dimanche 21 août 2011
Editorial / Aide étrangère : le critère de l’opportunité
DEPUIS plus de sept mois que la révolution a eu lieu, nous avons eu l’occasion de recueillir du monde entier un grand nombre de messages de soutien et de sympathie. Les pays les plus prospères de la planète n’ont pas manqué non plus de faire des promesses sonnantes et trébuchantes, voyant bien à quel point la révolution a ébranlé les équilibres de l’appareil économique et suscité des craintes souvent infondées auprès de certains partenaires ou, surtout, des touristes. La situation en Libye n’a rien arrangé bien entendu : au flux des travailleurs tunisiens établis là-bas jusqu’à il y a quelques mois et qui ont dû revenir au pays et augmenter les rangs des chômeurs s’ajoutent le coût d’une mobilisation à la fois humanitaire et militaire dans les zones frontalières du sud et, par ailleurs, la perturbation d’un marché d’exportation traditionnel régulier qui s’est transformé en un marché de contrebande.
Certes, et comme l’a souligné le Premier ministre dans son dernier discours, l’équipe actuellement au pouvoir est là essentiellement pour expédier les affaires courantes. Pas de réformes ni de grands projets, donc, à mettre en œuvre. Ce qui, on peut aisément l’imaginer, est de nature à susciter, non pas l’empressement des bailleurs de fonds mais plutôt la temporisation. De plus, il est certain que l’échéance du 23 octobre est assez cruciale : on peut comprendre que les bonnes volontés de l’étranger aient besoin de s’assurer que les élections vont se dérouler normalement sans donner lieu à une quelconque confusion qui pourrait, d’une façon ou d’une autre, remettre en cause le cheminement entamé en direction d’une démocratie authentique et courageuse.
Toutefois, il est clair que les bonnes conditions de déroulement des élections peuvent elles-mêmes avoir besoin d’un soutien particulier qui, pour cette raison, devrait se manifester sans attendre les élections. On peut rappeler ici que la transition démocratique, si elle comporte des enjeux plus que majeurs pour nous Tunisiens, en comporte aussi pour le monde entier et en particulier pour nos voisins méditerranéens et européens. La réussite de l’expérience tunisienne est de nature à créer une nouvelle donne géostratégique qui ne concerne pas que nos seuls intérêts. En conséquence, le soutien qui pourrait nous être apporté ne relève pas précisément de l’acte de charité — dont nous ne voudrions pas — mais d’un intérêt bien compris et d’une solidarité sur le long terme, dans le respect des positions politiques et culturelles des uns et des autres.
La visite récente du représentant spécial de l’Union européenne pour la région du Sud de la Méditerranée et l’évocation d’un plan de travail en faveur de la Tunisie sont donc une bonne nouvelle. On espère seulement que la mise en application ne souffrira pas de contretemps et que la coopération avec l’Union européenne pourra, en cette période de préparation des élections, se doter pour l’occasion d’une base plus large et plus riche d’initiatives communes.
Ajouté le : 21-08-2011
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