Editorial
Hypothèses autour d’un verset
AU-DELA de l’émotion qu’ont suscitée les propos du député Sadok Chourou, et à propos desquels l’unanimité est faite qu’il s’agit, dans le meilleur des cas, d’une bourde monumentale et, dans le pire, d’un appel à la violence hautement condamnable, la question demeure : comment de tels propos ont-ils pu s’inviter dans l’enceinte de l’Assemblée constituante ? Certes, le député nahdhaoui invoquait un verset du Coran. Ses propos, dans leur littéralité, bénéficiaient de l’immunité qui appartient au texte sacré. Dans leur littéralité, mais pas dans leur esprit. Et, à ce titre, le propos n’échappe pas à l’appréciation critique. Autrement dit, l’immunité du propos s’applique au verset lui-même, pas à l’usage qu’on veut en faire : usage qui, lui, renvoie à l’homme Chourou.
On se souvient pourtant que, il n’y a pas si longtemps, la position qui se faisait entendre ici ou là au sein de la majorité au pouvoir, c’était que l’on ne pouvait pas en vouloir à des gens d’exercer un droit — celui de revendiquer leur part de dignité — dont ils avaient été privés pendant si longtemps. La compréhension semblait donc de rigueur, même si des allusions à la nécessité du respect de la loi commençaient à se faire entendre. Qu’est-ce qui a fait que, tout d’un coup, l’on assiste dans les rangs du parti majoritaire à un discours qui, même sous la forme d’un dérapage rhétorique, désigne les grévistes, à la fois à la colère de Dieu et à une justice humaine qui, c’est le moins qu’on puisse dire, ne fait pas dans la nuance? Peut-on dire que des propos comme ceux qu’on a entendus trahissent une situation d’embarras et que le fait de se tourner vers les paroles divines correspond, en quelque sorte, à un aveu d’impuissance ? L’hypothèse est en tout cas très sérieuse. Mais il en existe une autre, plus audacieuse, et qu’on ne saurait écarter. Elle consiste à dire que l’on assiste là à une tentative de mobiliser l’aile dure du mouvement islamiste et de proposer une nouvelle cible à son activisme. Ce qui suppose précisément de parler son langage. On ne doit pas oublier que la façon dont cette aile dure concentre ses attaques contre les défenseurs des libertés met le parti d’Ennahdha dans une position de plus en plus délicate... S’il était possible de détourner le cours de la mobilisation et des invectives en la déplaçant du champ des libertés à celui des grèves, Ennahdha gagnerait sur deux plans : elle aurait un répit face à ceux qui, à gauche, l’accusent de passivité contre les ennemis des libertés et, d’un autre côté, elle se donnerait un allié précieux face aux sit-inneurs qui mettent en échec sa politique de relance économique... Si cette hypothèse avait toutefois quelque crédit, il resterait à faire remarquer que le «bon usage» de ses ailes dures ne dispense pas du travail de leur pacification. Or on n’en est pas là !
On se souvient pourtant que, il n’y a pas si longtemps, la position qui se faisait entendre ici ou là au sein de la majorité au pouvoir, c’était que l’on ne pouvait pas en vouloir à des gens d’exercer un droit — celui de revendiquer leur part de dignité — dont ils avaient été privés pendant si longtemps. La compréhension semblait donc de rigueur, même si des allusions à la nécessité du respect de la loi commençaient à se faire entendre. Qu’est-ce qui a fait que, tout d’un coup, l’on assiste dans les rangs du parti majoritaire à un discours qui, même sous la forme d’un dérapage rhétorique, désigne les grévistes, à la fois à la colère de Dieu et à une justice humaine qui, c’est le moins qu’on puisse dire, ne fait pas dans la nuance? Peut-on dire que des propos comme ceux qu’on a entendus trahissent une situation d’embarras et que le fait de se tourner vers les paroles divines correspond, en quelque sorte, à un aveu d’impuissance ? L’hypothèse est en tout cas très sérieuse. Mais il en existe une autre, plus audacieuse, et qu’on ne saurait écarter. Elle consiste à dire que l’on assiste là à une tentative de mobiliser l’aile dure du mouvement islamiste et de proposer une nouvelle cible à son activisme. Ce qui suppose précisément de parler son langage. On ne doit pas oublier que la façon dont cette aile dure concentre ses attaques contre les défenseurs des libertés met le parti d’Ennahdha dans une position de plus en plus délicate... S’il était possible de détourner le cours de la mobilisation et des invectives en la déplaçant du champ des libertés à celui des grèves, Ennahdha gagnerait sur deux plans : elle aurait un répit face à ceux qui, à gauche, l’accusent de passivité contre les ennemis des libertés et, d’un autre côté, elle se donnerait un allié précieux face aux sit-inneurs qui mettent en échec sa politique de relance économique... Si cette hypothèse avait toutefois quelque crédit, il resterait à faire remarquer que le «bon usage» de ses ailes dures ne dispense pas du travail de leur pacification. Or on n’en est pas là !
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