samedi 2 avril 2011

Commentaire - Les « très sages » options d’une protection de la révolution

On aurait aimé les voir, tous ceux qui se sont octroyé le titre de défenseurs de la révolution au nom et pour le compte du peuple, s’émouvoir davantage du fait que le pays continue de souffrir d’un problème de sécurité qui paralyse l’activité économique. Est-ce sans conséquences sur le devenir de la révolution et sur ses chances de pleine réussite ? N’y a-t-il pas un risque que, sous l’effet d’une crise sociale majeure, le processus de transition démocratique se trouve profondément perturbé, voire compromis ? N’est-il pas vrai que, si on se retrouvait dans une situation de ce type, l’urgence des réponses dicterait des mesures qui pourraient être très éloignées de ce qui est considéré comme les objectifs de la révolution ?
Tous ces scénarios néfastes, qui n’ont pourtant rien de fictif, semblent n’occuper dans la cervelle de nos «protecteurs de la révolution» qu’une place bien modeste. Est-ce une marque de confiance dans notre bonne étoile ? Si oui, qu’ils nous donnent la recette afin que nous puissions nous aussi chasser de notre esprit tous nos soucis et goûter enfin à un sommeil d’enfant.
Douterait-on pour cette raison du fait qu’ils assurent bonne garde ? Bien sûr que non. Ou disons que si le doute s’était insinué sans crier gare, il n’est désormais plus permis depuis que leur clameur de protestation a retenti aux quatre coins du pays face à ce qu’ils nous ont désigné comme le péril des périls : l’arrivée à la tête du ministère de l’Intérieur d’un ancien haut fonctionnaire qui a servi dans l’ancien régime. Evidemment, on aurait souhaité, là encore, qu’on nous donne des détails sur les agissements passés de ce personnage : histoire de nous rendre le danger plus palpable et de nous éviter ce qui prend de plus en plus la forme d’un dogme face auquel tout raisonnement doit s’écraser, s’humilier : dogme selon lequel tout haut fonctionnaire qui a servi dans l’ancien régime est nécessairement quelqu’un qui s’est compromis dans ses intrigues et ses menées. Mais enfin, chacun son métier, pour ainsi dire : à eux de protéger la révolution, à nous de nous laisser protéger.
Et qu’on ne nous parle pas de l’exemple espagnol… Qu’est-ce que l’exemple espagnol ? C’est celui d’une transition démocratique réussie qui n’a pas cru nécessaire d’effacer du paysage tous les visages de la période franquiste mais qui s’est ingéniée à «recycler» ceux d’entre eux qui pouvaient servir, pour les besoins de la démocratie. Au lieu de s’acharner sur les derniers restes de l’époque révolue, elle a opté pour la création d’une dynamique de transition et y a affecté toutes les compétences utiles — moyennant une surveillance plus ou moins discrète — ce qui devait rendre le processus d’autant plus irréversible et, surtout, ce qui devait mettre les Espagnols à l’abri de certaines mésaventures économiques, qui auraient pu ouvrir sur leur chemin des fronts inopportuns et, qui sait, finir par susciter une révolution contre la révolution...
Ce modèle n’est manifestement pas le nôtre, ou plutôt pas celui de nos «protecteurs» qui, sans doute, savent très bien ce qu’ils font et nous leur faisons confiance aveuglément… Ne sommes-nous pas habitués ?
Auteur : Par Raouf SEDDIK
Ajouté le : 02-04-2011

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