Une des missions fondamentales de la presse, dans ses formes différentes, est d’être au service de la liberté d’expression du peuple. Non pas certes dans ce qu’elle peut avoir d’excessif, mais bien dans ce qu’elle a d’audacieux, de surprenant même par moments. Une presse qui accompagne et qui favorise la libre parole du citoyen, en tant que citoyen, est sans aucun doute ce par quoi la démocratie se dote d’une immunité durable. C’est en effet grâce à une presse consciente de sa mission et soucieuse de s’en acquitter scrupuleusement que le peuple reste détenteur de son pouvoir de dire sa volonté, de ne pas se la faire subtiliser en douce par la sphère du politique et par tous ceux qui s’arrogent, par démagogie et par ambition électoraliste, le droit de parler au nom du peuple et à la place du peuple.
C’est très précisément dans l’attachement à cette mission — être gardienne de la libre parole du peuple — que la presse donne toute sa profondeur à sa revendication d’être elle-même libre. A l’inverse, une presse qui se détourne de sa mission fondamentale et qui s’égare dans ses chemins de traverse, c’est une presse qui voit se rétrécir sa légitimité à occuper le plein espace de sa liberté… C’est une presse qui, sans le savoir et sans le vouloir, se constitue finalement mais très certainement en proie facile pour tous ceux dont les desseins veulent une presse muselée, à la merci de leur bon vouloir et à la solde de leurs intérêts.
Il est bon de rappeler ce que la presse en Tunisie a eu à subir de la part de la dictature et de ses agents zélés jusqu’au 14 janvier dernier. Il est bon de rappeler les moyens souvent subtils, à peine perceptibles de l’extérieur, à travers lesquels cette même dictature parvenait à empêcher que la parole puisse être donnée au peuple. Et tout ce jeu de simulacre grâce à quoi, même quand le peuple parlait, c’était malgré tout le discours officiel qui récupérait le propos à son profit, réduisant le citoyen à n’être qu’un pantin entre ses mains et sa parole à n’être que l’écho d’un ordre tutélaire toujours triomphant.
Mais il est encore mieux de rappeler, de toujours rappeler que c’est en renonçant à sa mission que la presse fait le lit de toutes les dictatures – idéologiques comme économiques ou politiques. Et que, à l’inverse, aucune dictature, si ancrée soit-elle dans son système sécuritaire et mafieux, ne peut résister à une presse qui, faussant le jeu qu’on lui impose, donne au peuple la parole comme Prométhée donnait le feu aux hommes.
Ajouté le : 03-05-2011
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