Entretien avec : Maher Hanin, membre du comité exécutif du Parti républicain
De la loi démocratique au souci de l’ancrage

Figure discrète mais bien présente au sein du défunt PDP, philosophe de formation et de profession, Maher Hanin représente la génération intermédiaire des hommes politiques qui seront amenés à jouer un grand rôle dans les années qui viennent. Son engagement politique ne date pas d’hier, mais le dernier congrès de son parti, marqué à la fois par une fusion avec les partis Afek Tounès et le Parti républicain ainsi que par une vague de contestations inédite au sein de cette famille centriste, représente sans aucun doute un moment assez décisif. Quel regard porte-t-il sur la situation... Ecoutons-le !
Il y a eu, les 7, 8 et 9 avril, un congrès qui a permis à trois formations de se rassembler au sein d’un nouveau parti et d’installer en même temps le nouveau comité central et le nouveau bureau politique de ce parti. Issu du Parti démocratique progressiste, vous êtes vous-même reconduit au bureau politique et vous faites partie également du comité exécutif... Mais il y a eu des contestations. Certaines figures en vue ont suspendu leur activité... Quelle est votre position par rapport à cela ?
Avant tout, je voudrais commencer par dire que notre congrès, le 5e, est le premier à être organisé dans la Tunisie libre. On a eu l’occasion de l’ouvrir à l’avenue Habib-Bourguiba, dans la salle du Colisée. Les préparatifs de ce congrès étaient des préparatifs démocratiques dès le début. On a élu des délégués du congrès dans les régions. Tous les congressistes étaient présents. A Sousse, où se sont poursuivis les travaux, il y avait certainement un dialogue libre : on a voté les motions, on a voté essentiellement le rapport moral et le rapport financier, ainsi que la décision de la fusion... Le dialogue était libre, franc et direct. Il y a eu quand même une concurrence entre deux listes : elle a donné des heureux et des malheureux. Certainement que la démocratie est parfois sévère : elle empêche certains d’atteindre leurs objectifs et de réaliser leurs ambitions. Je comprends l’amertume, je comprends la déception...
Pour vous, c’est uniquement de l’amertume qui est derrière cela...
Je comprends que, lorsqu’on a neuf députés qui ne se retrouvent pas dans les hautes instances du parti, ils puissent sentir qu’ils ne sont pas reconnus par le congrès... Mais de la même façon qu’on a accepté les résultats du 23 octobre et qu’on a accepté les résultats du 5e congrès, il faut accepter ces résultats qui sont ceux de la démocratie interne : je demeure convaincu que le nouveau parti, le Parti républicain, retrouvera son unité dans les prochains jours.
On parle d’un courant réformiste et on dit, du côté des mécontents, que ce courant a été écarté. Quel est pour vous le sens de cette différence de courants au sein de votre parti ? Est-ce que vous admettez qu’il existe un courant «conservateur», et que vous en feriez partie ?
Parler de courants, je pense que c’est prématuré pour l’instant. On a entamé les préparatifs de ce congrès sur la base de listes nominales : ce sont des personnes qui se sont présentées. Le fait de parler de «courant réformateur», cela a pris de l’ampleur juste après les résultats. Si on parle de courant, il doit exister avant le congrès, pour les préparatifs. Je pense que c’est très poussé de parler de «réformateurs» et de «conservateurs», parce que les anciennes figures et les nouvelles figures se trouvaient dans la liste A et dans la liste B : même chose pour les jeunes, pour les femmes... Il y a eu concurrence, entre deux groupes, deux listes. Eventuellement, les statuts du nouveau parti pourraient envisager la reconnaissance des courants et des tendances : à ce moment-là, on pourrait s’organiser plus en courants, revoir aussi le mode de scrutin dans le sens des listes proportionnelles et on sera certainement un parti fort, à la fois dans son unité et dans sa diversité.
Vous n’avez pas été élu à la Constituante le 23 octobre dernier. Et pourtant vous êtes considéré comme une des figures montantes dans le camp dit démocratique. Quel est le sens de ce paradoxe et n’y a-t-il pas une crainte que votre profil pose un problème du point de vue de l’électeur de base ?
