Les acteurs des trois partis qui tentent actuellement de s’entendre autour de la composition du prochain exécutif et qui représentent les forces principales sur l’échiquier politique n’ont guère délivré de message qui contredise celui-ci : la rédaction de la prochaine Constitution devra prendre en compte le peuple dans son ensemble, dans la diversité de ses familles politiques. Autrement dit : il n’y aura pas de dictature de la majorité au sein de la Constituante pour imposer une vision de notre Loi fondamentale qui serait l’expression d’un compromis étroit entre les acteurs de cette majorité. Cette disposition d’esprit est sage et exprime la conscience que le texte que l’on s’apprête à mettre au point dans les mois qui viennent servira de référence pour des générations et des générations après nous qui se succéderont sur la terre de ce pays. Le sentiment de la responsabilité historique doit donc être au rendez-vous et transcender la logique partisane.
S’agissant de la formation qui aura à mener la gestion du pays, elle va forcément refléter à la fois le résultat des élections du 23 octobre et, aussi, la nature des négociations menées. Certains partis ont fait le choix stratégique de rester dans l’opposition : ils ne sauraient cumuler l’avantage de la critique de l’action gouvernementale et celui de cette action elle-même. Par la force des choses, ce sont donc les acteurs de la majorité qui vont devoir endosser la responsabilité d’une gestion : en recueillir les bénéfices s’il y a lieu et en subir les critiques s’il y a des faiblesses. Ainsi le veut le jeu démocratique, où la compétition électorale passe de moments de grande intensité à des moments plus paisibles, sans toutefois s’arrêter complètement, à aucun moment.
Il n’en reste pas moins que, même sur ce plan de l’action gouvernementale, les membres de la majorité devront garder à l’esprit que le pays est en situation d’attente critique. Face à certaines urgences, le gouvernement sortant, en mal de légitimité, n’a pas été en mesure d’apporter les réponses de fond qui étaient requises. Les derniers chiffres du chômage sont tout simplement alarmants. Cela signifie que, même si le pays est désormais commandé par une ligne de partage qui sépare une majorité au pouvoir et une opposition qui tient aussi à jouer son rôle propre, il est nécessaire de mobiliser les énergies de la façon la plus large possible pour venir en aide aux régions les plus cruellement atteintes et pour aller au secours des cas les plus urgents.
Savoir faire la part de ce qui relève du jeu politique et de ce qui relève du devoir envers la patrie est en tout cas quelque chose qui ne saurait échapper à la vigilance de notre concitoyen. Qu’on se le tienne pour dit.
Ajouté le : 13-11-2011
samedi 12 novembre 2011
vendredi 11 novembre 2011
Figures et concepts / Caïn ou la liberté pour la mort
Dans les récits qui nous viennent de la tradition monothéiste, le mal n’arrive pas en premier. Il fait son entrée dans la Création selon des étapes. La première d’entre elles survient non pas par l’homme mais à l’occasion de sa venue. Parce que l’homme est créé à “l’image de Dieu” et que, à ce titre, il prend part à la sainteté de Dieu, rapporte le texte coranique, il est demandé aux anges de se prosterner devant ce nouveau venu. Or l’un d’entre eux s’y refuse et se révolte: ainsi naît l’ange du mal qui, dans la Bible, a la figure du serpent. Et comme les anges sont des messagers entre l’ordre de l’invisible qui gouverne le monde d’une part et, d’autre part, celui de l’homme, il y a donc, à partir de cet instant, non plus un seul type de messagers, mais deux, qui viennent révéler à l’homme ce qu’il doit faire. Et révéler, cela veut dire ici être les inspirateurs de ses volontés particulières. Cet ordre nouveau va être déterminant dans ce que la tradition judéo-chrétienne appelle le péché originel, c’est-à-dire cette première action à l’occasion de laquelle l’homme retire son adhésion intime à l’ange qui lui vient de Dieu et décide d’accorder sa préférence à l’autre messager, celui qui s’est révolté contre l’ordre de la Création et contre le statut de l’homme en son sein.
