Depuis hier se tient au centre-ville de Tunis une «réunion professionnelle» qui regroupe des directeurs de journaux et des rédacteurs de plusieurs pays d’Europe et du monde arabe, et cela à l’initiative du Centre d’études et de documentation internationale de Barcelone (Cidob), ainsi que de l’Institut international pour l’alliance des civilisations (UNU-Iiaoc), relevant de l’Université des Nations unies. L’Instance pour la réforme de l’information et de la communication est également de la partie et son président, M. Kamel Labidi, était présent. On attendait même le ministre de l’Education, qui n’a pourtant pas pu faire le détour, happé par une tournée dans les classes à l’occasion des examens du baccalauréat.
Le propos de la rencontre est d’échanger les expériences. Certes, des pays en transition démocratique, comme l’Egypte ou la Tunisie, ou d’autres de la rive sud chez lesquels la transition se fait de façon sans doute plus lente et plus discrète, se trouvent dans des contextes qui n’ont pas grand-chose à voir avec ceux des pays européens. Ils ont des problèmes spécifiques. Mais, comme le rappelle le Marocain Ali Anouzla, le mur de la peur est tombé. Et sa chute a entraîné avec lui, dans une large mesure, la barrière qui sépare deux mondes, celui du nord et celui du sud. En sorte que poser la problématique de la qualité du journalisme de part et d’autre de la Méditerranée fait désormais sens. Bien sûr, le déficit de formation et les bas salaires sont des handicaps que nous connaissons, plus particulièrement de ce côté-ci. On s’en est d’ailleurs fait l’écho à travers des témoignages venus d’Egypte comme de Tunisie. Le rédacteur en chef d’El Mawkif, Rachid Khechana, dresse même un tableau assez sombre dans sa particularité : «Il n’y a pas eu de transition médiatique», affirme-t-il. Et il invoque trois raisons : les caciques de la presse de l’ancien régime dont beaucoup restent à des postes clés, l’arrivée massive sur la scène médiatique de jeunes journalistes sans expérience et, enfin, «la reconversion des anciens propagandistes en journalistes indépendants — qui ont simplement changé leur fusil d’épaule mais qui sont toujours dans l’apologie». On est donc dans la gestion difficile d’un héritage d’absence de liberté qui, derrière des changements souvent de surface, peut laisser refluer, de façon insidieuse, d’anciennes façons de faire. Ridha Kéfi, qui dirige un site d’information tout en étant membre de l’Instance pour la réforme de l’information et de la communication, rappelle ces façons de faire quand il évoque les épisodes de l’attentat terroriste de Djerba ou les événements de Soliman : le Tunisien n’avait accédé à l’information sur ce qui s’est passé que plusieurs jours plus tard. Ou quand il parle de ces agences de publicité et de communication qui font office d’organes de presse tout en se plaçant sur le terrain du marketing politique.
Mais ce dernier exemple illustre, à l’inverse, à quel point les problèmes auxquels nous faisons face chez nous peuvent être précisément ceux que rencontrent nos voisins du Nord. C’est celui des «communicants», dont Mme Sylvie Kaufman, du Monde, dit qu’il s’agit de gens très sophistiqués et très courtois, mais qui constituent un nouvel obstacle pour le journaliste dans sa recherche de l’information. Un phénomène que l’on peut juger encore marginal chez nous mais qui peut rapidement devenir assez central !