Je remercie les amis ou les observateurs qui me considèrent comme une figure montante. Oui, certainement, le résultat de la circonscription de Sfax a été décevant pour moi-même et pour mon parti. C’est la deuxième ville du pays et elle n’a eu aucun siège : j’ai tiré les conclusions... mon parti et moi... Je continue d’avoir des responsabilités et de militer au sein du PDP, et maintenant du nouveau parti, pour faire avancer mes idées et bien le préparer en vue des nouvelles échéances. Je ferai de mon mieux, ayant été élu, après que la confiance m’a été renouvelée, et avec tous mes amis du comité exécutif et des autres instances du parti, pour pouvoir gagner les nouvelles échéances, que ce soit à Sfax ou ailleurs.
Pour revenir à la crise évoquée, comment pensez-vous que la situation va évoluer dans les jours et les semaines qui viennent ?
Je demeure optimiste. Je pense qu’il y a une amertume, un sentiment de déception. Il y a des jeunes qui sont mécontents : il y en a même qui refusent le principe de fusion et qui souhaiteraient garder le logo du PDP. C’est une conduite de changement qui est difficile, comme dans toutes les organisations du monde, et en particulier les partis politiques, d’autant que nous sommes dans un contexte très dynamique et mouvant. Je demeure optimiste et nous tendons la main à nos amis, parmi lesquels il y a des gens que j’ai connus depuis des années : on a milité ensemble avant le 14 janvier... Parmi lesquels il y a des cadres, des nouveaux cadres, qui ont des compétences réelles à donner et qui ont quand même de l’expertise et de l’expérience à offrir.
Il s’agit donc de laisser retomber l’amertume ?
Oui, comme on dit, il y a le facteur temps, le facteur de dialogue qui va aider... la sagesse qui va jouer... et que la raison l’emportera à la fin.
Est-ce que le rêve avec lequel vous avez commencé votre engagement dans l’action politique est intact aujourd’hui ? Et quel est-il ?
Le 18e congrès de l’Uget se tenait un 8 avril aussi : je m’en souviens, c’était le printemps 1988 et le congrès unificateur du Parti républicain a eu lieu les 7, 8 et 9 avril : il y a presque un quart de siècle qui sépare les deux dates. Entre les deux, il y a eu des luttes, mais aussi, parfois, des parenthèses de traversées de déserts que j’ai vécues... J’ai fait du chemin parce que, quand j’étais étudiant, je suis parti du mouvement de jeunes de gauche, à l’époque... Maintenant, je continue de porter les valeurs social-démocrates, celles de la liberté, du réformisme, des valeurs des droits de l’Homme, des valeurs républicaines... celles de la réforme de notre Tunisie chère qui porte un héritage de réformateurs assez distingués dans le monde musulman. A mon âge actuellement, avec mon expérience, j’essaie modestement de continuer à convaincre les jeunes de s’engager dans la politique, et de travailler avec mes aînés pour une Tunisie meilleure, que je considère comme toujours possible.
Le jeu politique, c’est aussi du compromis... Est-ce que le rêve parvient quand même à être sauvé ?
Oui, mais il faut être d’accord sur le fait que l’actualité en ce moment, c’est de mettre en place une structure forte, un parti fort, rayonnant, qui existe dans la majorité des délégations et des arrondissements, qui traverse toutes les couches de la société, qui soit soudé et solidaire derrière un projet sociétal, politique et culturel moderniste, qui essaie de donner toutes les chances à la Tunisie pour se développer sur les plans économique, social et culturel... Et je demeure convaincu que les femmes, les jeunes, les cadres, les salariés, les chômeurs tunisiens seront le jour J au rendez-vous pour ce parti-là, le Parti républicain, mais aussi pour les autres forces politiques modernistes avec lesquelles on partage les mêmes convictions... Donc, il s’agit d’un peuple qui nous attend : il ne faut pas tarder à aller travailler dans les régions, s’adresser au peuple et répondre à ses aspirations.
Comment envisagez-vous justement les prochaines échéances électorales et quelles sont les chances de votre camp de constituer une force suffisamment consistante pour faire face à Ennahdha, qui maintient sa cohésion ?
Je considère qu’on a commencé par limiter l’éparpillement par cette fusion. Il faut certainement se préparer aussi au niveau des alternatives à proposer à la société, que ce soit en matière d’acquis et de libertés, de choix économiques et politiques, de choix culturels... Il faut avoir avec nous les jeunes, les femmes... Il faut réellement consolider une force politique, sociale et sociétale suffisamment imposante. A ce moment-là, je considérerai que les prochaines élections seront plus équilibrées... Ennahdha continue toujours d’être un parti qui a sa présence dans le paysage politique, avec ses sympathisants, ses militants, mais je pense aussi que le courant social-démocrate, le courant libertaire, le courant moderniste a de son côté une base assez imposante et influente.
