jeudi 17 mars 2011

Editorial Partis : l’ordre de la libre création

Le projet de loi qui est actuellement en préparation au sein de la sous-commission des libertés relevant de l'Instance supérieure pour la réalisation des objectifs de la Révolution, la réforme politique et la transition démocratique est sans aucun doute un texte qui va renforcer une tendance existante et qui a déjà suscité certaines inquiétudes. On veut parler de la tendance en vertu de laquelle nous avons vu le nombre de partis déclarés connaître une formidable augmentation. En effet, le projet de loi en question tend à simplifier énormément la procédure de création d’un parti politique, puisqu’il suffit désormais d’informer après coup les autorités compétentes qu’un parti a été créé. Cela représente, on le voit, une rupture considérable avec l’ordre qui prévalait dans l’ancien régime, où pareille procédure était aussi laborieuse que hasardeuse, pour ne pas dire vouée d’emblée à l’échec.
La rançon de cette liberté de se regrouper en partis, c’est le foisonnement des formations, dont on se demande à ce stade si beaucoup d’entre elles ne sont pas des clones dont seul l’intitulé diffère : elles sont généralement démocrates, appelant à la justice et à l’équité, à la liberté également ainsi qu’au développement…
Mais ce phénomène de prolifération ne doit pas inquiéter outre mesure. On peut faire le pari que, passée cette phase, les différentes formations vont se soucier de faire des alliances pour augmenter leur poids sur la scène politique et que cela pourrait se traduire en fin de compte par des opérations de fusion qui auraient l’effet inverse de ce à quoi nous assistons en ce moment : elles réduiraient le nombre des formations et le stabiliseraient dans le cadre d’un équilibre qui serait le profil de notre paysage politique futur.
Il convient cependant de relever que si l’autorisation de l’administration compétente est une autorisation a posteriori, elle n’est pas tout à fait une formalité creuse. Il y a, si l’on en croit les déclarations rapportées par le président de la sous-commission, des critères à respecter, qui sont les mêmes pour tous. On évoque en particulier la non-discrimination entre les citoyens, la primauté de la loi, la transparence et la séparation d’avec l’Etat. Ce qui signifie que quiconque veut créer un parti doit d’emblée se soucier d’être pleinement en accord avec ces exigences.
Le gain incontestable du passage de l’ancien ordre au nouveau c’est le caractère clair de ces critères qui, dès lors qu’ils sont respectés par le citoyen, le mettent en position d’agir sans attendre, dans une quasi-spontanéité. Inutile de rappeler que, dans le passé, les bonnes intentions et la conformité aux exigences citoyennes étaient loin de suffire : il fallait en plus faire preuve de soumission et d’allégeance… Il fallait en fait être capable de renoncer à ses bonnes intentions et à la volonté de servir son pays pour servir les intérêts des maîtres… sans oublier les siens propres.

Ajouté le : 17-03-2011

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