Cette étape du péché originel, qui est le lieu d’une différence de perspective intéressante entre la tradition judéo-chrétienne et la tradition musulmane, mais non pas toutefois d’un désaccord, peut être considérée comme la deuxième étape dans l’histoire de l’entrée du mal dans le monde. Une troisième étape est cependant celle qu’inaugure le premier des enfants issu du couple d’Adam et d’Eve : Caïn, qui est le Qabil de la tradition musulmane. En effet, Caïn est le premier des enfants et il est suivi d’Abel (Habil). Or Caïn représente le premier homme qui expérimente, non pas la possibilité du mal dans son action, mais la possibilité d’un pacte avec le mal dans son existence.
Caïn est celui qui tue son frère par jalousie. Parce que, ayant fait une offrande à Dieu, elle n’a pas été agréée, tandis que celle de son frère l’a été... Il est donc le premier meurtrier. Mais le texte de la Bible ajoute une indication intéressante qui est la suivante : lorsque Dieu lui demande où est son frère Abel, Caïn lui donne cette réponse, à savoir qu’il “n’est pas le gardien de son frère”. D’ores et déjà, le meurtre se trouve donc inscrit dans un ordre, revendiqué par Caïn, selon lequel l’homme n’est pas pour l’autre homme un “gardien” et, par conséquent, qu’il peut disposer de lui selon son gré. Lui ôter la vie n’est en ce sens que l’expression de la pleine réalisation de cet ordre. Ne pas être le gardien de son frère, cela signifie en effet que l’être de l’autre homme est tributaire dans mon esprit de ce que je veux bien lui attribuer comme valeur, que cette valeur peut être nulle si je décide qu’il en est ainsi et, dès lors, le supprimer est un acte qui est dans l’ordre des choses. Ce qui veut dire encore que le meurtre est déjà là avant même de s’accomplir comme acte particulier: il est négation de l’autre homme en tant qu’il suscite ou mérite considération, en tant qu’il marque un espace sacré dont je serais, précisément, le gardien.
L’homme, est-il d’usage de dire, est à l’image de Dieu en ce qu’il est libre. Faire ce qu’il fait, oui, il le fait de son plein gré, sans être contraint ni forcé : que ce soit le bien ou le mal. Et c’est précisément pour cette raison, du reste, que le bien est bien et que le mal est mal. Si l’homme faisait l’un ou l’autre dans la contrainte, ces derniers n’auraient pas le sens qu’ils ont. Toutefois, on voit bien que le choix de Caïn de ne plus se considérer comme le “ gardien ” de son frère, et donc de n’être plus que le gardien de lui-même, n’est pas sans incidence sur son statut d’être créé à la ressemblance de Dieu. Disons que si son statut d’image de Dieu devait être maintenu, alors il faudrait préciser que cette image est ternie : elle a perdu son éclat. En fait, la sainteté de l’homme réside à la fois en ce qu’il est libre et en ce que c’est en toute liberté qu’il ne souffre pas moins du malheur qui arrive à son frère que de celui qu’il subit lui-même, et qu’il ne se réjouit pas moins non plus du bonheur qui échoit à son frère que de celui qu’il reçoit pour son propre compte.
C’est de cette façon-là que l’image qu’il représente est une image qui porte de l’éclat et qui, véritablement, renvoie à ce dont elle est l’image.
Caïn incarne donc une forme de liberté qui, tout en éloignant l’homme de l’image de Dieu, n’en présente pas moins l’apparence d’une liberté plus libre : “Suis-je le gardien de mon frère?” ! Toutefois, cette liberté s’épuise dans son affirmation, dans son insurrection, tandis que la liberté qui dit oui et qui repousse la formule de Caïn, “Suis-je le gardien de mon frère ?”, cette liberté-là est une liberté créatrice : elle participe de l’acte de création du monde par Dieu. Parce qu’elle en supporte l’unité, avec Dieu, dans son amitié en quelque sorte.
