vendredi 4 novembre 2011

Editorial / Diplomatie interarabe et dynamiques de changement

LA situation intérieure du pays est marquée actuellement par l’effet des intempéries. Elle l’est aussi par certains dérapages au sein de l’espace universitaire qui suscitent bien des interrogations sur les possibilités d’un modus vivendi entre partisans d’un conservatisme religieux et partisans d’un modernisme éclairé. Ce qui ramène le pays à des débats de fond que nous avions à peine effleurés par le passé. Par-delà la violence, qui est clairement à bannir, il s’agira sans doute de créer les conditions d’un échange qui rapproche un tant soit peu les positions et atténue en tout cas les antagonismes : l’université peut jouer son rôle ici.
Mais il serait illusoire de penser que la bonne marche des événements à l’intérieur de nos frontières soit entièrement séparable de la physionomie que prend actuellement le paysage politique du monde arabe. L’effort en vue de créer les conditions de la paix civile se joue également à l’extérieur. Elle dépend aussi de la qualité des concertations entre les pays arabes, dont un certain nombre se prêtent au jeu démocratique, pendant que d’autres s’y préparent d’une manière ou d’une autre, sachant que quelque chose s’est enclenché qui est manifestement irréversible... Et ce changement, on peut le dire, est en train de faire cesser ce jeu des hypocrisies qui a si souvent caractérisé les réunions arabes, qu’elles soient au sommet ou pas. On se souvient assez de ces comédies à l’occasion desquelles la question palestinienne était utilisée par les uns ou les autres pour faire valoir à bon compte les mérites de régimes qui en avaient bien besoin... Et cela ne servait pas cette cause, mais la transformait en otage de ces régimes, qui ne tenaient pas à ce qu’elle évolue, de peur de perdre un moyen facile de redorer leur blason nationaliste. De sorte que cette cause avait en réalité, non pas un ennemi – l’entêtement israélien face à la solution d’une paix courageuse – mais deux, puisqu’il faut ajouter la comédie des dictatures arabes.
La délégation tunisienne qui s’est rendue à Doha dimanche dernier est sans aucun doute, et par la force des choses, en train d’inaugurer une autre forme de diplomatie interarabe : une diplomatie qui n’est plus au service de tel ou tel régime, mais qui sait que la réussite de la transition démocratique dépend en grande partie de la forte capacité des pays arabes à peser de tout leur poids dans les seules solutions qui sont viables et qui permettent que des progrès soient engrangés, aussi bien au bénéfice de la cause palestinienne qu’à celui de la cohésion des pays arabes, en tant que nouvelle puissance capable de susciter des dynamiques de changement régionales et de fédérer autour d’elles de vastes consensus à l’échelle internationale.

Ajouté le : 04-11-2011

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