Commentaire
Complot : quand un train peut en cacher un autre !
Par Raouf SEDDIK
La question de savoir si la révolution du 14 janvier et, plus largement, le « Printemps arabe » correspondent à une initiative authentiquement populaire ou, au contraire, à une vaste manipulation dont on verrait mieux aujourd’hui les tenants et les aboutissants sur le plan régional et international, cette question hante désormais les esprits. L’hypothèse du « complot », en fait, n’a jamais été complètement absente. Nous l’avons vu apparaître avec netteté à l’occasion de la révolution libyenne, lorsqu’il est devenu évident que le peuple, dans ce pays voisin, n’était pas seul à mener le combat contre Kaddafi. Mais les tenants de cette lecture de l’histoire demeuraient dans une position relativement prudente face à l’argument invoqué selon lequel la communauté internationale ne pouvait laisser un peuple livré à lui-même face à un dictateur qui ne reculait pas devant l’usage des moyens lourds de son armée... Aujourd’hui, le caractère dictatorial et liberticide du régime syrien ne fait pas l’objet de contestation. L’armée de Bachar El Assad, quant à elle, n’est pas moins embarrassée que celle de Kaddafi quand il s’agit des moyens à mobiliser pour venir à bout de la « rébellion ». Et, surtout, les morts se comptent par milliers dans les villes syriennes. C’est pourtant dans ce contexte que la théorie du complot est sortie de sa réserve et ne craint plus de passer à un ton clairement offensif.
Qu’est-ce qui a changé dans l’équilibre des idées pour que la théorie du complot passe ainsi de la défense à l’attaque ? Il y a des données objectives. Tout d’abord, le théâtre des événements s’est déplacé dans une zone qui est le lieu d’un conflit ancien dont les protagonistes restent dans les esprits : l’alliance israélo-américaine dans le rôle du dominant d’une part, l’alliance palestino-arabe dans le rôle du dominé, d’autre part. Or, à partir du moment où les Etats-Unis se révèlent comme étant un acteur essentiel dans le soutien au processus démocratique du Printemps arabe, il devient possible d’avancer l’hypothèse selon laquelle ces révolutions arabes, loin d’être une fin en soi, un cadeau en hommage à la dignité de nos peuples et un accomplissement à la gloire de leur courage, comme on l’a cru naïvement au départ, ne seraient en réalité qu’un moyen dont jouent certains – qui sont des dominants - pour parvenir à leurs vieux objectifs géostratégiques dans la région. Dans cette optique, le régime syrien migre, dans la représentation de l’opinion d’une certaine intelligentsia arabe, du statut de bourreau de son peuple à celui de vaillant résistant à l’offensive américaine et à ce qui apparaît désormais comme ses « manœuvres » machiavéliques. Bien sûr, il va sans dire que l’image de la révolution en sort, non pas grandie, mais dégradée... Ensuite, la montée en puissance du camp islamiste dans les pays du Printemps arabe autorise une lecture – un peu rapide sans doute, mais qui séduit – selon laquelle tout le changement du paysage politique que l’on observe n’est en réalité que le fruit d’un deal, d’un accord préalable conclu entre les islamistes et les Américains : accord dont font les frais les modernistes, qui se considèrent à juste titre comme les détenteurs du mérite d’avoir hissé la nation arabe hors des affres de l’ignorance et de l’avoir poussée sur la voie du progrès et de l’indépendance... Et ce, justement, contre le courant islamiste ! Il y a là sans doute un sentiment de dépit et d’injustice dont il s’agit de prendre la juste mesure : il est tellement fort qu’il en vient parfois, pour ne pas dire souvent, à nier l’autorité du processus électoral et l’importance historique que représente la participation populaire au choix de ses dirigeants.
Et puis il y a des données d’un autre ordre. Elles expliquent pourquoi la théorie du complot n’est pas seulement un discours rendu possible par des circonstances qui ont changé, mais une arme de contre-attaque utilisée par un protagoniste qui sent ses intérêts menacés, voire son existence même. Elle explique le fait qu’elle prenne une tournure particulièrement virulente, indépendamment des éléments de crédibilité dont elle dispose. Et qu’elle favorise des attitudes de rejet franc des changements survenus sous nos latitudes, malgré les bénéfices politiques et culturels que ces changements entrainent, complot ou pas.
... Et si un complot en cachait un autre ! Et si la théorie du complot était elle-même le fait d’un complot !
