samedi 16 juillet 2011

Editorial / Journaliste et politique : quel contrat ?

La relation entre le journaliste et le décideur politique n’a jamais été une relation facile. Elle l’est d’autant moins que chacun a besoin de l’autre pour accomplir sa mission : le journaliste pour s’acquitter envers le public de son devoir d’informer, et d’informer en particulier de ce qui se dit et se fait dans le domaine de la vie politique, et le décideur politique pour rendre publique son action, sans quoi elle demeure dans l’élément du secret et manque sa pleine dimension. A vrai dire, ce besoin réciproque pourrait faire que cette relation soit celle d’une complémentarité harmonieuse, mais à condition toutefois que certaines règles de courtoisie soient honnêtement observées.
Bien sûr, personne ne niera que, au sein de la profession des journalistes, il y a certaines conduites qui ne vont pas dans ce sens. Le manque de tact, une audace excessive dans le propos et le geste, la tentation aussi de sacrifier au sensationnel au détriment de la vérité scrupuleuse : tout cela existe. Mais ces débordements, si regrettables qu’ils puissent être, ne doivent pas nous faire oublier qu’une des qualités du journaliste est d’être intrépide, d’aller chercher l’information ou de la provoquer sans attendre qu’on veuille bien la lui donner, de ne pas se contenter non plus de cette part de vérité que l’acteur politique concède à offrir : ce n’est pas seulement une qualité professionnelle, c’est un devoir qui donne tout son sens au contrat qui lie le journaliste à la communauté des citoyens. Que l’homme politique puisse s’en trouver indisposé, poussé parfois dans ses retranchements et bousculé contre son gré, cela ne veut pas nécessairement dire que le journaliste s’est mal conduit. Indépendamment de l’incident particulier qui s’est produit récemment et qui a impliqué le premier ministre lui-même, il convient de rappeler ces vérités générales et souligner aussi que le journaliste n’entend plus, comme jadis, s’en tenir au rôle que le politique lui assigne.
Ayant dit cela, et rappelé l’étendue de la liberté dont le journaliste n’entend pas se démettre parce qu’il y va de son mandat d’informer le citoyen, il est d’autant plus important pour lui de considérer les règles qui sont de nature à faire que cette liberté pleinement exercée s’accompagne du moins de conflit possible avec l’acteur politique et que, en tout état de cause, elle ne se traduise pas par des situations de rupture.
Une tâche qui est tout sauf secondaire mais en laquelle il se trouvera certainement aidé si on commençait par cesser de porter ou de colporter sur lui le préjugé facile et injuste selon lequel il serait un personnage aux mœurs mal dégrossies.
Ajouté le 16-07-2011

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