réappropriation du passé en profondeur, aussi bien à travers le prisme de l’archéologie qu’à travers celui de la production littéraire et artistique.
Quant à nous, le terrain demeure presqu’entièrement à défricher. Des tentatives comme celles de Flaubert ne sauraient nous satisfaire car elles s’inscrivent dans le mouvement de courants littéraires qui nous sont étrangers, même si la langue française en laquelle le texte de Salammbô a été écrit fait désormais partie de notre héritage, quoi qu’on en dise.
Des tentatives existent cependant, et le livre que vient de signer Ridha Ben Slama, Le Songe Massyle, en est une qui est fort honorable : elle offre au lecteur un récit vivant qui le transporte dans cette période préislamique et préromaine qui est celle du roi berbère Zilalsen, fondateur de la dynastie numide dont sont issus les Massinissa et autres Jugurtha. Nous sommes donc au troisième siècle avant l’ère chrétienne. L’histoire se présente sous la forme d’un témoignage. C’est Jugurtha, alors jeune adolescent, qui enfourche son cheval et franchit la muraille de la cité de Vaga (Béja) pour aller retrouver le sage Atebane, qui est son maître et dont il tient la promesse de se faire raconter la légende de son illustre ancêtre... On regrettera à ce propos que l’auteur n’ait pas songé à cette sorte de respiration qui consiste, au fil des chapitres, à nous remettre dans le contexte de cet échange entre un jeune de sang royal et son maître spirituel, avancé en âge : peut-être cela aurait-il conféré plus de vérité au ton du récit... Une chose est sûre, cependant : celui qui lit cet ouvrage en sort chargé d’une somme de connaissances qui ne se rapportent pas à un pays étranger de par-delà les mers ou les déserts : c’est bien du nôtre qu’il s’agit, de cette Tunisie dont la terre soutient nos pas au quotidien et qui abrite en son sein, comme le jeune Jugurtha, nos ancêtres aussi. Ces connaissances acquises ne sont pas celles dont on a le sentiment qu’elles élargissent une culture générale : ce sont celles à propos desquelles on se dit qu’il y a longtemps qu’on aurait dû les avoir et que, enfin, le tort est réparé. D’autant que le contenu du récit respire la sagacité et l’héroïsme.

Auteur : Raouf SEDDIK
Ajouté le : 21-11-2011

Editorial / Lever de rideau pour un débat ouvert

A PRES d’un mois des dernières élections, et alors que les tractations se poursuivent entre les partis vainqueurs autour de questions qui ont trait en particulier à la répartition des postes de responsabilité et aux priorités de l’action du prochain gouvernement, on arrive ainsi à la veille du jour fixé pour la séance inaugurale. C’est en effet demain, mardi 22 novembre, qu’a lieu cette séance.
Il aura donc fallu un mois de pourparlers afin de se rendre prêts pour cette échéance. Bien sûr, il faut tenir compte de la période d’hésitation sur la vérité des résultats électoraux. Mais chacun sait que, assez tôt, l’équilibre des forces était globalement dans tous les esprits. Ce qu’il faut pourtant retenir, c’est que les discussions qui auront précédé la séance inaugurale ne sont pas du temps perdu sur le compte des travaux de la Constituante, si l’on considère qu’elles permettront de hâter le travail de cette dernière une fois qu’elle aura été installée dans ses murs. On sait ainsi que la désignation des trois présidents, celui de la République, celui de l’Assemblée constituante et celui du gouvernement est chose acquise, même si l’annonce officielle n’en est pas encore faite...
Bien sûr, et comme certaines voix n’ont pas manqué de le faire remarquer, les discussions qui ont lieu en dehors de l’Assemblée le sont «en catimini» : si elles avaient eu lieu dans l’enceinte même de l’Assemblée, il n’en aurait pas été ainsi! Il faudrait donc faire attention que les travaux de l’Assemblée constituante ne se transforment en une simple procédure de validation par le vote d’accords préalablement confectionnés : la large participation de l’opinion aux débats de la Constituante est un moment fort de l’histoire de la Tunisie et plus particulièrement de l’histoire de l’appropriation par le peuple de sa souveraineté. Il n’est pas question que ce peuple en soit maintenu à l’écart, comme ce fut en grande partie le cas lors de la première Constituante, celle de 1959.
Ce qui se met en place à partir de demain représente une réponse à la révolution du 14 janvier : une réponse et, dans le même temps, la concrétisation politique d’un vaste mouvement populaire qui a exprimé son refus profond du régime précédent et qui a entraîné sa chute. Quelle que soit la physionomie des forces politiques en présence, dès lors surtout qu’il sera question de rédiger les différents articles qui vont composer le texte fondamental sur lequel reposera l’existence politique future de la société tunisienne, on ne saurait faire un autre choix que celui d’un débat à vocation ouverte et participative.

