lundi 2 janvier 2012

Editorial

Le compromis social : une urgence et un art

LA situation sociale dans laquelle nous nous trouvons actuellement se caractérise par un phénomène de cristallisation des revendications, surtout au sein des grands établissements. Les chiffres succèdent aux chiffres concernant les performances de notre économie et cela ne manque pas de nourrir l’alarmisme : on attend toujours une reprise en main qui permettrait de voir enfin s’amorcer la fin de ce cycle destructeur... Obtenir des syndicats de désavouer toutes les actions qui s’exprimeraient, quelle que soit la situation des «injustices» subies par les travailleurs, c’est le souhait de beaucoup, dont l’argument consiste à dire que l’urgence est à la reprise de notre économie. Toutefois, il n’est pas du tout sûr que les syndicats en question suivent, surtout dans ce contexte de plurisyndicalisme où les organisations ouvrières sont soucieuses de montrer, chacune, leurs capacités particulières à défendre la cause des travailleurs... Elles ont d’ailleurs annoncé la couleur dans ce sens.
Le chef du gouvernement a reçu avant-hier Mme Bouchamaoui, qui dirige le patronat. Le principe retenu, et accepté logiquement par la représentante des chefs d’entreprise, est de s’asseoir à la table de négociations pour examiner les aspects sociaux qui sont susceptibles ou qui ont déjà donné lieu à des revendications. Il s’agit sans doute d’une approche curative, et peut-êre plus encore préventive, qui a l’avantage d’éviter la confrontation. On ne peut que saluer un choix qui est assurément sain et salutaire. Il reste que les pratiques du dialogue ne sont pas toujours bien rodées. Une certaine culture du mépris a longtemps prévalu, qui a laissé se développer des réflexes de défiance réciproque, entre patrons et salariés. Il faut donc craindre que cet appel au dialogue ne donne lieu finalement à des complications à cause précisément de ce déficit accumulé sur le terrain de l’art du compromis.
Dépasser cette période de surenchère revendicative représente un enjeu économique majeur, dont on attend des retombées sociales qui ont un caractère d’urgence. Mais, dans le même temps, il faut bien voir que la négociation est un travail en soi qui requiert patience, capacité de dépasser le conflit et de rappeler toujours les intérêts communs, ce qui rapproche plutôt que ce qui sépare : il s’agit de rien moins que d’acquérir un art dont les gestes ont été trop longtemps négligés... Il est vrai que l’urgence est parfois une bonne école, à condition toutefois que l’on n’oublie pas que l’on doit y apprendre, que l’on doit avoir, de part et d’autre, l’humilité de le faire.
Ajouté le : 02-01-2012

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire