vendredi 23 mars 2012

Commentaire

Des révélations constitutionnelles

 Par Raouf SEDDIK
Les informations qui nous sont parvenues hier sont d’une importance telles que, en temps normal, elles auraient dû faire l’objet d’une conférence de presse avec tambour et trompettes. Le fait est qu’elles ont été communiquées à des journalistes étrangers venus en délégation et reçus au Bardo par le président de l’Assemblée constituante. Il est vrai que la date de l’achèvement du travail d’élaboration de la Constitution, celle aussi de l’organisation des prochaines élections législatives et présidentielles, ainsi que la forte probabilité que l’article 1 de la Constitution de 1959 soit maintenu dans sa forme avec mention du caractère civil de l’Etat, sont des points qui apportent à l’expérience tunisienne de la transition démocratique une intelligibilité dont l’enjeu est très réel.
A l’heure où certaines spéculations vont bon train sur le risque de dérive du processus démocratique, ou tout au moins d’enlisement de la phase transitoire actuelle, une telle mise au point, avec précision des dates, est de nature à rassurer les investisseurs et à redonner pour le monde en général, et pour l’Europe en particulier, l’image d’une Tunisie plus amicale, démocratiquement parlant. On comprend donc que M. Mustapha Ben Jaâfar ait eu l’idée d’accorder à la presse étrangère la primeur de telles informations. La justification peut se revêtir des habits de l’intérêt national : de l’image du pays à l’extérieur dépend la reprise de l’économie, de la reprise de l’économie dépend la relance de l’emploi et de cette relance dépend la réalisation d’un des grands objectifs de la révolution.
Mais qu’est-ce qui empêchait le président de l’ANC de divulguer ces mêmes informations auprès de la presse nationale, tout en y associant la presse étrangère ? Les inquiétudes évoquées plus haut ne concernent-elles pas avant tout la communauté nationale, c’est-à-dire les citoyens tunisiens qui sont les artisans de la révolution et qui sont en droit, plus que quiconque, de recueillir des informations essentielles sur le devenir du processus démocratique ? Comment comprendre que, sur des questions pareilles, l’information qu’ils recueillent à travers leur presse nationale soit seulement seconde, indirecte ? De telles pratiques ne sont-elles pas de triste mémoire, par ailleurs ?
C’est en tout cas les questions que l’initiative de M. Ben Jaâfar risque de subir, malgré le caractère rassurant et fort sympathique qu’on peut trouver à son contenu... Il est certain que, par cette initiative, il va sortir d’une discrétion qui était devenue de plus en plus criante, à l’heure où les grands protagonistes de la scène politique se sont presque tous mis sous les feux de la rampe. Le président de la Constituante se rappelle donc au souvenir de tous : il est le garant de la bonne marche du processus révolutionnaire, dans son tempo comme dans son respect des équilibres républicains... C’est, pourrait-il ajouter, lui qui tient - et tient bien - le gouvernail pendant que d’autres rivalisent de présence ostentatoire devant les médias... Oui, tout cela est vrai, mais n’explique pas la préférence ou la précellence accordée à la presse étrangère pour faire des révélations de si grande importance.
Auteur : R.S.
Ajouté le : 23-03-2012

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