jeudi 24 mars 2011

Editorial Journalisme : l’avantage d’une veille interne

Les médias ont un rôle éminent à jouer en cette période particulière de notre histoire. Mais il est bon d’avoir l’honnêteté et la modestie d’avouer que ce rôle, ils ne le maîtrisent pas tout à fait. Comment le pourraient-ils, alors qu’ils subissaient encore, il y a à peine quelques semaines, l’ordre d’une tutelle sans faille, où la liberté du propos et du ton relevait soit de l’écart maîtrisé, soit d’une sorte de trompe-l’œil. Or il s’agit aujourd’hui de rendre compte d’une parole qui jaillit de partout et qui crée souvent l’événement !
Les journalistes sont souvent aux abois, cherchant à répercuter à l’adresse de leurs lecteurs, de leurs auditeurs ou de leurs téléspectateurs ce qui leur paraît important, mais voyant bien que bien des choses leur passent sous le nez… A-t-on assez parlé de la réalité qui prévaut au cœur de nos régions, celles dont est partie la révolution, mais aussi les autres ? Avons-nous été à la hauteur de cet événement formidable qu’a constitué la mobilisation citoyenne autour de la situation humanitaire à la frontière libyenne dans notre façon d’en rendre compte à nos compatriotes ? Et, d’un autre côté, face aux enjeux qui sont ceux des transformations profondes que connaît notre pays, sommes-nous sûrs d’avoir toujours su saisir l’essentiel ? N’est-il pas vrai que, cédant à des réflexes inopportuns, nous nous sommes souvent laissé aller au sensationnel et à l’anecdotique ? Heureusement, la flamme de la révolution, toujours vivante dans les esprits, a servi de rappel pour nous ressaisir. Mais elle ne nous a malheureusement pas prémunis contre le risque de retomber l’instant d’après dans certains errements nouveaux.
Face aux échéances qui se profilent, aux grands rendez-vous politiques, cette improvisation doit pourtant se muer en une approche méthodique et assurée, qui soit capable non seulement de respecter les équilibres de la vie démocratique naissante, mais aussi de l’accompagner et de la favoriser dans son développement. Dans cette optique, on avait salué il y a quelque temps la naissance d’une instance dont la mission est de servir de garde-fou par rapport à d’éventuelles dérives médiatiques. Mais, non moins importante peut-être est cette structure créée au sein du Syndicat national des journalistes tunisiens grâce à laquelle la profession entend assurer pour son propre compte une veille en ce qui concerne la bonne tenue du travail journalistique. On est en droit de placer de grandes espérances dans cet observatoire de la déontologie, dans la mesure où le journaliste tunisien manifeste à travers cette structure sa volonté de ne pas laisser à autrui le soin de lui dire quand il s’acquitte correctement de sa mission et quand ce n’est pas le cas. Pourquoi de grandes espérances ? Parce qu’un tel souci d'autonomie dans l'action de veille est le signe que cette mission sera, à l’avenir, considérablement mieux respectée dans ses exigences.
Ajouté le : 24-03-2011

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