Ajouté le : 21-11-2011

Ettakatol joue le suspense

L’accord sur les postes-clés à la tête de l’Etat, donc sur la répartition des trois présidents, à savoir celui de la République, celui de l’Assemblée constituante et celui du gouvernement, a fait l’objet hier de déclarations de la part des intéressés. Ce qui laisse penser que ce volet des négociations entre le Mouvement Ennahdha, le Congrès pour la République et Ettakatol est une affaire désormais close... Une dépêche de l’agence TAP, citant un membre du bureau politique d’Ennahdha, M. Noureddine Arbaoui, confirme en tout cas la nouvelle qui circulait et dont l’officialisation était «imminente» depuis le début de la semaine : Moncef Marzouki serait président de la République, Hamadi Jebali président du «Conseil des ministres» — selon une dénomination qui laisse deviner le caractère «parlementariste» de cette nouvelle étape et qui confère de larges pouvoirs au chef du gouvernement — et, enfin, Mustapha Ben Jaâfar, président de l’Assemblée constituante. On sait aussi que l’information a été relayée dans les médias par le Congrès pour la République.
Or il s’avère aussi que pour le parti Ettakatol, et même s’il ne nie pas qu’il y ait eu accord sur ce point, l’officialisation n’est toujours pas à l’ordre du jour. L’accord est global ou il n’est pas, laisse entendre M. Mohamed Bannour, porte-parole d’Ettakatol : «Il ne s’agit pas d’annoncer les accords l’un après l’autre... Car qu’arriverait-il si les négociations butaient en chemin ?» Ce qui fait dire au représentant du parti de Mustapha Ben Jaafar que l’annonce faite par Ennahdha est «prématurée» et qu’elle vise à «mettre la pression»...
C’est que les négociations se poursuivent à travers plusieurs commissions sur un ensemble de questions qui ont trait non seulement au reste des postes ministériels à distribuer, mais aussi aux programmes et priorités ainsi, précise M. Bannour, qu’aux «principes et valeurs sur lesquels va reposer le travail». Et il s’agit ici surtout du respect des libertés, en particulier sur cette question qui est devenue un «sujet d’inquiétude», à savoir celle de la «tenue vestimentaire». Mais aussi sur le caractère civil de la République et de ses institutions, la séparation des pouvoirs...
On voit donc qu’Ettakatol tient à montrer que, pour lui, la grande affaire n’est pas que son secrétaire général obtienne le poste de président du Parlement mais qu’il reste attentif à d’autres aspects de l’accord.
A deux jours de l’ouverture des travaux de l’Assemblée constituante, Ettakatol prend donc le parti de maintenir le suspense et, à la question de savoir si l’accord sur les postes-clés pourrait être remis en cause dans l’hypothèse où un accord ne serait pas trouvé sur les autres questions, le porte-parole d’Ettakatol répond : oui, bien sûr ! Mais il se dit en même temps «optimiste» et laisse entendre, par ailleurs, que l’accord global recherché pourrait ne pas intervenir avant le 22 novembre, mais «deux ou trois jours après» la séance inaugurale de la Constituante, considérant que celle-ci aura de toute façon des tâches à remplir, qu’elle ne chômera pas...
Raouf SEDDIK
Ajouté le 20-11-2011

Tractations autour des trois présidences / La valse des déclarations

Accord? Pas accord ? On a assisté hier à une sorte de cafouillage médiatique autour de l’annonce d’un accord entre les trois partis en négociation autour de la distribution des trois postes de présidence.
Accord ? Pas accord ? On a assisté hier à une sorte de cafouillage médiatique autour de l’annonce d’un accord entre les trois partis en négociation autour de la distribution des trois postes de présidence. Tout a commencé par une déclaration d’un membre du bureau politique du mouvement Ennahdha, affirmant qu’un tel accord était désormais acquis.
Cette information, qui a donné lieu à une dépêche de l’agence TAP, a été reprise d’ailleurs par un membre du Congrès pour la République... Le Parti démocratique progressiste et le Mouvement des patriotes démocrates en ont même profité pour lancer des critiques au sujet du «partage des responsabilités» auquel se livraient les partis en négociation. Toutefois, Ettakatol avait pris les devants par une déclaration relayée par la TAP dans laquelle ce parti marquait sa différence. Contacté au téléphone, il a dénoncé une annonce «prématurée» en insistant sur le caractère nécessairement global de tout accord... En cours de soirée, une déclaration du porte-parole d’Ennahdha à La Presse est venue à son tour apporter une correction sérieuse aux informations de la journée... L’heure est donc encore à la patience !

Auteur : R.S.
Ajouté le : 20-11-2011