LES incidents qui ont eu lieu avant-hier dans une salle de cinéma de la capitale suscitent quelques réflexions qu’il est utile de formuler en cette période transitoire de notre devenir national, où les grands traits de notre identité politique sont encore en train d’être dessinés. Les faits sont connus : la projection d’un film qui exprime à l’évidence le droit du citoyen à vivre au quotidien hors de la croyance musulmane provoque la colère de certains musulmans qui, considérant que ce film est injurieux envers l’Islam, ont décidé non seulement d’empêcher sa projection, mais aussi de saccager les lieux et de terroriser le public.
Première remarque : l’ampleur de la réaction au sein de la société civile et des partis politiques face à de tels agissements exprime l’attachement de la population tunisienne d’abord au principe de la liberté d’expression, en particulier dans le domaine de l’art et, ensuite, à celui de la primauté de la loi et au refus de la violence comme méthode de manifester ses désaccords.
Seconde remarque : il existe chez nous des individus pour qui la pratique de la foi trouve encore dans la défense de la religion contre les offenses, réelles ou supposées, dont celle-ci serait l’objet, une occasion éminemment privilégiée pour exprimer son dévouement. Il s’agit d’un mode militant et guerrier, qui se perpétue au mépris et au détriment d’une pratique quotidienne qui consiste à servir la communauté en la réconciliant par l’exemple avec la dimension religieuse de l’existence.
Troisième remarque : la mission que se donnent ces individus, qui leur fait croire qu’ils peuvent utiliser les moindres écarts aux normes du sacré pour imposer dans la société leur ordre par la force et la terreur, est une mission qui ne fait, en fin de compte, que laisser se déclarer plus clairement l’idéal d’une existence politique qui se trouve au cœur de la révolution tunisienne et qui repose sur l’exigence de libre concertation entre les citoyens pour déterminer leur destin commun.
Cela étant dit, on ne saurait considérer que la provocation dans le domaine du religieux puisse être utilisée comme un moyen artificiel afin d’amener la société à réaffirmer ses préférences. Les excès auxquels elle donne lieu de la part des esprits échauffés parmi les salafistes ne veut pas dire que, dans l’absolu, elle représente une option défendable, ni sur le plan artistique ni sur le plan politique. Sa faiblesse est seulement cachée par la nullité de la réaction qu’elle provoque : elle n’en existe pas moins.
Ajouté le : 28-06-2011
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