mardi 26 juillet 2011

Editorial / Le geste attendu

Première fête de la République à être célébrée sans être soumise à la grande comédie de celui qui, pendant de longues années, en a piétiné les principes tout en prétendant y rester fidèle, la journée d’hier intervient aussi à un moment crucial de cette période de transition que nous traversons et qui doit bientôt nous mener aux élections d’une Assemblée constituante.
Pourquoi crucial ? Parce que le peuple tunisien, qui a fait la révolution, qui s’est débarrassé de la dictature et qui a ouvert la voie à ce que d’aucuns ont appelé le «Printemps arabe», se trouve aujourd’hui à un moment où il a à valider son propre choix en faveur de la liberté. Il doit faire cela en allant massivement s’inscrire pour participer aux élections. En le faisant, il marque sa disposition à investir le projet démocratique, par-delà le jeu des partis politiques et de leurs affrontements : il déclare sa disposition à faire que, demain, le gouvernement du pays ne soit plus exercé en dehors de l’expression de sa volonté. Ce message est attendu. Il l’est par l’histoire et il l’est par le monde qui nous regarde… Et c’est sans doute parce que ce geste est un geste lourd d’enjeux qu’il y a chez nous comme une hésitation à l’accomplir. C’est bien le lot de tout acte qui porte en lui la gravité du destin que de ne pas être accompli facilement et prestement. Pour autant, il faut qu’il soit accompli et nous devons veiller à ce qu’il le soit. D’abord parce que ce geste est de nature à nous donner pleine confiance en nous-mêmes et en notre capacité à construire demain notre démocratie, cette première démocratie en terre arabo-musulmane qui, assurément, nous fait assumer la responsabilité d’une innovation politique d’importance mondiale. Ensuite parce que, et nous le savons bien, nous ne pouvons plus faire marche arrière. Il faut donc aller résolument de l’avant, et nous donner la chance de sortir de cette période transitoire avec un nouveau pouvoir, doté d’une forte légitimité conférée par les urnes, susceptible de nous engager d’ores et déjà sur la voie de la reconstruction en s’appuyant sur une large assise populaire.
La fête de la République, que nous avons célébrée hier, n’a pas ressemblé aux précédentes. Elle est à nouveau ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : celle du peuple ! Puisse-t-elle avoir réveillé chez nos concitoyens cette voix intérieure qui s’exprima dans les grandes heures de notre histoire, à chaque fois que, dans un sursaut, il conquit pour lui et pour ceux qui viennent après un nouveau territoire de liberté. Puisse-t-elle faire que nos concitoyens n’aient plus d’autre pensée que de s’inscrire et de veiller à ce que leurs proches et leurs amis le fassent aussi.

Ajouté le : 26-07-2011