La liberté de Caïn est donc une liberté plus claironnante et plus ostentatoire : elle se confond avec sa propre “publicité”. Mais en un sens, elle n’est que l’envers d’une solitude qui s’approfondit, d’une coupure avec le monde qui se durcit. Car tel est le lot de celui pour qui la présence de l’autre n’est pas un motif suffisant pour retenir son bras meurtrier, si “mental” que fût ce bras : il vit désormais reclus dans la citadelle de son propre ego.
Bien sûr, cette liberté se donne cependant les moyens d’atténuer son malheur. Elle peut même, dans un esprit de revanche contre son destin, se donner à elle-même ses bonheurs artificiels, et puiser dans une solidarité des “descendants” de Caïn afin d’organiser à large échelle un bonheur qui, lui aussi, se fixe comme mesure de sa réalité son degré d’exposition, d’ostentation. Plus que cela, cette liberté se crée ses Babels, avec ses tours qui grimpent au ciel et ses divertissements du jour et de la nuit : villes où l’homme goûte, dans une existence atomisée, à la saveur d’un bonheur où non seulement Dieu n’est pas présent, mais où il ne doit pas l’être, car il est synonyme de “fin de partie”...
Toute société qui cherche à se donner à elle-même ses propres fondations se tourne vers la question de la liberté humaine. Et, sans avoir à chercher loin, s’impose à elle l’alternative des deux formes de liberté : celle du bien ou celle de Caïn, celle d’Abel ou celle de Babel. Toutefois, il ne s’agit pas d’être contre Babel pour avoir fait le bon choix. Car il y a ceux qui, pour refuser la liberté de Caïn, immolent la liberté tout court. Ils n’ont pas tué un homme, mais ils ont tué ce qui fait de chaque homme un homme. C’est leur meurtre à eux, auquel ils ajoutent celui de la sainteté dans sa vérité... C’est en effet tuer cette vérité que de donner de la sainteté une image caricaturée et hideuse, tout en servile et obséquieuse soumission, et de laisser entendre que Dieu est à l’image de cela. Où est l’impiété ?
Le vrai culte de toute grande religion célèbre en l’homme sa liberté, qui n’est certes pas sa sainteté mais sans laquelle il n’est pas pour l’homme de sainteté possible : il est temps que cette célébration prenne sa pleine mesure, afin que Caïn ne puisse pas crier à la foule : pour la liberté, venez donc voir par ici !
Auteur : Raouf SEDDIK
Ajouté le : 11-11-2011
Cette étape du péché originel, qui est le lieu d’une différence de perspective intéressante entre la tradition judéo-chrétienne et la tradition musulmane, mais non pas toutefois d’un désaccord, peut être considérée comme la deuxième étape dans l’histoire de l’entrée du mal dans le monde. Une troisième étape est cependant celle qu’inaugure le premier des enfants issu du couple d’Adam et d’Eve : Caïn, qui est le Qabil de la tradition musulmane. En effet, Caïn est le premier des enfants et il est suivi d’Abel (Habil). Or Caïn représente le premier homme qui expérimente, non pas la possibilité du mal dans son action, mais la possibilité d’un pacte avec le mal dans son existence.
