mardi 13 décembre 2011

Editorial

La révolution a son président

C’est aujourd’hui que le nouveau président de la République prend officiellement ses fonctions. Son élection hier par les élus de la Constituante, à une écrasante majorité, a été un moment fort et met pour ainsi dire un terme à une période qui s’est prolongée depuis la date du 23 octobre ; période pendant laquelle le peuple a attendu que se mette en place le nouveau pouvoir et que soient enfin prises les mesures urgentes de nature à remettre le pays en position d’agir en profondeur sur le terrain de nos régions et de reconquérir aussi une place avantageuse dans le domaine économique. Désormais, on attend la désignation du chef du gouvernement et la formation rapide de son équipe, ce qui ne saurait tarder.
Bien entendu, le moment tire aussi son importance de sa dimension symbolique. On ne s’y trompera pas : malgré l’absence totale de suspense, c’est la première élection d’un chef d’Etat arabe qui se déroule loin du jeu douteux des factions et des tribus, dans la transparence d’un processus démocratique presque sans la moindre tache, où la volonté du peuple est réellement et scrupuleusement respectée. Certes, comme cela a été souligné, il s’agit d’une élection au suffrage indirect, puisque ce sont les élus du peuple qui, pour l’occasion, se sont transformés en électeurs. Mais ce mandat des constituants n’est nullement usurpé; il était inscrit dans leur mission qui consiste à la fois à rédiger le texte de la nouvelle Constitution, à définir les règles de gouvernement du pays durant cette nouvelle période provisoire et à élire le président de la République.
Dans une brève déclaration qui a suivi l’annonce du résultat, M. Moncef Marzouki a remercié les élus : il a remercié ceux qui ont voté pour lui, mais aussi les autres, qui ne l’ont pas fait. Bien que peu nombreux, ces derniers  ont eu droit à des égards et le geste mérite qu’on s’y arrête : leur message, a dit M. Marzouki, a été reçu et il se fait un devoir de garder à l’esprit le fait que le peuple ne lui donne pas un chèque en blanc... Autrement dit, que la confiance qui lui est accordée n’est pas aveugle; c’est au contraire une confiance vigilante, et il n’y a d’ailleurs aucune contradiction dans les termes. La parole du peuple ne lui est donc pas ôtée du fait qu’il a dit son mot à travers ses élus : le président de la République a désormais à puiser sans cesse sa légitimité dans la conscience éveillée d’un peuple qui ne dort désormais plus que d’un œil, quand il dort. Et il appartient d’ailleurs  aux partis qui forment l’opposition d’incarner et de canaliser cet esprit de veille.
Ajouté le : 13-12-2011

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