Editorial
Charia : de quoi parlons-nous ?
La manifestation qui a eu lieu vendredi dernier devant le Palais du Bardo devait servir de démonstration de force de la part des islamistes et plus particulièrement, si l’on en juge par certains slogans, de la part de courants plutôt radicaux parmi eux. On ne s’arrêtera pas sur le paradoxe qui consiste pour certains à jouir du droit démocratique à l’expression et à la manifestation pour réclamer l’abolition de la démocratie. Ce paradoxe ne fait en réalité qu’exprimer une certaine conception de la loi, conçue comme étant d’origine divine, et donc située au-dessus de toute négociation humaine. Il faut créditer les adeptes du paradoxe en question d’une certaine cohérence, de ce point de vue: on ne peut obéir à la fois à la loi de Dieu et à la loi des hommes, étant entendu bien sûr que, pour eux, ces deux lois ne sauraient se rejoindre. C’est aussi un signe de cohérence que de réclamer que la seule référence dans l’élaboration de la nouvelle Constitution soit la charia, vu que, dans l’esprit de beaucoup de ces manifestants, la loi divine se suffit à elle-même... La question, toutefois, serait ici de savoir pourquoi tous ces gens réclament que cette loi soit inscrite dans la Constitution puisque, en réalité, cette dernière est par définition une oeuvre humaine... En vérité, la cohérence voudrait ici qu’ils exigent tout simplement l’abolition de la Constitution comme ils exigent l’abolition de la démocratie : c’est cela qu’ils devraient faire pour être tout à fait d’accord avec eux-mêmes et avec leurs positions. Mais il semble qu’ils n’aient pas eu le courage d’aller jusque-là.
En fait, à l’heure où le concept de charia fait l’objet d’une relecture qui le libère de ses représentations figées et qui dévoile en lui, en son intention, une approche législatrice essentiellement soucieuse d’accompagner l’évolution des contextes politiques des hommes à travers les époques, à l’heure où cette lecture dévoile une aptitude de cette référence juridique à s’accorder ou à se marier à d’autres références, comme les objectifs de la révolution, le droit universel ou nos propres traditions en matière de pensée réformiste, le fait d’essayer de revenir en arrière vers une conception archaïque et figée pose de graves questions : des questions sur l’aptitude intellectuelle de ces adeptes de l’immobilisme sémantique, des questions sur les intentions politiques de ces gens qui semblent regretter que le peuple se soit libéré d’un joug puisqu’ils lui proposent de se soumettre à un autre et, enfin, des questions sur le bon usage qu’ils font de la référence religieuse, étant donné qu’ils la mettent au service d’un projet qui est synonyme d’asservissement du peuple à une pensée figée et à son système fermé.
Le seul élément qui permettrait de mettre un bémol au tableau noir de cette manifestation, c’est de penser que ces gens ne se sont déplacés vendredi dernier que pour faire contrepoids à ceux qui, de l’autre côté de l’échiquier, nourrissent la volonté d’exclure complètement la référence à la charia dans la nouvelle Constitution, en s’appuyant justement sur cette conception éculée et inintelligente, qui est fausse.
En fait, à l’heure où le concept de charia fait l’objet d’une relecture qui le libère de ses représentations figées et qui dévoile en lui, en son intention, une approche législatrice essentiellement soucieuse d’accompagner l’évolution des contextes politiques des hommes à travers les époques, à l’heure où cette lecture dévoile une aptitude de cette référence juridique à s’accorder ou à se marier à d’autres références, comme les objectifs de la révolution, le droit universel ou nos propres traditions en matière de pensée réformiste, le fait d’essayer de revenir en arrière vers une conception archaïque et figée pose de graves questions : des questions sur l’aptitude intellectuelle de ces adeptes de l’immobilisme sémantique, des questions sur les intentions politiques de ces gens qui semblent regretter que le peuple se soit libéré d’un joug puisqu’ils lui proposent de se soumettre à un autre et, enfin, des questions sur le bon usage qu’ils font de la référence religieuse, étant donné qu’ils la mettent au service d’un projet qui est synonyme d’asservissement du peuple à une pensée figée et à son système fermé.
Le seul élément qui permettrait de mettre un bémol au tableau noir de cette manifestation, c’est de penser que ces gens ne se sont déplacés vendredi dernier que pour faire contrepoids à ceux qui, de l’autre côté de l’échiquier, nourrissent la volonté d’exclure complètement la référence à la charia dans la nouvelle Constitution, en s’appuyant justement sur cette conception éculée et inintelligente, qui est fausse.
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