Caïn est celui qui tue son frère par jalousie. Parce que, ayant fait une offrande à Dieu, elle n’a pas été agréée, tandis que celle de son frère l’a été... Il est donc le premier meurtrier. Mais le texte de la Bible ajoute une indication intéressante qui est la suivante : lorsque Dieu lui demande où est son frère Abel, Caïn lui donne cette réponse, à savoir qu’il “n’est pas le gardien de son frère”. D’ores et déjà, le meurtre se trouve donc inscrit dans un ordre, revendiqué par Caïn, selon lequel l’homme n’est pas pour l’autre homme un “gardien” et, par conséquent, qu’il peut disposer de lui selon son gré. Lui ôter la vie n’est en ce sens que l’expression de la pleine réalisation de cet ordre. Ne pas être le gardien de son frère, cela signifie en effet que l’être de l’autre homme est tributaire dans mon esprit de ce que je veux bien lui attribuer comme valeur, que cette valeur peut être nulle si je décide qu’il en est ainsi et, dès lors, le supprimer est un acte qui est dans l’ordre des choses. Ce qui veut dire encore que le meurtre est déjà là avant même de s’accomplir comme acte particulier: il est négation de l’autre homme en tant qu’il suscite ou mérite considération, en tant qu’il marque un espace sacré dont je serais, précisément, le gardien.
L’homme, est-il d’usage de dire, est à l’image de Dieu en ce qu’il est libre. Faire ce qu’il fait, oui, il le fait de son plein gré, sans être contraint ni forcé : que ce soit le bien ou le mal. Et c’est précisément pour cette raison, du reste, que le bien est bien et que le mal est mal. Si l’homme faisait l’un ou l’autre dans la contrainte, ces derniers n’auraient pas le sens qu’ils ont. Toutefois, on voit bien que le choix de Caïn de ne plus se considérer comme le “ gardien ” de son frère, et donc de n’être plus que le gardien de lui-même, n’est pas sans incidence sur son statut d’être créé à la ressemblance de Dieu. Disons que si son statut d’image de Dieu devait être maintenu, alors il faudrait préciser que cette image est ternie : elle a perdu son éclat. En fait, la sainteté de l’homme réside à la fois en ce qu’il est libre et en ce que c’est en toute liberté qu’il ne souffre pas moins du malheur qui arrive à son frère que de celui qu’il subit lui-même, et qu’il ne se réjouit pas moins non plus du bonheur qui échoit à son frère que de celui qu’il reçoit pour son propre compte.
C’est de cette façon-là que l’image qu’il représente est une image qui porte de l’éclat et qui, véritablement, renvoie à ce dont elle est l’image.
Caïn incarne donc une forme de liberté qui, tout en éloignant l’homme de l’image de Dieu, n’en présente pas moins l’apparence d’une liberté plus libre : “Suis-je le gardien de mon frère?” ! Toutefois, cette liberté s’épuise dans son affirmation, dans son insurrection, tandis que la liberté qui dit oui et qui repousse la formule de Caïn, “Suis-je le gardien de mon frère ?”, cette liberté-là est une liberté créatrice : elle participe de l’acte de création du monde par Dieu. Parce qu’elle en supporte l’unité, avec Dieu, dans son amitié en quelque sorte.
La liberté de Caïn est donc une liberté plus claironnante et plus ostentatoire : elle se confond avec sa propre “publicité”. Mais en un sens, elle n’est que l’envers d’une solitude qui s’approfondit, d’une coupure avec le monde qui se durcit. Car tel est le lot de celui pour qui la présence de l’autre n’est pas un motif suffisant pour retenir son bras meurtrier, si “mental” que fût ce bras : il vit désormais reclus dans la citadelle de son propre ego.
Bien sûr, cette liberté se donne cependant les moyens d’atténuer son malheur. Elle peut même, dans un esprit de revanche contre son destin, se donner à elle-même ses bonheurs artificiels, et puiser dans une solidarité des “descendants” de Caïn afin d’organiser à large échelle un bonheur qui, lui aussi, se fixe comme mesure de sa réalité son degré d’exposition, d’ostentation. Plus que cela, cette liberté se crée ses Babels, avec ses tours qui grimpent au ciel et ses divertissements du jour et de la nuit : villes où l’homme goûte, dans une existence atomisée, à la saveur d’un bonheur où non seulement Dieu n’est pas présent, mais où il ne doit pas l’être, car il est synonyme de “fin de partie”...