Il est vrai, d’un autre côté, et la chose sera reprise par plusieurs participants européens, que la liberté de la presse est sans cesse à reconquérir, qu’elle n’est jamais acquise une bonne fois pour toutes. S’il s’agit pour nous de nous débarrasser des vieux démons tout en nous préparant à faire face à des dérives plus subtiles, on considérera avec profit comment nos confrères des vieilles démocraties se démènent avec des dangers nommés chasse effrénée au scoop, «berlusconisation», manipulation par la sphère politique et ses communicants… Sachant que, les uns et les autres, nous entretenons la même aspiration : offrir au public une information fiable et de qualité, en gagnant assez d’argent pour pouvoir mener des enquêtes et offrir des analyses éclairantes…
Raouf SEDDIK
Ajouté le : 10-06-2011
samedi 11 juin 2011
lundi 6 juin 2011
Editorial / Face à la violence tribale…
Les événements tragiques de Métlaoui ne sont pas directement liés à la révolution. Ils ne comportent pas de revendications politiques. Ils relèvent plutôt, c’est assez clair, d’un phénomène de résurgence de réflexes tribaux qui sont précisément aux antipodes du comportement citoyen qui s’est illustré tout au long de la marche glorieuse du peuple tunisien vers sa propre liberté. S’il existe un lien, il réside dans le fait que cette période transitoire qui sépare la chute de la dictature de l’instauration d’un nouveau pouvoir démocratiquement élu est une période propice à toutes sortes de dépassements. Il s’agit bien en effet de dépassements, même s’ils sont ici d’une gravité hors du commun…
Pour lors, l’urgence est de ramener le calme, à la fois dans la ville et dans les esprits. Mais on relèvera quand même que les politiques mises en œuvre depuis l’indépendance afin d’étouffer le tribalisme ont montré leurs limites : limites qui sont certainement celles aussi des politiques de développement régional.
Mais c’est désormais une donnée avec laquelle il convient de composer : d’abord pour prévenir de nouveaux incidents et, ensuite, pour tenter de dépasser cet aspect rétrograde de notre existence politique en prenant d’autant plus appui sur notre sentiment d’appartenance à une entité plus globale et plus généreuse qui est la patrie.
Bien sûr, on ne manquera pas de s’étonner du caractère intempestif de ces incidents. Il y a une distorsion formidable entre le mouvement qui a conduit le peuple tunisien vers une révolution qui est et qui demeure pour longtemps l’actualité mondiale de cette décennie nouvelle et, d’un autre côté, cette violence débridée entre familles pour de sombres histoires de soupçons autour de recrutements, et auxquels il était possible de répondre d’une infinité d’autres manières avant d’en arriver à ces extrémités insensées.
Mais, passé l’étonnement, ce qui s’impose à l’esprit c’est que, à travers une politique de développement de nos régions qui exprime cette fois la volonté engagée du peuple, et non pas seulement les calculs d’un dictateur, il nous faudra dans le futur venir vraiment à bout de ces résidus de tribalisme et faire triompher de nouvelles méthodes de gestion des conflits chez nos concitoyens.
Ajouté le 06/06/2011
Pour lors, l’urgence est de ramener le calme, à la fois dans la ville et dans les esprits. Mais on relèvera quand même que les politiques mises en œuvre depuis l’indépendance afin d’étouffer le tribalisme ont montré leurs limites : limites qui sont certainement celles aussi des politiques de développement régional.
Mais c’est désormais une donnée avec laquelle il convient de composer : d’abord pour prévenir de nouveaux incidents et, ensuite, pour tenter de dépasser cet aspect rétrograde de notre existence politique en prenant d’autant plus appui sur notre sentiment d’appartenance à une entité plus globale et plus généreuse qui est la patrie.
Bien sûr, on ne manquera pas de s’étonner du caractère intempestif de ces incidents. Il y a une distorsion formidable entre le mouvement qui a conduit le peuple tunisien vers une révolution qui est et qui demeure pour longtemps l’actualité mondiale de cette décennie nouvelle et, d’un autre côté, cette violence débridée entre familles pour de sombres histoires de soupçons autour de recrutements, et auxquels il était possible de répondre d’une infinité d’autres manières avant d’en arriver à ces extrémités insensées.
Mais, passé l’étonnement, ce qui s’impose à l’esprit c’est que, à travers une politique de développement de nos régions qui exprime cette fois la volonté engagée du peuple, et non pas seulement les calculs d’un dictateur, il nous faudra dans le futur venir vraiment à bout de ces résidus de tribalisme et faire triompher de nouvelles méthodes de gestion des conflits chez nos concitoyens.
Ajouté le 06/06/2011
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