mardi 27 décembre 2011

Editorial

Continuité de l’Etat : mission terminée

Avec la prise de fonction, hier, du nouveau gouvernement, c’est une page qui est tournée dans cette histoire du pays dont le chronomètre s’est enclenché avec la révolution. Le témoin étant désormais passé de main en main, l’heure était aussi au bilan. L’équipe menée par M. Béji Caïd Essebsi, démissionnaire depuis plusieurs semaines, était néanmoins demeurée en place pour assurer la continuité de l’Etat. A vrai dire, c’était sa mission essentielle depuis le début, depuis le mois de mars dernier, même si certaines décisions prises engageaient l’avenir. Mais qui a dit que le fait d’assurer la continuité de l’Etat exige que soient repoussées des actions de longue portée, dès lors que ces actions ont pour effet d’arrimer le pays dans son avenir.
Il reste que, comme on l’a maintes fois souligné, le précédent gouvernement n’avait pas de légitimité pour pousser le pays dans telle ou telle orientation générale, pour faire des choix stratégiques et pour mobiliser toutes les énergies possibles autour de ces choix. Ce n’est pas le cas du gouvernement qui vient de prendre ses fonctions même si, dans son cas, le facteur temps représente une contrainte majeure. Car, si les engagements sont respectés, c’est d’une durée d’à peine un an dont dispose la nouvelle équipe au pouvoir pour accomplir sa mission. Elle semble en être d’ailleurs assez consciente puisqu’elle a mis l’accent  sur les priorités. Des priorités autour desquelles la coalition au pouvoir va essayer de déployer tout l’attirail de ses compétences en matière de capacité à répondre aux attentes à caractère d’urgence humanitaire : aide aux victimes de la révolution, soutien aux plus démunis, création d’emploi dans les zones sinistrées... Bref, des priorités dont l’enjeu pour le pays est clair, mais dont l’enjeu électoral est loin d’être absent aussi, et dont on entend bien, parmi les partis de la Troïka, tirer tout le profit possible lors des prochaines échéances. Ce qui signifie que, même limité dans le temps, et même concentré sur des questions d’urgence, le nouveau gouvernement est bien cette fois dans une logique où il engage une politique générale et se met en position d’être jugé sur ses grands choix le moment venu.
Ce n’était absolument pas cette démarche qui prévalait dans le cas du précédent gouvernement. La mission, comme l’a rappelé M. Essebsi lors de la cérémonie d’hier au Palais du gouvernement de la Kasbah, était d’assurer la continuité de l’Etat : une mission remplie, sans trop de casse en fin de compte si l’on considère la zone de turbulence dans laquelle s’est trouvé le pays dans les mois qui ont suivi la révolution... Que ce gouvernement ait su s’en tenir à son rôle, dans la tourmente, est à son honneur. Si la Tunisie peut aujourd’hui se targuer de ne pas avoir connu de rupture majeure dans son devenir, malgré sa révolution, c’est aussi grâce à des hommes et des femmes qui avaient une vision claire de leur tâche.
Ajouté le : 27-12-2011

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