jeudi 8 décembre 2011

Editorial

Présidence : le vieux critère du sang

Les débats qui ont lieu actuellement au sein du Parlement sont vifs et animés. Le fait que la télévision se soit installée à demeure, à l’intérieur des murs, a certainement attisé quelques ardeurs rhétoriques chez beaucoup d’élus... On souhaite cependant que, une fois cet engouement pour la surexposition médiatique retombé, le travail prenne un rythme de croisière qui tienne davantage compte des attentes du pays. Car il faut se souvenir que ce dont il s’agit pour l’instant ne porte pas sur le contenu de notre prochaine Constitution, mais seulement sur les dispositions qui concernent le gouvernement du pays durant l’actuelle période transitoire. Laquelle période est limitée dans le temps et ne devrait pas dépasser la date d’achèvement de la rédaction de la Constitution.
Soit dit en passant, on n’aura pas manqué de noter la situation particulière dans laquelle se trouve l’opposition, à savoir celle qui la condamne à hâter les débats si elle ne veut pas voir s’éterniser cette période transitoire qui la maintient à l’écart du pouvoir... Avec le risque, bien sûr, que certains articles ne soient pas défendus comme elle pourrait le souhaiter si elle disposait de tout son temps.
Mais il convient de noter par ailleurs que, sur certains points au moins, la bataille engagée en ce moment dans l’hémicycle n’est ni une affaire d’exposition médiatique ni le fait d’une passion intempestive. Pourquoi ? Parce que les dispositions qui font l’objet des propositions de la coalition, et qui finissent pas recueillir la majorité des votes, représentent un schéma précurseur de ce que seront certains débats dans la suite, lorsque nous en viendrons aux différents articles de la Constitution proprement dite. Ainsi, on peut bien considérer que les discussions qui ont eu lieu hier sur les conditions de la candidature à la présidence de la République ne concernent que cette courte période de notre histoire nationale. Mais qui peut ignorer que nous avons ici un avant-goût de ce qu’elles seront plus tard. Or à quoi assistons-nous ? Nous assistons à la reprise d’une conception du poste de président de la République qui consacre le critère de la loi du sang dans la loyauté à la patrie. Cette idée qui avait son sens au lendemain de l’indépendance n’a pourtant plus la même pertinence aujourd’hui, alors que des générations de Tunisiens se sont succédé dont le sang est mêlé, mais qui n’en éprouvent pas moins de sentiment d’appartenance à notre pays, de passion pour son destin et de dévouement pour le servir.
Quelles que soient les craintes que l’on peut éprouver à ce sujet, il est clair qu’elles échappent mal au soupçon d’être éculées et, surtout, de porter envers certains de nos concitoyens une forme de discrimination injustifiée, en ce sens qu’elle leur soustrait une part, si infime soit-elle, de leurs droits et que, d’une façon plus ou moins volontaire ou délibérée, elle les désigne comme des citoyens à part, des citoyens en qui il ne convient pas de faire une totale confiance quant à leur attachement au pays, des citoyens qui, en fin de compte, sont en quelque sorte des invités dans leur propre maison... Même si on peut considérer que passer outre cette discrimination serait en soi le fait d’un courage politique qu’aucun parti de la coalition n’est prêt à assumer pour l’instant face à sa base électorale, il n’en demeure pas moins que la question se hisse désormais au cœur du débat. La journée d’hier en a été une illustration éloquente, et c’est bien qu’il en soit ainsi.
Ajouté le : 09-12-2011

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