dimanche 7 août 2011

Editorial / Justice : que se passe-t-il ?

Le régime qui est tombé le 14 janvier dernier était-il un régime corrompu où les droits des individus étaient proclamés devant les tribunes mais cyniquement violés sur le terrain ? Etait-il un régime où les proches du pouvoir avaient instrumentalisé les mécanismes de l’Etat au profit de leurs propres intérêts ? Et ces agissements ne sont-ils pas hautement répréhensibles au vu d’une justice qui est désormais maîtresse de ses décisions et attachée aux principes qui fondent une société saine ? Si la réponse est oui à ces trois questions – et elle l’est – alors on ne saurait s’empêcher de mêler sa voix à celle de tous ceux qui, aux quatre coins du pays, se sont émus de la série d’événements qui se sont produits tout récemment, à savoir la libération de deux ministres dont chacun sait qu’ils ne furent pas de simples technocrates, et du départ à l’étranger d’une femme qui compte sans doute parmi les figures qui incarnent le mieux les errements de l’ancien régime et de ses réseaux occultes.
S’agissant des deux ministres, la réponse du département de la justice est venue rappeler, non sans à-propos, ce principe suivant lequel il appartient désormais aux magistrats de juger en conscience selon ce qui se trouve dans les dossiers. Les décisions de justice en ce qui concerne ces deux affaires n’exprimeraient ainsi rien d’autre que l’indépendance de la justice. Et nous devrions d’ailleurs, pourquoi pas, y applaudir, comme à la preuve administrée que le politique ne s’immisce plus dans les décisions de justice. Tel est le message.
On voudrait pourtant s’assurer que ce politique qui se réclame de sa neutralité et de son respect du droit a bien le souci que le peuple ne se trouve pas dans la position de celui qu’on est en train de mystifier. Si ces personnes qui viennent d’être libérées sont vraiment irréprochables, qu’on nous apporte au moins des éléments qui nous permettent de nous en convaincre… Qu’on nous explique comment ces gens qui ont servi l’ancien régime corrompu de si près aient pu garder les mains propres: par quel prodige !
Et, si on ne le fait pas, qu’on ne soit pas surpris que le citoyen soupçonne toutes sortes de choses, qui sont à l’opposé de l’indépendance de la justice, et qui relèvent bien plutôt des arrangements secrets.
Oui, l’Etat peut tirer un motif de satisfaction de sa neutralité devant les décisions de justice, mais sa responsabilité est pleinement engagée si, à tort ou à raison, tout un chacun se met à penser que quelque chose ne tourne pas rond dans la justice de la nation, quand il s’agit de certaines affaires. Car son rôle est d’être le gardien d’un cri d’indignation qui a retenti au cœur de la révolution, et non de laisser croître l’idée qu’on est tombé dans les accommodements et la complaisance.
Ajouté le : 07-08-2011

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