lundi 1 août 2011

Editorial / Le maillon manquant

On peut désormais le dire : la mobilisation en vue des inscriptions sur les listes électorales n’a pas été ce qu’il fallait. On peut considérer que, au jour de la date butoir, ou plutôt ce qui est désormais la première date butoir, seul le cinquième de la population en droit de s’inscrire aura effectué la démarche auprès des municipalités et autres bureaux d’inscription.
Ce manque d’enthousiasme de nos concitoyens, et en particulier des jeunes et des femmes, si l’on en croit les statistiques, n’a bien sûr pas manqué de surprendre. Quelles que soient les interprétations avancées, toutefois, on peut en conclure qu’il y a un hiatus entre la volonté de se débarrasser de la dictature et le désir de s’engager effectivement dans le projet démocratique et de le construire ensemble.
On a reproché ici ou là aux organisateurs de la campagne en faveur de l’inscription un manque de punch. Ou de s’y être pris un peu tard. Un tel reproche pourrait bien être fondé, mais il n’expliquerait pas à lui seul, loin s’en faut, les résultats que nous voyons. Sans compter qu’on aura risqué de se montrer injuste envers une campagne qui n’a rien d’indigne sur le plan de la qualité.
En fait, on ne saurait passer sous silence un élément dont peu de commentateurs parlent, à savoir qu’une sorte de maillon manque à la chaîne du désir démocratique, si l’on peut s’exprimer ainsi. Nous sommes passés rapidement à une logique électoraliste, avec la cristallisation de deux pôles antagoniques, l’un se présentant comme démocratique, l’autre comme religieux. Or ce scénario a suscité plus d’inquiétudes pour l’avenir qu’une réelle envie de construire tous ensemble une réalité politique qui serait le fruit de notre action commune, nous les citoyens tunisiens de modeste condition ou de condition plus aisée, habitants du Nord ou du Sud, attirés par les cultures étrangères ou plus soucieux de soigner celle de nos grands-parents… Bref, nous n’avons pas eu le temps, avant de prendre le chemin du processus démocratique, de faire acte de connaissance entre nous comme partenaires d’un même projet qui nous unit. De sorte que beaucoup d’entre nous ont le sentiment d’y être entraînés presque contre leur gré. Or c’est de cela qu’il s’agit de se préoccuper.
Grâce au report au 14 août, nos concitoyens vont pouvoir prolonger cet engouement tardif pour les bureaux d’inscription, qui ne devait certes pas être coupé dans son élan. Et s’il appartient à tous, aux partis politiques comme à la société civile en particulier, de veiller à accompagner ce mouvement salutaire et de le renforcer, il convient également d’avoir le souci de reconstituer le « maillon manquant », de ranimer le désir de bâtir tous ensemble… En sorte que l’on n’aura pas seulement gagné des chiffres : on aura gagné ce qui est bien plus essentiel, à savoir le désir de démocratie.

Ajouté le : 01-08-2011

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