lundi 9 mai 2011

Editorial - Une réponse, un message

Le Premier ministre s’est exprimé hier sur trois chaînes de télévision ainsi que sur les ondes radiophoniques : intervention très attendue au vu des graves développements qu’a connus le pays à la suite des déclarations de l’ancien ministre de l’Intérieur, M. Farhat Rajhi. S’il a été convaincant ou pas, et dans quelle mesure : la question aurait sans doute un sens dans un autre contexte. Face à la menace qui pèse sur le pays, elle a en effet quelque chose d’incongru, de déplacé. Nous ne sommes pas dans une situation où on aurait à prendre parti pour tel personnage contre tel autre dans une joute oratoire, comme si les enjeux étaient ailleurs, hors de notre vie au quotidien et de celles de nos enfants.
C’est un fait cependant que, face à des accusations dont il a fait personnellement l’objet et qui engagent sa crédibilité, M. Béji Caïd Essebsi a, pour ainsi dire, fait résonner sa parole, celle de l’homme politique qui, comme il l’a rappelé, a été engagé dans la construction du pays et de sa souveraineté dès les premières heures de l’indépendance. Chacun jugera en son âme et conscience, c’est vrai, si un homme parvenu à l’âge auquel il est parvenu, et avec le parcours qui est le sien, peut raisonnablement se prêter aux allégations qui le visent et dont on devine aisément qu’elles cherchent à ruiner en lui le statut de l’homme d’Etat. Le Premier ministre ne s’y est d’ailleurs pas trompé : du début à la fin, dans ses déclarations comme dans ses silences, il a cherché à donner de lui-même l’image de l’homme d’Etat, en invitant implicitement le téléspectateur à user de son jugement et de son sens de la comparaison… Implicitement mais aussi explicitement, puisqu’il lancera aussi, sans le moindre détour, sans la moindre circonlocution, mais au contraire sur un ton cru : Farhat Rajhi n’est pas un homme qui a le sens de l’Etat et, ajoutera-t-il en substance, il n’y comprend rien.
Le message qu’il a cherché à délivrer, tout en répondant aux accusations, a eu clairement le souci de dire la chose suivante : non, le gouvernement du pays n’est pas sans chef, il y a bien quelqu’un qui est aux commandes, et ce quelqu’un a une pleine et entière conscience de sa mission… et ce quelqu’un n’est pas de ceux que quiconque pourrait manœuvrer. Ce message, il l’a délivré aussi bien à travers ses propos qu’à travers sa façon de conduire l’échange et de se tenir. De manière à ce que celui qui persisterait à dire que le Premier ministre de la Tunisie est une personne manipulable s’exposerait au risque de passer pour l’un de ces individus qui s’obstinent à soutenir des contre-évidences.
Telle fut en tout cas la démarche. Qu’elle ait bénéficié de l’agrément de tous : on peut aisément parier que non. Mais c’est désormais la règle dans ce cher pays qui est le nôtre : les plébiscites ne sont plus possibles, et à vrai dire ne sont plus souhaitables… Ce qui l’est, c’est l’engagement effectif de chacun pour le bien du pays. Pour cela, oui, nous exigeons encore le plébiscite !
Ajouté le : 09-05-2011

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