Il y a eu, les 7, 8 et 9 avril, un congrès qui a permis à trois formations de se rassembler au sein d’un nouveau parti et d’installer en même temps le nouveau comité central et le nouveau bureau politique de ce parti. Issu du Parti démocratique progressiste, vous êtes vous-même reconduit au bureau politique et vous faites partie également du comité exécutif... Mais il y a eu des contestations. Certaines figures en vue ont suspendu leur activité... Quelle est votre position par rapport à cela ?
Avant tout, je voudrais commencer par dire que notre congrès, le 5e, est le premier à être organisé dans la Tunisie libre. On a eu l’occasion de l’ouvrir à l’avenue Habib-Bourguiba, dans la salle du Colisée. Les préparatifs de ce congrès étaient des préparatifs démocratiques dès le début. On a élu des délégués du congrès dans les régions. Tous les congressistes étaient présents. A Sousse, où se sont poursuivis les travaux, il y avait certainement un dialogue libre : on a voté les motions, on a voté essentiellement le rapport moral et le rapport financier, ainsi que la décision de la fusion... Le dialogue était libre, franc et direct. Il y a eu quand même une concurrence entre deux listes : elle a donné des heureux et des malheureux. Certainement que la démocratie est parfois sévère : elle empêche certains d’atteindre leurs objectifs et de réaliser leurs ambitions. Je comprends l’amertume, je comprends la déception...
Pour vous, c’est uniquement de l’amertume qui est derrière cela...
Je comprends que, lorsqu’on a neuf députés qui ne se retrouvent pas dans les hautes instances du parti, ils puissent sentir qu’ils ne sont pas reconnus par le congrès... Mais de la même façon qu’on a accepté les résultats du 23 octobre et qu’on a accepté les résultats du 5e congrès, il faut accepter ces résultats qui sont ceux de la démocratie interne : je demeure convaincu que le nouveau parti, le Parti républicain, retrouvera son unité dans les prochains jours.
On parle d’un courant réformiste et on dit, du côté des mécontents, que ce courant a été écarté. Quel est pour vous le sens de cette différence de courants au sein de votre parti ? Est-ce que vous admettez qu’il existe un courant «conservateur», et que vous en feriez partie ?
Parler de courants, je pense que c’est prématuré pour l’instant. On a entamé les préparatifs de ce congrès sur la base de listes nominales : ce sont des personnes qui se sont présentées. Le fait de parler de «courant réformateur», cela a pris de l’ampleur juste après les résultats. Si on parle de courant, il doit exister avant le congrès, pour les préparatifs. Je pense que c’est très poussé de parler de «réformateurs» et de «conservateurs», parce que les anciennes figures et les nouvelles figures se trouvaient dans la liste A et dans la liste B : même chose pour les jeunes, pour les femmes... Il y a eu concurrence, entre deux groupes, deux listes. Eventuellement, les statuts du nouveau parti pourraient envisager la reconnaissance des courants et des tendances : à ce moment-là, on pourrait s’organiser plus en courants, revoir aussi le mode de scrutin dans le sens des listes proportionnelles et on sera certainement un parti fort, à la fois dans son unité et dans sa diversité.
Vous n’avez pas été élu à la Constituante le 23 octobre dernier. Et pourtant vous êtes considéré comme une des figures montantes dans le camp dit démocratique. Quel est le sens de ce paradoxe et n’y a-t-il pas une crainte que votre profil pose un problème du point de vue de l’électeur de base ?
Je remercie les amis ou les observateurs qui me considèrent comme une figure montante. Oui, certainement, le résultat de la circonscription de Sfax a été décevant pour moi-même et pour mon parti. C’est la deuxième ville du pays et elle n’a eu aucun siège : j’ai tiré les conclusions... mon parti et moi... Je continue d’avoir des responsabilités et de militer au sein du PDP, et maintenant du nouveau parti, pour faire avancer mes idées et bien le préparer en vue des nouvelles échéances. Je ferai de mon mieux, ayant été élu, après que la confiance m’a été renouvelée, et avec tous mes amis du comité exécutif et des autres instances du parti, pour pouvoir gagner les nouvelles échéances, que ce soit à Sfax ou ailleurs.
