Editorial
La force d’un geste
LE temps n’efface pas ce que seule la grandeur des hommes peut effacer... Quelle que soit la raison d’Etat, au nom de laquelle les hommes politiques s’autorisent des actes qui relèvent habituellement du droit commun et qui sont punissables, il reste que les traces demeurent. La justice n’est jamais de trop, ni le besoin de pardon pour se libérer du poids de l’irréparable, même si le jeu de la politique est par nature, et dans certains moments critiques, un jeu qui s’embarrasse peu de sentiments et de scrupules.
Le geste qu’a eu la veuve de Salah Ben Youssef en tendant la main hier à la fille adoptive de Bourguiba au Palais de Carthage est une image forte qui restera dans les annales. Chacun doit bien mesurer ce qu’il en coûte à une veuve de faire ce geste, quel poids de responsabilité elle prend en décidant de pardonner en son nom mais aussi au nom de celui qui n’est plus là... Beaucoup, qui ne sont pas portés sur le pardon, considèreront peut-être qu’elle n’est pas en droit de faire ce qu’elle a fait : qu’elle peut tout au plus pardonner en son propre nom, mais pas au nom de son mari... C’est pourtant ce qu’elle a fait : son geste a un sens mais il ne l’a que sur fond d’un lien qui unit les êtres et qui leur confère le droit d’agir au nom les uns des autres. On peut appeler ce lien amour. Et il s’agit en effet d’amour car pardonner, ce n’est pas seulement libérer le coupable du poids de sa faute, qu’il soit parmi les vivants ou parmi les morts, c’est aussi libérer la victime elle-même du poids du reproche et de la justice qui continue de réclamer sourdement son dû.
Le scepticisme est bien sûr possible face à un tel geste. Mais ce qui est aussi possible, c’est l’admiration face à l’expression d’une grande âme qui oblige ceux vers qui va le pardon et, avec eux, nous tous qui avons partie liée avec ce drame, dans la mesure où il est intimement lié à un épisode crucial de notre histoire commune. Ce geste, nous avons tous à y répondre, nous avons tous à être à sa hauteur... Et, ce faisant, nous accomplissons une oeuvre de réconciliation nécessaire car, au-delà des divergences stratégiques qui ont opposé Salah Ben Youssef et Bourguiba, dans la gestion de la lutte pour l’indépendance, ces deux hommes incarnent ensemble l’essentiel d’un effort et d’une suite de sacrifices pour la liberté de la patrie et la dignité du peuple dont la mémoire ne doit plus nous diviser, mais seulement nous rassembler.
Enfin, que ce geste de pardon, qui resserre les liens des Tunisiens, intervienne à un moment où certains cherchent à jouer sur leur division, cela montre assez les ressources dont dispose l’unité du peuple face à tous ceux qui tentent de l’affaiblir.
Le geste qu’a eu la veuve de Salah Ben Youssef en tendant la main hier à la fille adoptive de Bourguiba au Palais de Carthage est une image forte qui restera dans les annales. Chacun doit bien mesurer ce qu’il en coûte à une veuve de faire ce geste, quel poids de responsabilité elle prend en décidant de pardonner en son nom mais aussi au nom de celui qui n’est plus là... Beaucoup, qui ne sont pas portés sur le pardon, considèreront peut-être qu’elle n’est pas en droit de faire ce qu’elle a fait : qu’elle peut tout au plus pardonner en son propre nom, mais pas au nom de son mari... C’est pourtant ce qu’elle a fait : son geste a un sens mais il ne l’a que sur fond d’un lien qui unit les êtres et qui leur confère le droit d’agir au nom les uns des autres. On peut appeler ce lien amour. Et il s’agit en effet d’amour car pardonner, ce n’est pas seulement libérer le coupable du poids de sa faute, qu’il soit parmi les vivants ou parmi les morts, c’est aussi libérer la victime elle-même du poids du reproche et de la justice qui continue de réclamer sourdement son dû.
Le scepticisme est bien sûr possible face à un tel geste. Mais ce qui est aussi possible, c’est l’admiration face à l’expression d’une grande âme qui oblige ceux vers qui va le pardon et, avec eux, nous tous qui avons partie liée avec ce drame, dans la mesure où il est intimement lié à un épisode crucial de notre histoire commune. Ce geste, nous avons tous à y répondre, nous avons tous à être à sa hauteur... Et, ce faisant, nous accomplissons une oeuvre de réconciliation nécessaire car, au-delà des divergences stratégiques qui ont opposé Salah Ben Youssef et Bourguiba, dans la gestion de la lutte pour l’indépendance, ces deux hommes incarnent ensemble l’essentiel d’un effort et d’une suite de sacrifices pour la liberté de la patrie et la dignité du peuple dont la mémoire ne doit plus nous diviser, mais seulement nous rassembler.
Enfin, que ce geste de pardon, qui resserre les liens des Tunisiens, intervienne à un moment où certains cherchent à jouer sur leur division, cela montre assez les ressources dont dispose l’unité du peuple face à tous ceux qui tentent de l’affaiblir.
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