La question de savoir si la révolution du 14 janvier et, plus largement, le « Printemps arabe » correspondent à une initiative authentiquement populaire ou, au contraire, à une vaste manipulation dont on verrait mieux aujourd’hui les tenants et les aboutissants sur le plan régional et international, cette question hante désormais les esprits. L’hypothèse du « complot », en fait, n’a jamais été complètement absente. Nous l’avons vu apparaître avec netteté à l’occasion de la révolution libyenne, lorsqu’il est devenu évident que le peuple, dans ce pays voisin, n’était pas seul à mener le combat contre Kaddafi. Mais les tenants de cette lecture de l’histoire demeuraient dans une position relativement prudente face à l’argument invoqué selon lequel la communauté internationale ne pouvait laisser un peuple livré à lui-même face à un dictateur qui ne reculait pas devant l’usage des moyens lourds de son armée... Aujourd’hui, le caractère dictatorial et liberticide du régime syrien ne fait pas l’objet de contestation. L’armée de Bachar El Assad, quant à elle, n’est pas moins embarrassée que celle de Kaddafi quand il s’agit des moyens à mobiliser pour venir à bout de la « rébellion ». Et, surtout, les morts se comptent par milliers dans les villes syriennes. C’est pourtant dans ce contexte que la théorie du complot est sortie de sa réserve et ne craint plus de passer à un ton clairement offensif.
Qu’est-ce qui a changé dans l’équilibre des idées pour que la théorie du complot passe ainsi de la défense à l’attaque ? Il y a des données objectives. Tout d’abord, le théâtre des événements s’est déplacé dans une zone qui est le lieu d’un conflit ancien dont les protagonistes restent dans les esprits : l’alliance israélo-américaine dans le rôle du dominant d’une part, l’alliance palestino-arabe dans le rôle du dominé, d’autre part. Or, à partir du moment où les Etats-Unis se révèlent comme étant un acteur essentiel dans le soutien au processus démocratique du Printemps arabe, il devient possible d’avancer l’hypothèse selon laquelle ces révolutions arabes, loin d’être une fin en soi, un cadeau en hommage à la dignité de nos peuples et un accomplissement à la gloire de leur courage, comme on l’a cru naïvement au départ, ne seraient en réalité qu’un moyen dont jouent certains – qui sont des dominants - pour parvenir à leurs vieux objectifs géostratégiques dans la région. Dans cette optique, le régime syrien migre, dans la représentation de l’opinion d’une certaine intelligentsia arabe, du statut de bourreau de son peuple à celui de vaillant résistant à l’offensive américaine et à ce qui apparaît désormais comme ses « manœuvres » machiavéliques. Bien sûr, il va sans dire que l’image de la révolution en sort, non pas grandie, mais dégradée... Ensuite, la montée en puissance du camp islamiste dans les pays du Printemps arabe autorise une lecture – un peu rapide sans doute, mais qui séduit – selon laquelle tout le changement du paysage politique que l’on observe n’est en réalité que le fruit d’un deal, d’un accord préalable conclu entre les islamistes et les Américains : accord dont font les frais les modernistes, qui se considèrent à juste titre comme les détenteurs du mérite d’avoir hissé la nation arabe hors des affres de l’ignorance et de l’avoir poussée sur la voie du progrès et de l’indépendance... Et ce, justement, contre le courant islamiste ! Il y a là sans doute un sentiment de dépit et d’injustice dont il s’agit de prendre la juste mesure : il est tellement fort qu’il en vient parfois, pour ne pas dire souvent, à nier l’autorité du processus électoral et l’importance historique que représente la participation populaire au choix de ses dirigeants.
Et puis il y a des données d’un autre ordre. Elles expliquent pourquoi la théorie du complot n’est pas seulement un discours rendu possible par des circonstances qui ont changé, mais une arme de contre-attaque utilisée par un protagoniste qui sent ses intérêts menacés, voire son existence même. Elle explique le fait qu’elle prenne une tournure particulièrement virulente, indépendamment des éléments de crédibilité dont elle dispose. Et qu’elle favorise des attitudes de rejet franc des changements survenus sous nos latitudes, malgré les bénéfices politiques et culturels que ces changements entrainent, complot ou pas.
... Et si un complot en cachait un autre ! Et si la théorie du complot était elle-même le fait d’un complot !
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