Qu’en est-il de l'interdiction de la publicité politique ? Interdiction qui, si l'on en croit le texte de référence, devrait même concerner l'information relative aux programmes des différents partis. Le moins que l'on puisse dire est que, quelle que soit l'utilité de cette période de "silence" médiatique et publicitaire qu'on a prévue, elle n'a pas été correctement expliquée et, de ce fait, les gens se sentent peu concernés aussi bien par son application que par les infractions qui la mettent quotidiennement à mal.
Le défi lancé par le Parti démocratique progressiste le jour même de l'entrée en vigueur de l'interdiction, annonçant qu'il ne la respecterait pas et la déclarant même illégale, démontre que le dispositif juridique est faible. La vérité est que cette interruption de l'activité publicitaire relève davantage d'un code de bonne conduite. Les parades qui ont été conçues et annoncées à la presse par l'Instance supérieure indépendante pour les élections au début indiquent qu'on est bien dans ce cas de figure. En effet, ce qui a été dit, sur ces mêmes colonnes, c'est que les Tunisiens seraient pris à témoin en cas d'infraction... Si l'affaire était essentiellement juridique, il faudrait laisser parler la justice, et ne pas s'autoriser d'ameuter l'opinion avant que les tribunaux n'aient dit leur mot. Car alors celui qui a pris la responsabilité de dénoncer s'exposerait à son tour à des poursuites, au motif qu'il aurait porté atteinte à l'image d'un parti dans l'exercice de son droit à se faire connaître. Bref, on ne peut se tourner en même temps vers le tribunal de l'opinion et vers celui des magistrats.
Toute cette affaire n'aurait pas pris cette tournure si, en amont, ce code de conduite entre les partis avait été expliqué au grand public. Quelles sont les conditions de l'équité entre des partis qui ont passé de longues années de résistance à la dictature et d'autres qui viennent à peine de naître, entre ceux qui ont des idées lumineuses pour transformer le pays en accord avec les attentes de la révolution mais peu de moyens à leur disposition et d'autres qui ont de gros moyens mais, pour tout projet, un formidable appétit de pouvoir ? Entre ceux qui arrivent avec la virginité de leurs belles intentions et les autres qui ont derrière eux une expérience du pouvoir mais aussi une expérience de ses pratiques douteuses ? Voilà le débat à côté duquel nous sommes passés, il faut l'avouer. Si un large consensus avait été obtenu autour de ces questions, le public se serait senti partie prenante dans la mise en place d'un dispositif qui garantisse une participation équitable de tous. Mais outre que rien de tout cela ne s'est passé, la décision d'imposer un silence général à tout le monde, à une date fixée en fonction de critères qu'on ignore, a toutes les chances de donner un sentiment d'arbitraire. Et ce qui est arbitraire ne suscite pas l'adhésion.
Auteur : Raouf SEDDIK
Ajouté le : 17-09-2011
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