jeudi 1 septembre 2011
Editorial / Le peuple, gardien de la mesure
C’EST ainsi depuis que le mois de Ramadan s’est rapproché de l’été : à l’épreuve du jeûne, qui se fait plus éprouvante, s’ajoute celle du porte-monnaie, qui fait face à un chevauchement d’échéances. Les dépenses des vacances se mêlent alors à celles des repas fastueux de Ramadan, puis à celles des achats de l’Aïd, qui ne sont pas minimes et, pour clore le tout, arrive la rentrée qui achève d’épuiser les réserves. Il faut sans doute toute une acrobatie financière pour un très grand nombre de ménages afin de tirer son épingle du jeu. D’autant plus que, cette année, le contexte post-révolutionnaire n’a pas été un facteur favorable. Beaucoup de commerçants ont tenté de forcer la note sur les ardoises. Les premiers jours du mois de Ramadan ont donné le tournis aux consommateurs et, à l’approche de l’Aïd, le même phénomène a été observé. Un certain opportunisme malvenu est à pointer du doigt de la part des commerçants, à qui il n’a pas échappé que le contrôle sur les prix pouvait être moins sévère que d’habitude, qu’un certain relâchement général était la règle, ou encore que des structures comme l’Organisation de défense du consommateur n’étaient pas tout à fait opérationnelles.
Tout le monde a constaté les dérapages inflationnistes. Même l’administration, qui a pu être tentée de les minimiser, ne les a pas niés. Mais la nouveauté, c’est que les médias, pour la première fois, se sont fait l’écho à la fois du phénomène et, surtout, du mécontentement des gens. Tant et si bien que les commerçants ont fini par faire machine arrière. Les plus audacieux ont été conspués et rappelés à l’ordre et l’on a finalement assisté à un certain retour à la normale. Ce qui signifie que, là comme ailleurs, la logique révolutionnaire a fonctionné et que le peuple lui-même a su faire résonner sa voix et a dit "dégage" aux excès, même si ce "dégage" n’a pas toujours eu les effets escomptés.
Sans se satisfaire de la situation actuelle et de ses désordres, on ne peut manquer de se féliciter de ce signe de bonne santé, lorsque le peuple ne se laisse plus faire et qu’il hausse le ton lorsqu’il se sent atteint dans son droit et dans sa dignité. Car, il faut bien le dire, les hausses inconsidérées des commerçants ont sur les ménages les plus modestes l’effet de mettre à mal leur capacité à faire face à des échéances incontournables, à des dépenses face auxquelles ils n’ont qu’une faible marge de manœuvre.
Même si beaucoup de concitoyens peuvent réaliser des économies en cette période de Ramadan et d’Aïd, parce que le faste n’est pas une obligation, et même si les dépenses de la rentrée se prêtent elles-mêmes à une vigilance qui permet de ménager un peu ses deniers, il faut qu’ils puissent le faire par choix délibéré et non sous la pression de marchands devenus ivres de gains. On forme donc le vœu que cet éveil révolutionnaire demeure toujours là, sur le plan aussi bien politique qu’économique, et que la dignité du Tunisien reste toujours ce qui détermine la bonne mesure en toutes choses.
Ajouté le : 01-09-2011
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