jeudi 21 juillet 2011

Editorial / Le pari nécessaire d’une information libre

Tout porte à croire que nous abordons actuellement une zone de turbulences qui met à rude épreuve ceux qui ont à manier le gouvernail en cette période transitoire entre la dictature de Ben Ali et l’ère de la démocratie que nous avons à construire. Les forces antirévolutionnaires organisent leurs alliances spontanées et contre-nature et, toutes ensemble, elles essaient d’enrayer le mécanisme de transition. Il s’agit de rester concentrés sur l’objectif, de ne pas se laisser détourner du but, ni de tomber dans le piège des actions de diversion par lesquelles on tente de nous entraîner hors de notre propos.
A vrai dire, on peut comprendre d’ailleurs une certaine crispation du gouvernement en ce moment précis, qui est critique et qui se caractérise, c’est clair, par une tentation de violence, qu’elle soit physique ou morale. Nous avons observé cette crispation au niveau de la gestion du dernier sit-in de la Kasbah par les forces de l’ordre et nous l’observons à d’autres niveaux, y compris celui de l’information.
Bien sûr, il ne s’agit pas de prendre prétexte de cette attitude pour crier, comme certains, au retour de la dictature. Le fameux « Rien n’a changé ! » relève plus d’une certaine paresse de la pensée que d’autre chose. Les amateurs de ce genre de raccourcis oublient que le raidissement sécuritaire et le recul qu’on observe au niveau de l’information officielle a pour but de préserver des conditions qui, elles, n’ont pas d’autres raisons que de nous permettre d’arriver à bon port à l’échéance du 23 octobre. Cet élément change la donne du tout au tout.
Car, disons-le, il semble bien que l’on assiste à un retour de la politique de rétention de l’information au niveau des ministères et de leurs attachés de presse. Cela peut sans doute être motivé par le fait que des confrères ne font pas le meilleur usage de l’information disponible et que, pour être clair, celle-ci est utilisée par eux de telle sorte que le feu s’en trouve attisé sur le terrain. Il convient pourtant de rappeler deux principes qui ont toute leur importance en cette phase présente : le premier est que la rétention systématique est une réponse contre-productive, surtout à l’heure où la rumeur dispose désormais de relais très puissants. Le second principe est que la transition a ses propres exigences de cohérence et de vérité et que, même si les circonstances dictent de ne pas « lâcher » l’information aisément, cela ne doit pas aller jusqu’à contredire l’idéal de liberté qu’on est censés servir… Si on fait cela, on glisse sans le savoir dans le camp de ceux qui ajoutent à la suspicion autour du projet issu du 14 janvier 2011.
Le 21-07-2011

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