vendredi 6 janvier 2012

Editorial / Une action, des intérêts mêlés


Le sit-in de la faculté de la Manouba restera incontestablement dans les annales des actions qui sont venues bouleverser la marche normale de l’université tunisienne en cette période post-révolutionnaire. Il n’y a pas de doute non plus que, par ses revendications, cette action traduit de façon assez éloquente le retour sur la scène publique d’un islam qui réclame des transformations dans les us et coutumes de nos institutions en général, et de nos institutions d’enseignement en particulier... Une entrée en matière brutale, qui peut augurer de la suite de méthodes plus douces, mais non moins déterminées, et face auxquelles la société civile devra sans doute se mobiliser chaque fois qu’il lui semblera qu’à travers de telles revendications ce sont en réalité des droits fondamentaux qui sont indirectement remis en cause... On s’interrogera longtemps aussi sur les intérêts des uns et des autres à laisser traîner cette affaire en longueur, au détriment des étudiants dont les cours n’ont pas été assurés durant toute cette période. Le doyen, fraîchement nommé, s’est abstenu jusqu’au bout de prendre l’initiative de faire appel aux forces de sécurité - ce que le droit lui permettait de faire - et cela en faisant valoir que le recours à la police pour intervenir à l’intérieur de l’espace universitaire était un geste de mauvais augure, trop marqué par les usages en vigueur à l’époque de la dictature.
Les salafistes, auteurs du sit-in, voulaient se distinguer de leur côté par un coup d’éclat qui ramènerait vers leurs rangs tous les islamistes intransigeants parmi la jeunesse estudiantine, et ce contre le parti Ennahdha, dont ils auraient souhaité qu’il soit plus en pointe pour les déloger, de manière à mettre ce dernier dans le rôle du traître à la cause de l’islamisme et de recueillir ainsi les bénéfices du mécontentement...
Ennahdha, qui s’est gardée de toute précipitation, c’est le moins qu’on puisse dire, ne voyait pas entièrement d’un mauvais oeil cette action qui, de son point de vue, rappelle aux enseignants la nécessité de revoir certaines dispositions générales de la vie universitaire qui ne seraient pas suffisamment en accord avec les traditions d’un pays de religion musulmane.
Les partis d’opposition à tendance laïcisante, de leur côté, ont vu dans cet épisode une occasion précieuse pour sonner le rassemblement des troupes et resserrer les rangs face au péril que représente l’intrusion de l’ordre islamique dans la vie universitaire, tout en dénonçant la passivité du gouvernement à majorité nahdhaouie.
Bref, chacun y trouvait, dans une certaine mesure, son petit compte, sauf bien sûr les étudiants eux-mêmes... Il fallait que ce jeu, qui avait trop duré, cesse enfin : c’est fait. Espérons que nos jeunes n’auront plus d’autres occasions de servir d’otages à des guerillas politiciennes et que, face au non respect de la loi et au manque de disposition d’entendre raison, les moyens appropriés soient rapidement envisagés et que l’action suive aussi sans tarder.





 
Ajouté le : 06-01-2012

Le sit-in de la faculté de la Manouba restera incontestablement dans les annales des actions qui sont venues bouleverser la marche normale de l’université tunisienne en cette période post-révolutionnaire. Il n’y a pas de doute non plus que, par ses revendications, cette action traduit de façon assez éloquente le retour sur la scène publique d’un islam qui réclame des transformations dans les us et coutumes de nos institutions en général, et de nos institutions d’enseignement en particulier... Une entrée en matière brutale, qui peut augurer de la suite de méthodes plus douces, mais non moins déterminées, et face auxquelles la société civile devra sans doute se mobiliser chaque fois qu’il lui semblera qu’à travers de telles revendications ce sont en réalité des droits fondamentaux qui sont indirectement remis en cause... On s’interrogera longtemps aussi sur les intérêts des uns et des autres à laisser traîner cette affaire en longueur, au détriment des étudiants dont les cours n’ont pas été assurés durant toute cette période. Le doyen, fraîchement nommé, s’est abstenu jusqu’au bout de prendre l’initiative de faire appel aux forces de sécurité - ce que le droit lui permettait de faire - et cela en faisant valoir que le recours à la police pour intervenir à l’intérieur de l’espace universitaire était un geste de mauvais augure, trop marqué par les usages en vigueur à l’époque de la dictature.
Les salafistes, auteurs du sit-in, voulaient se distinguer de leur côté par un coup d’éclat qui ramènerait vers leurs rangs tous les islamistes intransigeants parmi la jeunesse estudiantine, et ce contre le parti Ennahdha, dont ils auraient souhaité qu’il soit plus en pointe pour les déloger, de manière à mettre ce dernier dans le rôle du traître à la cause de l’islamisme et de recueillir ainsi les bénéfices du mécontentement...
Ennahdha, qui s’est gardée de toute précipitation, c’est le moins qu’on puisse dire, ne voyait pas entièrement d’un mauvais oeil cette action qui, de son point de vue, rappelle aux enseignants la nécessité de revoir certaines dispositions générales de la vie universitaire qui ne seraient pas suffisamment en accord avec les traditions d’un pays de religion musulmane.
Les partis d’opposition à tendance laïcisante, de leur côté, ont vu dans cet épisode une occasion précieuse pour sonner le rassemblement des troupes et resserrer les rangs face au péril que représente l’intrusion de l’ordre islamique dans la vie universitaire, tout en dénonçant la passivité du gouvernement à majorité nahdhaouie.
Bref, chacun y trouvait, dans une certaine mesure, son petit compte, sauf bien sûr les étudiants eux-mêmes... Il fallait que ce jeu, qui avait trop duré, cesse enfin : c’est fait. Espérons que nos jeunes n’auront plus d’autres occasions de servir d’otages à des guerillas politiciennes et que, face au non respect de la loi et au manque de disposition d’entendre raison, les moyens appropriés soient rapidement envisagés et que l’action suive aussi sans tarder.





 
Ajouté le : 06-01-2012

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