LA transition démocratique prend un chemin qui lui est dicté par les événements et par le jeu des forces qui s’expriment et qui sont l’expression de ce mouvement populaire auquel on doit le renversement de la dictature. Les décideurs ont bien compris qu’il ne s’agit pas d’aller contre le courant, même si la sagesse ne consiste pas à abonder toujours dans son sens, même s’il s’agit de faire plutôt en sorte que ce courant intègre une certaine intelligence des contraintes et des objectifs de telle sorte que l’on puisse parvenir à bon port avec le minimum de coût sur le plan économique et social.
Sans doute, et précisément parce que des forces surgissent dont il faut tenir compte et avec lesquelles il faut savoir composer, le chemin emprunté n’est pas celui qu’on pourrait juger le plus court, du moins à première vue. Il y a des détours qui s’imposent. Mais les objectifs, eux, demeurent clairs : jeter les bases durables d’une société libre qui garantit la dignité de l’ensemble de ses membres et qui, même quand elle revendique son héritage de façon insistante, se veut ouverte sur le monde et jalouse de sa propre diversité.
Certes, on a assisté ici ou là à des incidents qui relèvent clairement de l’intolérance et d’une conception rétrograde de la religion. Il est bon cependant de noter la différence considérable qui existe entre ces incidents et ceux qui les ont causés, d’une part et, d’autre part, l’émoi général et la vaste désapprobation que cela a suscité auprès de nos concitoyens.
On ne peut donc que s’étonner du fait que certaines parties étrangères se sont crues bien inspirées de laisser entendre que notre réalité politique s’achemine actuellement vers une société qui, à terme, ne s’accommoderait plus de la présence en son sein d’une catégorie de citoyens pour cette raison qu’ils appartiennent à une communauté confessionnelle qui n’est pas celle de l’Islam : qui est, pour être plus précis, celle du Judaïsme.
On se trompe si l’on s’imagine que le peuple tunisien n’est pas capable de faire la part des choses. Il est indéniable que, dans la grande majorité d’entre eux, les citoyens tunisiens se sentent solidaires du peuple palestinien et ressentent dans leur chair et dans leur âme l’injustice que subissent les enfants de ce peuple. Mais c’est pour eux folie de se tourner contre certains de leurs concitoyens qui ont partagé cette terre tunisienne depuis des millénaires parce qu’ils sont juifs. Et l’on se trompe si l’on croit que c’est la défunte dictature qui, par la force et la dissuasion, imposait aux citoyens qu’ils s’abstiennent d’un tel acte : l’interdiction est bien plutôt dans la conscience de chaque Tunisien, dans celle de sa propre dignité. Penser le contraire, c’est jeter insidieusement le discrédit sur une révolution et montrer que, décidément, l’injustice d’une politique de discrimination rend celui qui la mène aveugle face à la réalité des peuples.
Ajouté le : 30-03-2011
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