La remarque se fait entendre de façon désormais insistante : pourquoi donc les partis tiennent-ils à nous faire part des détails de leurs programmes dans le domaine du développement économique et social alors que l'enjeu est d'être présent au sein d'une assemblée dont la mission est de rédiger une nouvelle Constitution ? Ne conviendrait-il pas qu'ils s'en tiennent aux points qui vont faire l'objet du débat dès lors que la Constituante aura été installée dans ses murs : la nature du régime, la séparation des pouvoirs, la relation entre l'Etat et la religion, la définition des libertés et de leurs limites dans le cadre de la paix civile, l'identité culturelle, etc ? On peut en effet considérer que la cohérence, et une forme d'honnêteté même, dicteraient d'adopter cette démarche et de laisser de côté toutes les autres considérations qui auront leur propre échéance : quand il sera question d'élections législatives !
Oui mais voilà : une telle exigence, si elle devait s'affirmer dans sa rigueur, voudrait donc dire que seules des questions de fond, abstraites à souhait, auraient droit de figurer dans les débats et dans les discours des meetings. Pis, si on devait se maintenir dans ces limites, pourquoi ne pas aborder des questions plus techniques sur la nature précise des différentes institutions, par exemple : toutes ces questions qui ne manquent pas d'effaroucher bien des candidats aux élections, à propos desquelles ils se demandent comment ils vont bien pouvoir se faire une opinion tranchée à leur sujet, ce sont celles-là qu'il faudrait aussi imposer à l'attention de nos concitoyens. Et cela, bien sûr, en continuant de se taire sur des questions liées à l'emploi, au développement des régions, à la manière de relancer le tourisme, de lutter contre la pauvreté, de combattre l'exclusion...
La première étincelle de la révolution est partie d'un cri pour la dignité. Il s'est avéré assez rapidement que pour répondre à ce cri il fallait abattre l'édifice de la dictature et reconstruire l'Etat sur des bases entièrement nouvelles. Ce qui signifie que la rédaction d'une nouvelle Constitution, pour laquelle nous organisons les prochaines élections, n'est pas une fin en soi, mais le moyen par lequel nous donnons à l'Etat la possibilité d'être véritablement à l'écoute du peuple. Par conséquent, ce serait un comble si la compétition engagée autour du choix des représentants au sein de la future Constituante devait se dérouler elle-même dans une forme de surdité par rapport aux attentes quotidiennes et persistantes du peuple...
Cela étant dit, cela n'enlève pas sa pertinence à la remarque évoquée, et n'exclut pas non plus que certains partis puissent cacher certaines intentions, ou la pauvreté de leurs idées en ce qui concerne la Constitution, par l'étalage de projets et de promesses prématurées.
Raouf SEDDIK
La Presse de Tunisie : 26 - 09 - 2011
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