ALORS qu’on attendait la fin de la période transitoire et les élections du 23 octobre pour entamer doucement une reprise en main des affaires économiques du pays, c’est à un scénario bien différent que nous assistons. Les tractations qui s’achèvent entre les partis vainqueurs montrent certes que les jours qui nous séparent des élections ont servi à règler des questions relatives à l’harmonisation des positions et à la mise en place d’une base commune à partir de laquelle la coalition appelée à diriger le pays va pouvoir agir dans la durée. Cela, on peut le penser, s’est fait au détriment de l’implication sur le terrain, au détriment de cette dynamique attendue censée apporter les réponses aux problèmes dans les régions et engager le pays dans une logique de conquête de résultats.
Il faudra en tout cas rattraper le temps perdu sur ce terrain. Ce qu’on observe, hélas, c’est une multiplication des actions de grève dans des secteurs sensibles. Des usines de première importance à Gabès, Gafsa, Bizerte ou ailleurs ont été obligées de fermer leurs portes. Le trafic ferroviaire est perturbé... Beaucoup de gens sont déçus: les promesses, font-ils valoir, n’ont pas été tenues ! Il y a ceux qui sont sans emploi et ceux qui souhaitent une amélioration de leurs salaires. Et ils ne sont plus disposés à faire preuve de patience : l’option est de prendre en otage l’économie elle-même pour obtenir satisfaction sous la contrainte... Une option qui relève de situations extrêmes mais qui semble, par le nombre, se banaliser.
Peut-être que le phénomène du pluralisme syndical a joué de ce point de vue un rôle d’encouragement de ces actions, en ce sens que la rivalité qui existe entre les différents syndicats les pousse à mener une politique de surenchère dans un but de séduction des adhérents potentiels. Il faudrait souligner ici que ceux qui se livrent à cette pratique sur le compte des équilibres du pays prennent des risques importants, car cela se saura, tôt ou tard. Et chacun devra alors assumer les responsabilités des difficultés économiques et des pertes d’emploi que ses agissements auront entrainées. Cela dit, il convient de souligner que, dans le nouveau contexte, les syndicats ne sont pas les seuls à pouvoir discrètement tirer les ficelles. Des partis peuvent également y songer... Si c’était le cas, il conviendrait de rappeler que la mise à l’épreuve des acteurs qui prennent les commandes du pouvoir a d’autant plus de signification que les conditions normales de gouvernement leur ont été données. Dans le cas contraire, leur échec éventuel à apporter les justes réponses aux attentes du pays ne pourrait leur être clairement imputé. Ce qui serait d’ailleurs un ratage dans le jeu démocratique et dans sa logique de sélection naturelle du meilleur gouvernement... Laissons donc le jeu démocratique avoir lieu dans cette nouvelle phase en toute équité, en tout fair-play.
Ajouté le : 22-11-2011
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