vendredi 11 novembre 2011

Editorial / Rôle du journaliste et rôle de l’Etat

L’EVOLUTION du secteur des médias va se jouer dans les années à venir en fonction de deux paramètres fondamentaux: la recherche d’une relation saine entre le monde de l’argent et les entreprises de presse d’une part et, d’autre part, la capacité des journalistes, par-delà l’affirmation de leur liberté d’expression, à s’organiser et à prendre en main leur destinée éditoriale dans une logique de responsabilité partagée... Responsabilité qui tienne compte à son tour d’un ensemble d’exigences : le devoir d’informer selon la vérité, bien sûr, mais aussi le respect des attentes d’un public constitué et la prise en compte des opportunités comme des difficultés économiques qui peuvent survenir pour l’entreprise employeuse.
S’agissant du second paramètre, il ressort clairement de la responsabilité de la profession des journalistes, laquelle profession doit veiller à ne pas laisser s’installer dans ses rangs, en douceur, ce même besoin paresseux de tutelle idéologique et politique qui a caractérisé l’exercice du métier pendant de longues années. Le rappel est utile ici car la configuration du pouvoir issu des élections du 23 octobre dernier est telle qu’elle se prête à certaines tentatives de la part des nostalgiques du modèle dictatorial, toutes catégories confondues, visant à reconduire, plus ou moins consciemment, les réflexes de l’allégeance et du service rendu aux puissants... Mais la profession parviendra d’autant mieux à s’acquitter de cette mission de vigilance qu’elle aura su initier ou encourager des projets de structuration autonome des journalistes autour d’une réflexion sur les questions de la déontologie et de la ligne éditoriale. Le rôle est donc à la fois de vigilance et d’accompagnement en vue de nouveaux modèles de gestion de la liberté d’expression.
Quant au premier paramètre relatif à la relation saine entre l’argent et les médias, si la profession a très certainement un rôle à jouer, elle ne saurait le faire seule. Il n’y a d’ailleurs aucune gêne à considérer que la présence de l’Etat, de ce point de vue, est pleinement attendue.
Nous voyons très bien à quelles dérives peut mener une situation où la puissance de l’argent soumet à son ordre le travail des médias. Ce qui se passe dans nombre de pays avancés en donne une illustration éloquente. Les journalistes, c’est vrai, ne sont jamais obligés de se livrer à la loi de l’argent et, en ce sens, ils n’ont pas raison de s’abriter derrière l’argument de cette puissance pour excuser leurs écarts éventuels. Mais il convient de veiller aussi à ce que cette pression de l’argent ne les pousse pas à la faute au fil des jours, en les éloignant continuellement des préoccupations qui ont trait à la qualité de l’information. Or cela requiert un cadre juridique approprié et des structures qui jouent le rôle de garde-fous. Les avons-nous ?
Ajouté le : 11-11-2011

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