lundi 16 mai 2011

Editorial - Le péril de l’islamisme armé

QUEL est le sens de la présence de deux membres d’Al Qaïda sur notre territoire et doit-on supposer que ces deux personnes appréhendées en cachent d’autres qui demeurent en liberté et qui pourraient s’apprêter à entreprendre telle ou telle action contre la sécurité de la Tunisie ? L’arrestation de ces deux individus par des unités de la Garde nationale et de la Sécurité nationale, avec la complicité remarquée et appréciée de la population locale de la zone de Douar Nekrif, dans la délégation de Remada, pose en tout cas le problème du positionnement des réseaux islamistes armés par rapport à l’évolution politique de notre pays, sur le moyen et long termes.
Il est pour ainsi dire acquis que la transition démocratique, même si elle peut faire demain une place à des formations qui se réclament ouvertement de l’héritage musulman, n’est pas exactement ce qui correspond au « rêve » de cette mouvance extrémiste. La raison à cela est que cette pensée salafiste repose sur le principe de la négation de la volonté humaine face à la volonté divine, l’une et l’autre étant perçues comme irréconciliables, alors que nous nous acheminons résolument vers un système politique qui consacre la volonté du peuple comme instance de légitimité et d’autorité. La révolution du 14 janvier dernier porte en elle-même une telle exigence, du reste.
Il est certain aussi que les réseaux islamistes armés se sont développés au fil des années et ont été forgés dans leur mode de fonctionnement par rapport à un contexte qui est celui d’une prédominance, au sein du monde arabe et musulman, de régimes politiques dictatoriaux. La transformation progressive du paysage politique va sans doute modifier certaines données dans la rhétorique et dans la conception de la «stratégie de conquête», mais il serait illusoire de penser que ces réseaux vont désarmer. S’adapter au contexte nouveau, oui, renoncer au combat, non.
Il importe de toute façon que nous gardions à l’esprit ce danger, qui est plus généralement celui de toute idéologie antidémocratique qui cherche à réquisitionner l’autorité du sacré pour en faire le point d’appui de ses attaques et pour rétablir un pouvoir par rapport auquel le citoyen n’a plus voix au chapitre et doit seulement se soumettre. C’est un péril qui, même s’il demeure mineur aujourd’hui – mais peut-on le dire avec certitude ? – peut devenir plus important demain et constituer un front supplémentaire pour tous ceux qui ont vraiment à cœur de protéger la révolution et qui n’hésitent pas à s’engager afin de la défendre.
Ajouté le : 16-05-2011

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