jeudi 6 octobre 2011

Editorial / La Tunisie s’exporte

Ce n’est un secret pour personne que les Etats-Unis s’intéressent de près à ce qui se passe chez nous. Pour différentes raisons qu’on ne citera pas mais dont on peut signaler les deux plus importantes, à savoir que, un, le modèle démocratique qui est en train de se cristalliser sous nos cieux est en train de changer la donne sociologique, et de le faire dans un sens tel qu’un modèle de vie politique s’affirme pour l’ensemble des pays arabes qui permet à la jeunesse, en particulier, de s’exprimer librement et de participer. Ce qui signifie que cette dernière n’éprouvera plus le besoin de se tourner vers des formes extrémistes d’expression ou de se mettre au service de réseaux internationaux qui prendraient les intérêts américains pour cible. Et, deux : le monde arabe dans son ensemble demeure un territoire difficile d’accès pour les hommes d’affaire américains, verrouillé par des appareils d’Etat qui en contrôlent les commandes en fonction de leurs politiques du moment. L’évolution démocratique est une façon de lever de telles barrières, de laisser s’opérer les échanges sans entraves… Ces visées, les Américains ne s’en cachent pas et, à vrai dire, ils éprouvent d’autant moins le besoin de le faire qu’ils considèrent que leurs intérêts rejoignent les nôtres dans une large mesure. D’ailleurs, on a compris assez tôt que l’aide qu’ils étaient disposés à apporter à la Tunisie dans le contexte post-révolutionnaire consistait essentiellement en une option d’investissement à grande échelle : avec tout ce que cela comporte comme retombées en termes de création d’emplois, de redynamisation de l’économie, d’élargissement des marchés… Et c’est la raison pour laquelle les Etats-Unis n’ont cessé d’exprimer leur soutien à travers l’envoi de délégations d’hommes d’affaires. Même lorsque des figures politiques éminentes ont fait le déplacement chez nous, comme la secrétaire d’Etat Hillary Clinton, les hommes d’affaire étaient présents.
Aujourd’hui, et à l’approche des élections du 23 octobre, une étape nouvelle va être franchie. Une nouvelle assise va être octroyée à l’Etat qui est synonyme de davantage de légitimité du pouvoir en place et de davantage de stabilité des institutions et des mécanismes. Des conditions nouvelles vont être créées pour l’investissement étranger en général, et pour l’investissement américain en particulier. Ce qui représente une opportunité qui ne manque pas d’être appréciée à sa juste valeur : le retour des investisseurs étrangers chez nous est de nature à relancer la dynamique de la confiance et de la production. Nous n’avons pas d’autres alternatives pour répondre aux demandes d’emploi dans les régions et dans les grandes villes.
Le voyage du Premier ministre aux Etats-Unis est assurément la réponse à une invitation. Le signe aussi que la Tunisie n’est pas insensible aux avantages de « l’offre » américaine. Mais c’est aussi l’indice que notre pays, à ce stade de sa transition démocratique, engage le travail qui consiste à aller au devant de ceux qui peuvent nous être d’un concours utile, sans attendre passivement à sa place.
Le 06-10-2011

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