Pour revenir à la crise évoquée, comment pensez-vous que la situation va évoluer dans les jours et les semaines qui viennent ?
Je demeure optimiste. Je pense qu’il y a une amertume, un sentiment de déception. Il y a des jeunes qui sont mécontents : il y en a même qui refusent le principe de fusion et qui souhaiteraient garder le logo du PDP. C’est une conduite de changement qui est difficile, comme dans toutes les organisations du monde, et en particulier les partis politiques, d’autant que nous sommes dans un contexte très dynamique et mouvant. Je demeure optimiste et nous tendons la main à nos amis, parmi lesquels il y a des gens que j’ai connus depuis des années : on a milité ensemble avant le 14 janvier... Parmi lesquels il y a des cadres, des nouveaux cadres, qui ont des compétences réelles à donner et qui ont quand même de l’expertise et de l’expérience à offrir.
Il s’agit donc de laisser retomber l’amertume ?
Oui, comme on dit, il y a le facteur temps, le facteur de dialogue qui va aider... la sagesse qui va jouer... et que la raison l’emportera à la fin.
Est-ce que le rêve avec lequel vous avez commencé votre engagement dans l’action politique est intact aujourd’hui ? Et quel est-il ?
Le 18e congrès de l’Uget se tenait un 8 avril aussi : je m’en souviens, c’était le printemps 1988 et le congrès unificateur du Parti républicain a eu lieu les 7, 8 et 9 avril : il y a presque un quart de siècle qui sépare les deux dates. Entre les deux, il y a eu des luttes, mais aussi, parfois, des parenthèses de traversées de déserts que j’ai vécues... J’ai fait du chemin parce que, quand j’étais étudiant, je suis parti du mouvement de jeunes de gauche, à l’époque... Maintenant, je continue de porter les valeurs social-démocrates, celles de la liberté, du réformisme, des valeurs des droits de l’Homme, des valeurs républicaines... celles de la réforme de notre Tunisie chère qui porte un héritage de réformateurs assez distingués dans le monde musulman. A mon âge actuellement, avec mon expérience, j’essaie modestement de continuer à convaincre les jeunes de s’engager dans la politique, et de travailler avec mes aînés pour une Tunisie meilleure, que je considère comme toujours possible.
Le jeu politique, c’est aussi du compromis... Est-ce que le rêve parvient quand même à être sauvé ?
Oui, mais il faut être d’accord sur le fait que l’actualité en ce moment, c’est de mettre en place une structure forte, un parti fort, rayonnant, qui existe dans la majorité des délégations et des arrondissements, qui traverse toutes les couches de la société, qui soit soudé et solidaire derrière un projet sociétal, politique et culturel moderniste, qui essaie de donner toutes les chances à la Tunisie pour se développer sur les plans économique, social et culturel... Et je demeure convaincu que les femmes, les jeunes, les cadres, les salariés, les chômeurs tunisiens seront le jour J au rendez-vous pour ce parti-là, le Parti républicain, mais aussi pour les autres forces politiques modernistes avec lesquelles on partage les mêmes convictions... Donc, il s’agit d’un peuple qui nous attend : il ne faut pas tarder à aller travailler dans les régions, s’adresser au peuple et répondre à ses aspirations.
Comment envisagez-vous justement les prochaines échéances électorales et quelles sont les chances de votre camp de constituer une force suffisamment consistante pour faire face à Ennahdha, qui maintient sa cohésion ?
Je considère qu’on a commencé par limiter l’éparpillement par cette fusion. Il faut certainement se préparer aussi au niveau des alternatives à proposer à la société, que ce soit en matière d’acquis et de libertés, de choix économiques et politiques, de choix culturels... Il faut avoir avec nous les jeunes, les femmes... Il faut réellement consolider une force politique, sociale et sociétale suffisamment imposante. A ce moment-là, je considérerai que les prochaines élections seront plus équilibrées... Ennahdha continue toujours d’être un parti qui a sa présence dans le paysage politique, avec ses sympathisants, ses militants, mais je pense aussi que le courant social-démocrate, le courant libertaire, le courant moderniste a de son côté une base assez imposante et influente.
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