jeudi 10 mai 2012


Editorial

Des partis friables

ON se souvient du nombre impressionnant de partis politiques qui ont été créés quelque temps avant les élections du 23 octobre. On se souvient aussi que, lors de la campagne, la plupart de ces partis n’avaient même pas pu faire acte de présence sur les panneaux d’affichage... Nous assistions ainsi à une première opération de sélection naturelle, pour ainsi dire, avant même le scrutin. Après le 23 octobre, le constat était celui d’un nombre relativement réduit de partis qui avaient pu passer le cap et qui, à côté d’un vainqueur de taille très respectable, se présentaient comme des formations plutôt modestes, incapables de jouer un rôle quelconque à elles seules. Selon les profils et les programmes des uns et des autres, le choix se présentait ou de rejoindre une coalition au sein de la majorité au pouvoir, ou de se replier dans l’opposition. S’agissant des partis qui avaient opté pour la seconde possibilité, le temps de la recomposition s’offrait à eux : ils pouvaient y consacrer l’essentiel de leur travail, entre négociation d’alliances nouvelles et consolidation de leur propre base... Un travail qui n’a pourtant pas empêché des fractures, comme celle qui a touché le Parti démocratique progressiste à l’occasion du congrès qui devait renouveler les instances, tout en concrétisant une fusion avec deux autres formations.
Les partis qui ont fait le choix d’être dans la majorité se trouvent dans une situation autrement plus délicate. Pas moins que les autres, et peut-être bien davantage, leurs rangs se sont constitués dans l’urgence du contexte préélectoral, sans cette lente maturation qui scelle les amitiés durables au sein des partis politiques à travers leurs différentes structures, que ce soit au niveau national, régional ou local. Formations friables, par conséquent, elles avaient de plus à gérer une contrainte majeure, à savoir la participation à une équipe gouvernementale, prenant des décisions au quotidien, dont certaines pouvaient être interprétées comme traduisant l’hégémonie du parti le plus fort de la coalition.
La scission qui vient d’intervenir au sein du Congrès pour la République, qui n’est d’ailleurs pas la première, illustre à la fois l’extrême fragilité de nos partis politiques et, surtout, la tension et le risque de rupture qui existent entre la base et le sommet parmi ceux qui prennent part à l’aventure périlleuse du pouvoir. Un risque accru assurément par le fait que la tradition de la discipline au sein de la vie des partis et dans la gestion des conflits n’est pas ancrée dans nos mœurs politiques, pas plus d’ailleurs que ne l’est, il faut peut-être l’ajouter, l’habitude de la saine concertation qui prévient les méfiances et les animosités internes.
Ajouté le : 10-05-2012

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