Toute société qui cherche à se donner à elle-même ses propres fondations se tourne vers la question de la liberté humaine. Et, sans avoir à chercher loin, s’impose à elle l’alternative des deux formes de liberté : celle du bien ou celle de Caïn, celle d’Abel ou celle de Babel. Toutefois, il ne s’agit pas d’être contre Babel pour avoir fait le bon choix. Car il y a ceux qui, pour refuser la liberté de Caïn, immolent la liberté tout court. Ils n’ont pas tué un homme, mais ils ont tué ce qui fait de chaque homme un homme. C’est leur meurtre à eux, auquel ils ajoutent celui de la sainteté dans sa vérité... C’est en effet tuer cette vérité que de donner de la sainteté une image caricaturée et hideuse, tout en servile et obséquieuse soumission, et de laisser entendre que Dieu est à l’image de cela. Où est l’impiété ?
Le vrai culte de toute grande religion célèbre en l’homme sa liberté, qui n’est certes pas sa sainteté mais sans laquelle il n’est pas pour l’homme de sainteté possible : il est temps que cette célébration prenne sa pleine mesure, afin que Caïn ne puisse pas crier à la foule : pour la liberté, venez donc voir par ici !
Auteur : Raouf SEDDIK
Ajouté le : 11-11-2011
Editorial / Rôle du journaliste et rôle de l’Etat
L’EVOLUTION du secteur des médias va se jouer dans les années à venir en fonction de deux paramètres fondamentaux: la recherche d’une relation saine entre le monde de l’argent et les entreprises de presse d’une part et, d’autre part, la capacité des journalistes, par-delà l’affirmation de leur liberté d’expression, à s’organiser et à prendre en main leur destinée éditoriale dans une logique de responsabilité partagée... Responsabilité qui tienne compte à son tour d’un ensemble d’exigences : le devoir d’informer selon la vérité, bien sûr, mais aussi le respect des attentes d’un public constitué et la prise en compte des opportunités comme des difficultés économiques qui peuvent survenir pour l’entreprise employeuse.
S’agissant du second paramètre, il ressort clairement de la responsabilité de la profession des journalistes, laquelle profession doit veiller à ne pas laisser s’installer dans ses rangs, en douceur, ce même besoin paresseux de tutelle idéologique et politique qui a caractérisé l’exercice du métier pendant de longues années. Le rappel est utile ici car la configuration du pouvoir issu des élections du 23 octobre dernier est telle qu’elle se prête à certaines tentatives de la part des nostalgiques du modèle dictatorial, toutes catégories confondues, visant à reconduire, plus ou moins consciemment, les réflexes de l’allégeance et du service rendu aux puissants... Mais la profession parviendra d’autant mieux à s’acquitter de cette mission de vigilance qu’elle aura su initier ou encourager des projets de structuration autonome des journalistes autour d’une réflexion sur les questions de la déontologie et de la ligne éditoriale. Le rôle est donc à la fois de vigilance et d’accompagnement en vue de nouveaux modèles de gestion de la liberté d’expression.
Quant au premier paramètre relatif à la relation saine entre l’argent et les médias, si la profession a très certainement un rôle à jouer, elle ne saurait le faire seule. Il n’y a d’ailleurs aucune gêne à considérer que la présence de l’Etat, de ce point de vue, est pleinement attendue.
Nous voyons très bien à quelles dérives peut mener une situation où la puissance de l’argent soumet à son ordre le travail des médias. Ce qui se passe dans nombre de pays avancés en donne une illustration éloquente. Les journalistes, c’est vrai, ne sont jamais obligés de se livrer à la loi de l’argent et, en ce sens, ils n’ont pas raison de s’abriter derrière l’argument de cette puissance pour excuser leurs écarts éventuels. Mais il convient de veiller aussi à ce que cette pression de l’argent ne les pousse pas à la faute au fil des jours, en les éloignant continuellement des préoccupations qui ont trait à la qualité de l’information. Or cela requiert un cadre juridique approprié et des structures qui jouent le rôle de garde-fous. Les avons-nous ?
