dimanche 1 avril 2012

Editorial

Les douleurs de la recomposition

On a à peine entamé le travail proprement dit de rédaction de la nouvelle Constitution que, déjà, les uns et les autres, sur la scène politique, se projettent dans l’avenir et pensent aux prochaines élections. Bien sûr, les inconnues ne manquent pas : quel système électoral sera en vigueur le jour J, sera-t-il à un ou à deux tours, et dans le cadre de quel régime, présidentiel ou parlementaire ?  Mais faut-il avoir réponse à toutes ces questions pour commencer à s’organiser, d’autant que nous savons désormais que ces élections auront lieu dans un an ou un peu plus ?
A vrai dire, ce temps n’est pas de trop. La jeune démocratie tunisienne a besoin de se préparer à l’échéance. Elle a besoin de cristalliser des projets politiques et de le faire autour de grands ensembles, loin de cet éparpillement qui fut la règle le 23 octobre dernier, si l’on excepte le parti gagnant qui a sans aucun doute bénéficié de son étiquette islamiste, qui le rendait plus proche et plus familier à toute une portion de la population, plutôt attachée aux traditions.
L’équation est simple : pas de projets politiques capables de fédérer de façon large sans des partis recomposés, capables de mobiliser puissamment... Et, sans projets politiques fédérateurs, pas de démocratie saine, mais seulement des mouvances au discours plus ou moins trouble qui nous ramènent vers l’époque des querelles idéologiques. Par conséquent, la recomposition du paysage politique a valeur d’impératif catégorique, si du moins nous voulons conférer à notre jeune démocratie les attributs de l’immunité et de la bonne santé.
Par-delà les calculs électoraux et le sens de la survie politique, les mouvements d’alliance que nous observons depuis quelque temps sur l’échiquier politique relèvent de ce mot d’ordre, de cet impératif. Mais ce qui est intéressant d’observer, c’est que les stratégies sur le papier ne sont pas toujours suivies sur le terrain. On l’a vu avec ce qu’il est convenu d’appeler l’initiative de M. Béji Caïd Essebsi, qui a donné lieu à un regoupement plutôt imprévu des Destouriens, qui n’entendent peut-être pas se laisser absorber dans un groupe large où ils pourraient perdre... l’initiative ! Il semble qu’un même phénomène soit observé au niveau du rapprochement entre l’ensemble mené par le Parti démocrate progressiste et, d’un autre côté, l’ensemble d’Ettajdid et du Pôle démocratique moderniste...
Il est vrai que ces rapprochements ont un coût, pas seulement pour certaines personnes qui se retrouvent en position de renoncer à leur ancien leadership, mais aussi et surtout pour un héritage politique et une image, qui risquent de perdre leur prestige et leur visibilité d’antan. Plus cet héritage est ancien, plus «l’immolation» est difficile, même si elle est jugée nécessaire !
   
Ajouté le : 01-04-2012

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