vendredi 12 août 2011
Editorial / A double tranchant
LES habitants de la capitale et de ses environs ont bien sûr en mémoire la journée éprouvante qu’ils ont dû subir suite à la grève des transports publics. Il faut sans doute souligner ici que si le droit de grève est reconnu chez nous comme un moyen d’expression et de revendication, rien n’empêche qu’on en fasse un usage mesuré et judicieux, qui tient compte des conséquences qui en résultent, aussi bien sur le plan humain que sur le plan économique. Alors même que cette grève menace malheureusement d’être reconduite, on ne saurait manquer à l’obligation d’attirer l’attention de ses instigateurs sur la responsabilité qui est ici la leur.
Il ne s’agit d’ailleurs pas seulement de tenir compte du contexte économique délicat du pays, ni même de la chaleur et de la fatigue à laquelle on expose des gens souvent les plus modestes qui n’ont pas d’autre choix pour se rendre au travail : il s’agit aussi de préserver cet acquis qu’est le droit de grève contre tout abus qui l’exposerait lui-même à une défiance de la part de la population. On ne peut se permettre d’induire les gens à regretter, secrètement ou ouvertement, l’époque où ce droit était méprisé et bafoué…
On ne peut les pousser dans cette voie en n’ayant pas pour soi les raisons valables qui permettent aux uns et aux autres de penser que la grève était inévitable, qu’il s’agissait d’un dernier recours, et nullement d’un instrument de chantage par lequel on prend la vie des usagers en otage pour parvenir à ses fins.
On observe que ces grèves, celle qui s’est passée comme celle qui pourrait se passer dans les jours qui viennent, sont le fait d’un syndicat nouveau, dont la naissance s’inscrit dans ce mouvement vers le pluralisme syndical : pluralisme qu’il ne s’agit en aucun cas de condamner, mais au sujet duquel il est utile de rappeler qu’il comporte un risque de surenchère revendicative entre les différentes structures. En outre, pour des raisons qui tiennent aussi bien à son tout jeune âge, à son poids réel en termes de nombre d’adhérents et à la légitimité de ses représentants en tant qu’interlocuteurs possibles, ce syndicat n’a pas été associé aux négociations sociales qui ont donné lieu récemment à une augmentation des salaires dans les secteurs public et privé. Et on peut comprendre, d’ailleurs, que cette non-participation n’ait pas été de son goût, au vu de ses ambitions futures, par ailleurs tout à fait légitimes.
On voudrait toutefois faire remarquer que si la grève dont il brandit la menace devait être, d’une façon ou d’une autre, un moyen de s’affirmer sur la scène de la vie syndicale malgré sa prime jeunesse, il y a d’autres façons de s’affirmer que d’user de ce moyen extrême.
La grève, d’une façon générale, est une arme redoutable : elle peut mettre à genoux une entreprise, une ville entière, et enclencher une surenchère de revendications qu’il devient difficile d’endiguer. Mais celui qui en use, surtout s’il s’agit d’un nouveau syndicat, ne doit pas en attendre l’image d’une organisation responsable et crédible dans la durée… Car la grève est une arme à double tranchant !
Ajouté le : 12-08-2011
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