Editorial
Privatisation ?
LES déclarations fusent de temps à autre, en provenance du parti majoritaire généralement, ou du moins de l’un ou l’autre de ses représentants : «Des médias publics n’ont pas de place dans un régime démocratique. Ceux qui existent devront être privatisés un jour...», telle est à peu près la teneur de ces déclarations, dont l’écho s’est fait plus nombreux ces tout derniers jours… La dernière en date étant celle de Rached Ghannouchi, président d’Ennahdha, à l’occasion d’une interview accordée à deux quotidiens du Golfe.
De telles déclarations ne manquent pas, bien sûr, de susciter des interrogations. L’Instance nationale pour la réforme de l’information et de la communication a fini par se fendre d’un communiqué sur le sujet où elle dénonce, pour ainsi dire, ce qu’elle qualifie de «menaces»... Il est vrai que le citoyen peut se demander si une attitude pareille ne relève pas d’une forme plus ou moins avouée de représailles contre des médias qui sont jugés par le pouvoir comme peu coopératifs. Si tel est le cas, il faudrait dire que la question de la privatisation des médias publics ne saurait se réduire à une affaire de... règlement de comptes, en définitive.
Mais nous sommes ici dans l’hypothèse. On relèvera toutefois que les reproches qui sont faits aux médias en général dans les couloirs des responsables de l’Etat, selon lesquels on assisterait à un tapage excessif autour des problèmes que connaît le pays et donc à une forme de manquement au principe d’impartialité, sont des reproches qui n’ont tout leur sens que lorsqu’ils sont adressés à des médias publics. Car ce sont ces derniers qui, plus que les autres, sont en position de se sentir engagés vis-à-vis du devoir de service public et de l’obligation de l’intérêt général... On ne peut exiger des médias qu’ils jouent leur rôle citoyen d’information impartiale et, dans le même temps, œuvrer en vue de la suppression des seuls médias dont l’existence n’a pas de sens en dehors de ce rôle : l’attitude dénote une contradiction manifeste.
Mais venons-en à la question de fond, dont on soulignera ici qu’elle n’a pas fait l’objet d’un véritable débat : est-il vrai que l’existence de médias publics est contraire au système démocratique ? L’Instance évoquée rappelle dans son communiqué que les nombreuses expériences de transition démocratique ne plaident pas en faveur de cette thèse, bien au contraire. En outre, il semble même que la logique révolutionnaire requiert qu’une presse publique soit maintenue, car c’est avec elle que doit être érigée la nouvelle norme en matière d’information : l’impartialité à laquelle on lui reproche de manquer, il s’agit bien plutôt de l’amener progressivement à en imposer la loi dans ses pratiques quotidiennes, et cela non pas seulement pour elle-même, pour sa propre crédibilité professionnelle, mais aussi pour la culture citoyenne du pays tout entier... Cette responsabilité est large et suppose un travail de longue haleine : elle ne mérite pas tant les menaces ou les reproches que le soutien et l’accompagnement dans l’effort consenti.
De telles déclarations ne manquent pas, bien sûr, de susciter des interrogations. L’Instance nationale pour la réforme de l’information et de la communication a fini par se fendre d’un communiqué sur le sujet où elle dénonce, pour ainsi dire, ce qu’elle qualifie de «menaces»... Il est vrai que le citoyen peut se demander si une attitude pareille ne relève pas d’une forme plus ou moins avouée de représailles contre des médias qui sont jugés par le pouvoir comme peu coopératifs. Si tel est le cas, il faudrait dire que la question de la privatisation des médias publics ne saurait se réduire à une affaire de... règlement de comptes, en définitive.
Mais nous sommes ici dans l’hypothèse. On relèvera toutefois que les reproches qui sont faits aux médias en général dans les couloirs des responsables de l’Etat, selon lesquels on assisterait à un tapage excessif autour des problèmes que connaît le pays et donc à une forme de manquement au principe d’impartialité, sont des reproches qui n’ont tout leur sens que lorsqu’ils sont adressés à des médias publics. Car ce sont ces derniers qui, plus que les autres, sont en position de se sentir engagés vis-à-vis du devoir de service public et de l’obligation de l’intérêt général... On ne peut exiger des médias qu’ils jouent leur rôle citoyen d’information impartiale et, dans le même temps, œuvrer en vue de la suppression des seuls médias dont l’existence n’a pas de sens en dehors de ce rôle : l’attitude dénote une contradiction manifeste.
Mais venons-en à la question de fond, dont on soulignera ici qu’elle n’a pas fait l’objet d’un véritable débat : est-il vrai que l’existence de médias publics est contraire au système démocratique ? L’Instance évoquée rappelle dans son communiqué que les nombreuses expériences de transition démocratique ne plaident pas en faveur de cette thèse, bien au contraire. En outre, il semble même que la logique révolutionnaire requiert qu’une presse publique soit maintenue, car c’est avec elle que doit être érigée la nouvelle norme en matière d’information : l’impartialité à laquelle on lui reproche de manquer, il s’agit bien plutôt de l’amener progressivement à en imposer la loi dans ses pratiques quotidiennes, et cela non pas seulement pour elle-même, pour sa propre crédibilité professionnelle, mais aussi pour la culture citoyenne du pays tout entier... Cette responsabilité est large et suppose un travail de longue haleine : elle ne mérite pas tant les menaces ou les reproches que le soutien et l’accompagnement dans l’effort consenti.
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