Ajouté le : 11-11-2011
S’agissant du second paramètre, il ressort clairement de la responsabilité de la profession des journalistes, laquelle profession doit veiller à ne pas laisser s’installer dans ses rangs, en douceur, ce même besoin paresseux de tutelle idéologique et politique qui a caractérisé l’exercice du métier pendant de longues années. Le rappel est utile ici car la configuration du pouvoir issu des élections du 23 octobre dernier est telle qu’elle se prête à certaines tentatives de la part des nostalgiques du modèle dictatorial, toutes catégories confondues, visant à reconduire, plus ou moins consciemment, les réflexes de l’allégeance et du service rendu aux puissants... Mais la profession parviendra d’autant mieux à s’acquitter de cette mission de vigilance qu’elle aura su initier ou encourager des projets de structuration autonome des journalistes autour d’une réflexion sur les questions de la déontologie et de la ligne éditoriale. Le rôle est donc à la fois de vigilance et d’accompagnement en vue de nouveaux modèles de gestion de la liberté d’expression.
Quant au premier paramètre relatif à la relation saine entre l’argent et les médias, si la profession a très certainement un rôle à jouer, elle ne saurait le faire seule. Il n’y a d’ailleurs aucune gêne à considérer que la présence de l’Etat, de ce point de vue, est pleinement attendue.
Nous voyons très bien à quelles dérives peut mener une situation où la puissance de l’argent soumet à son ordre le travail des médias. Ce qui se passe dans nombre de pays avancés en donne une illustration éloquente. Les journalistes, c’est vrai, ne sont jamais obligés de se livrer à la loi de l’argent et, en ce sens, ils n’ont pas raison de s’abriter derrière l’argument de cette puissance pour excuser leurs écarts éventuels. Mais il convient de veiller aussi à ce que cette pression de l’argent ne les pousse pas à la faute au fil des jours, en les éloignant continuellement des préoccupations qui ont trait à la qualité de l’information. Or cela requiert un cadre juridique approprié et des structures qui jouent le rôle de garde-fous. Les avons-nous ?
Ajouté le : 11-11-2011
mardi 8 novembre 2011
Editorial / Partenariat médiatique
PRES de dix mois après la révolution, et quelques jours après un test électoral globalement réussi, la transition démocratique demeure sur la bonne voie, malgré des craintes sur la volonté des acteurs politiques de poursuivre franchement sur la voie tracée... Une vigilance qui est de mise, somme toute, après quelques rendez-vous manqués du pays avec l’aventure démocratique au cours du passé... Mais une vigilance qui ne doit pas proscrire l’optimisme ni interdire d’accorder le bénéfice de la bonne foi à ceux qui assurent qu’ils n’ont pas d’autre projet que de renforcer le jeu démocratique exigé par la révolution.
Toutefois, il est un domaine, stratégique, où non seulement il convient de rester vigilant mais où il s’agit de poursuivre la consolidation de l’édifice, jour après jour. Ce domaine est celui des médias, où les reculs peuvent survenir d’un moment à l’autre, parfois sous couvert même de progrès. On l’a bien vu lorsque certains organes de presse, trop pressés de faire bonne figure en matière d’attitude critique à l’égard des acteurs politiques, ont adopté des comportements qui nuisaient au devoir de neutralité et qui, sans qu’ils s’en rendent compte, portaient atteinte à leur indépendance. D’autres, échaudés par tel rapport récent dont les analyses n’auront pas brillé par leur sens du discernement face aux différentes rubriques et leur esprit particulier, sont peut-être tentés par des attitudes de repli qui ne sont pas non plus la solution...
