dimanche 8 juillet 2012


Editorial

De la bonne gestion des erreurs...

Partira, partira pas ? La classe politique, et économique également, a vécu, et à vrai dire ne cesse  de vivre un suspense haletant autour de la question du maintien ou non à son poste du gouverneur de la Banque centrale... Le suspense n’est pas levé même si le président de la République semble, dans son dernier discours, avoir fait machine arrière, lui dont on a pensé qu’il avait fait du départ de Kamel Nabli une affaire personnelle... Au point que d’aucuns s’attendaient de sa part à ce qu’il gratifie les Tunisiens d’une déclaration du type : « C’est lui ou c’est moi ! » Et que d’autres se perdaient en supputations concernant un conflit qui aurait éclaté entre les deux hommes. Il semblerait donc que le fond du propos consiste plus simplement à rappeler les prérogatives de l’Assemblée constituante en matière de politique monétaire et de souligner aussi un point de principe, à savoir qu’il n’est pas de légitimité dont on puisse se prévaloir dans notre pays en matière de gouvernement public qui n’émane des urnes, même s’il s’agit de questions monétaires.
Fallait-il cependant en arriver à engager sa propre décision présidentielle pour envoyer ce message précis ou pour procéder à cette mise au point utile et tout à fait pertinente ? C’est ce sur quoi le citoyen ne pourra s’empêcher de s’interroger. Il est vrai que le fait de mettre en jeu le poste du gouverneur de la BCT par le biais d’un acte d’autorité est efficace en termes d’effet de communication... Mais on voit bien l’effet pervers d’une telle option : une érosion de l’autorité en question dans le cas où la décision engagée ne serait pas suivie de conséquences réelles... Or, s’agissant de l’autorité présidentielle, la question de l’érosion prend une tournure vraiment critique !
Mais tâchons de ne pas nous laisser voiler le fond du problème par ces considérations d’ordre politicien. Aujourd’hui, le poste de Kamel Nabli demeure menacé. Il ne nous appartient pas, ni de tenter de le défendre, ni de prendre parti pour ceux qui l’attaquent. Mais il faut rappeler certaines données de base : l’intéressé a pour lui la compétence du métier, comme cela a été affirmé par ses pairs à l’occasion de la récente récompense internationale qu’il a reçue. Par ailleurs, sa présence à la tête de la BCT en qualité de figure connue est à même de servir de gage de confiance vis-à-vis des capitaux étrangers dont nous restons tributaires pour relancer l’économie et l’emploi. Enfin, il s’agit de quelqu’un qui, tout en étant certainement attaché au principe d’autonomie de la Banque centrale, conformément aux usages internationaux, ne méconnaît ni le contexte particulier de notre pays ni l’orientation politique qu’il s’est choisie à travers la loi des urnes... Partant de ces données, quel est le meilleur choix à faire pour le pays ?
Le président de la République a appelé dans son discours à ne pas s’enfermer dans les erreurs commises et à savoir plutôt comment en recueillir les leçons qui conviennent. Il a montré aussi qu’il savait lui-même en donner l’exemple: son changement de position sur l’affaire du limogeage de Nabli en est une illustration et cela est à inscrire à son crédit. Tout comme est à inscrire à son crédit, du reste, cette vaste opération de consultations qu’il a engagée avec les acteurs politiques de la place... Il resterait maintenant à faire un pas de plus : celui qui consiste à montrer comment on sait composer avec les données du terrain pour faire les choix les moins mauvais, dans le respect de la révolution et des élections auxquelles elle a donné lieu.
Ajouté le : 08-07-2012

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