jeudi 18 août 2011

Editorial / Le temps de la correction


Il est indéniable que le gouvernement transitoire subit l’une des crises de confiance les plus aigues qu’il ait eu à connaitre depuis son arrivée. Au marasme économique dans de nombreux secteurs et à l’aggravation des chiffres du chômage, en particulier dans les régions intérieures d’où est partie la révolution, sont venus s’ajouter des événements malvenus sur le plan judiciaire qui ont augmenté le malaise… Les marches de protestation qui ont eu lieu dans la capitale et même ailleurs pour réclamer en particulier un assainissement de l’appareil judiciaire et une justice plus rigoureuse dans le traitement des dossiers liés à la corruption des symboles de l’ancien régime, ces marches se sont terminées, comme chacun sait, par des heurts avec la police : ce qui, naturellement, n’a en rien atténué la défiance de toute une frange de la population à l’égard du gouvernement, bien au contraire. Tout cela alors que nous approchons doucement de la date du 23 octobre.
Le Premier ministre, qui s’est fait plutôt discret dans cette tourmente, devrait sortir demain de son silence. Il tentera de recoller les morceaux dans un exercice où il a su montrer dans le passé tout son savoir-faire oratoire, mais où il souffre désormais d’un handicap, d’une certaine érosion de crédibilité. Un obstacle majeur qu’il va devoir surmonter. Il est clair que les discours ne suffisent plus à ce stade. Certains signaux suggèrent qu’il en est tout à fait conscient, si l’on en juge en tout cas par certaines mesures prises, dont la dernière en date est le mandat international émis contre Saïda Agrebi qui, rappelons-le, a pu quitter le territoire malgré de lourdes accusations de corruption. Toute la question sera de savoir apporter les gestes qui apaisent la grogne de la rue sans avoir l’air de céder à ses desiderata.
Hier, il a eu la bonne idée de recevoir les représentants de trois des principales organisations qui étaient à l’initiative des dernières manifestations, à savoir l’Union générale des travailleurs tunisiens, la Ligue tunisienne des droits de l’homme et le Conseil de l'ordre des avocats. Ces trois organisations, notons-le, avaient lancé la veille un appel commun dans lequel elles soulignaient la nécessité de revenir au calme. Leur rencontre avec le Premier ministre semble avoir porté ses fruits et rappelé l’engagement du gouvernement dans ce qui est sa principale mission : faire réussir la période de transition, arriver dans de bonnes conditions à la date du 23 octobre.
Il est bon, c’est vrai, que les uns et les autres se souviennent des enjeux. Mais il appartient justement au gouvernement de préserver les conditions qui permettent aux citoyens de ne pas les perdre de vue, ces enjeux, par des incidents malencontreux, qu’il s’agisse d’incidents d’ordre judiciaire ou d’ordre policiers, et que l’on ne puisse pas trop aisément s’imaginer que l’actuelle équipe au pouvoir n’est pas ou n’est plus au service de la révolution et de ses idéaux. Cela appelle assurément une correction sérieuse qu’il faut savoir entreprendre avec résolution.
Ajouté le 17-08-2011

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