Bref, l’effort n’est pas à relâcher afin d’ancrer une tradition de défense de la liberté d’expression qui ne soit pas simplement la réponse complaisante à une exigence venue de l’extérieur, mais véritablement l’œuvre collective et passionnante d’un corps de métier qui prend goût à la fois au plein exercice de son travail, sans entraves, et à la responsabilité politique et citoyenne qui est la sienne, surtout en cette phase délicate de notre devenir démocratique.
C’est dans la conscience de l’opportunité à saisir et de l’initiative à préserver que cette œuvre doit être conduite sans relâche, malgré les fautes commises. Et c’est dans cet esprit d’indépendance jalousement gardée autour d’une expérience de liberté qui n’a elle-même de sens que si nous y jouons entièrement le rôle des acteurs principaux que des moments de partage peuvent et doivent d’ailleurs se créer avec d’autres journalistes venus de pays qui ont pu connaître des passages brutaux vers une gestion plus libre de l’information.
C’était le cas récemment avec l’organisation d’un workshop qui a permis de faire connaissance avec l’expérience tchèque. Jusqu’à la révolution de velours, qui a marqué la fin de la dictature communiste dans ce pays, le journalisme était aux ordres, voué à un travail de propagande, que les médias tunisiens ont bien connu, surtout ceux du secteur public. La façon dont les journalistes tchèques ont troqué leurs anciennes habitudes pour de nouvelles, et selon quelles méthodes et quelles trouvailles, tout cela est très certainement une source d’inspiration précieuse.
Ajouté le : 08-11-2011
Toutefois, il est un domaine, stratégique, où non seulement il convient de rester vigilant mais où il s’agit de poursuivre la consolidation de l’édifice, jour après jour. Ce domaine est celui des médias, où les reculs peuvent survenir d’un moment à l’autre, parfois sous couvert même de progrès. On l’a bien vu lorsque certains organes de presse, trop pressés de faire bonne figure en matière d’attitude critique à l’égard des acteurs politiques, ont adopté des comportements qui nuisaient au devoir de neutralité et qui, sans qu’ils s’en rendent compte, portaient atteinte à leur indépendance. D’autres, échaudés par tel rapport récent dont les analyses n’auront pas brillé par leur sens du discernement face aux différentes rubriques et leur esprit particulier, sont peut-être tentés par des attitudes de repli qui ne sont pas non plus la solution...
Bref, l’effort n’est pas à relâcher afin d’ancrer une tradition de défense de la liberté d’expression qui ne soit pas simplement la réponse complaisante à une exigence venue de l’extérieur, mais véritablement l’œuvre collective et passionnante d’un corps de métier qui prend goût à la fois au plein exercice de son travail, sans entraves, et à la responsabilité politique et citoyenne qui est la sienne, surtout en cette phase délicate de notre devenir démocratique.
C’est dans la conscience de l’opportunité à saisir et de l’initiative à préserver que cette œuvre doit être conduite sans relâche, malgré les fautes commises. Et c’est dans cet esprit d’indépendance jalousement gardée autour d’une expérience de liberté qui n’a elle-même de sens que si nous y jouons entièrement le rôle des acteurs principaux que des moments de partage peuvent et doivent d’ailleurs se créer avec d’autres journalistes venus de pays qui ont pu connaître des passages brutaux vers une gestion plus libre de l’information.
C’était le cas récemment avec l’organisation d’un workshop qui a permis de faire connaissance avec l’expérience tchèque. Jusqu’à la révolution de velours, qui a marqué la fin de la dictature communiste dans ce pays, le journalisme était aux ordres, voué à un travail de propagande, que les médias tunisiens ont bien connu, surtout ceux du secteur public. La façon dont les journalistes tchèques ont troqué leurs anciennes habitudes pour de nouvelles, et selon quelles méthodes et quelles trouvailles, tout cela est très certainement une source d’inspiration précieuse.
Ajouté le : 08-11-2011
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